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Sorties de la Semaine - Page 5

  • Grand écran: "Vie privée", un thriller psychologique porté par la brillante Jodie Foster

    Nouveau long-métrage de Rebecca Zlotowski , Vie Privée raconte l’histoire de Lilian Steiner (Jodie Foster), psychiatre. Quand elle apprend la mort de l’une de ses patientes (Virginie Efira), elle se persuade qu’il s’agit d’un meurtre, et non d’un suicide selon les conclusions policières. Troublée, elle décide de mener sa propre enquête

    Stylisée, l’œuvre à l ’esthétique et aux dialogues soignés, à la mise en scène subtile, mêle thriller psychologique et comédie burlesque, révélant un univers à la Woody Allen assaisonné d’une pointe hitchcockienne. Elle alterne moments d’investigations et scènes oniriques, notamment sous forme  de régressions dans des vies antérieures, des visions d’orchestre pendant l’Occupation, permettant d'explorer la psyché de son héroïne, incarnée par Jodie Foster.

    En fait le film doit à peu près tout à la plus française des actrices américaines, révélée à 13 ans dans Taxi Driver, oscarisée pour Les accusés et Le Silence des agneaux. Elle porte le film avec un naturel désarmant, excellente dans un rôle principal entièrement dans la langue de Molière, le premier depuis Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet en 2004.. 

    Entre humour, contrôle et émotion, Jodie Foster se révèle particulièrement juste et nuancée dans la composition de cette psy déstabilisée, à la fois brillante, fragile et émouvante, Mais aussi mauvaise analyste. paradoxalement peu à l’écoute, certes en quête de vérité, mais avant tout d’elle-même. Ses recherches rocambolesques l’amèneront à comprendre qui elle est.

    A ses côtés on découvre un casting cinq étoiles, dont l’ex-mari attentionné, incarné par Daniel Auteuil, avec qui elle forme un couple complice et touchant. On regrette en revanche la présence anecdotique de Virginie Efira, Mathieu Amalric et Vincent Lacoste.  Par ailleurs, en dépit de son récit à tiroirs, son côté ludique et farfelu, son regard ironique sur la psychanalyse, le film ne parvient pas à véritablement captiver. En raison principalement d’un manque de suspense, dû à un scénario inutilement tarabiscoté.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 26 novembre.

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  • Grand écran: Yorgos Lanthimos de retour avec "Bugania", fable gore délirante entre écologie et apocalypse

    Réalisé par le Grec Yorgos Lanthimos et co-écrit par Will Tracy,  Bugonia est le remake du film sud-coréen Save the Green Planet!, sorti en 2003. Teddy (Jesse Plemons) apiculteur complotiste et frappadingue est convaincu que des extraterrestres nous ont envahis. Avec l’aide de son cousin Don, tout aussi azimuté, il kidnappe Michelle Fuller (Emma Stone), PDD d'une grosse entreprise pharmaceutique. Persuadé qu'elle est une agente andromédienne venue détruire la Terre, le duo la séquestre dans une cave pour l’interroger et lui faire cracher le morceau.

    Délirant, saucé à l’hémoglobine, Bugania oscille entre gore, science-fiction, thriller psychologique polar déjanté, farce outrancière, conte moral. Et surtout fable écolo-pré-apocalyptique. Le film ouvre et se clôt sen effet sur une abeille qui butine une fleur. Ce qui n’a rien d’anodin. Les abeilles sont une espèce indicatrice et leur disparition constituerait un grave danger pour l’humanité.

    Entre ces deux images poétiques, Yorgos Lanthimos explore avec violence, frénésie macabre et hystérie grand-guignolesque, la théorie du complot, la paranoïa collective et la psychose, sur fond de critique du capitalisme et des multinationales responsables de la destruction planétaire. Il est magistralement porté par l’égérie du cinéaste, Emma Stone, manipulatrice gardant le contrôle, même menottée, martyrisée et le crâne rasé (photo). Son tortionnaire Jesse Plemons se montre à la hauteur en bouffon pitoyable et dégénéré.

    En dépit de l’excellente performance du tandem et même si on retrouve l’univers singulier du créatif Lanthimos, son goût du cynisme, de la provocation, de l’absurde et du grotesque, Bugania tourne un peu en rond et du coup traîne inutilement en longueur.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 26 novembre.

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  • Grand écran. "Dossier 137", fascinante enquête à suspense, portée par l'impressionnante Léa Drucker. Rencontre avec le réalisateur Dominik Moll

    Un jeune homme est gravement blessé à la tête par un tir de flash-ball lors d’une des premières manifestations des Gilets jaunes. Laissé pour mort Guillaume survivra, mais sa vie est gâchée en raison d’importantes et irréversibles séquelles neurologiques. Comme il ne peut pas le faire, sa mère porte plainte à sa place. Chargée de déterminer les responsabilités, Stéphanie (Léa Drucker), enquêtrice à l’IGPN, la police des polices, ouvre un nouveau dossier, le 137. Il va s’épaissir au fur et à mesure des auditions des chefs d’unité pour mieux saisir le contexte du maintien de l’ordre pendant cette manifestation. Qui était où, à quel moment, quels policiers auraient pu causer cette blessure?...
     
    Après le magistral La nuit du 12 (2022), Dominik Moll revient donc avec une autre nuit, également palpitante, celle du 8 décembre 2018. Il propose un film sobre, très documenté. Evitant tout manichéisme, il ne juge pas, ne dénonce pas,  mais démontre, preuves à l’appui, la difficulté de faire reconnaître les violences policières par la hiérarchie et le pouvoir politique.   

    Fausses pistes et rebondissements
     
    Au fil de l’intrigue, Dominik Moll s’interroge sur le rapport du pays avec ses citoyens, le mépris de classe, le dogme du maintien de l’ordre, le sens et le poids des images. Le tout sur fond d’une kyrielle de procès-verbaux qui pourraient plomber l’affaire. Mais au contraire, le réalisateur livre une fascinante enquête à suspense pleine de tension, avec fausses pistes, rebondissements, pressions syndicales, biais possiblement invalidant… …
     
    Dossier 137, sur lequel plane la victime à laquelle Dominlk Moll donne la parole à la fin, est porté par une remarquable Léa Drucker. Impressionnante de justesse, elle se montre parfaite, précise, à la fois froide et empathique dans le rôle de cette grande professionnelle décriée de tous, à l’instar de l’IGPN. Elle va constater qu’il y a des raisons d’Etat, des choses qui la dépassent et qui l’empêchent d’aller aussi loin qu’elle le souhaiterait. Elle essaye néanmoins de maintenir son cap du début à la fin, sans se laisser déborder par ses émotions, s’employant à  résister à toute influence. C‘est également un personnage idéaliste qui veut avancer, avec les contraintes d’un métier particulièrement intense et exigeant.  

    Un pied dans l'IGPN

    Rencontré récemment à Genève, Dominik Moll évoque la nature, le but et les raisons qui l’ont poussé à réaliser ce deuxième film sur la police après La nuit du 12. «C’est un polar qui permet de glisser des thématiques plus profondes. Il pose un regard plus large sur l’évolution de la société, mais surtout amène des questions sur le maintien de l’ordre, les relations entre la police et la population, le rôle de la police des polices».
     
    A cet égard vous vous êtes livré à d’importantes recherches. Vous vous êtes même immergé dans le monde policier

    J’ai effectivement passé des mois à me documenter et surtout mis un pied dans l’IGPN, une institution qui piquait ma curiosité, détestée par les autres policiers et par les citoyens en général, certains par exemple que les enquêtes sur les bavures sont bâclées. A part les gens qui y travaillent personne n’y a jamais mis les pieds. Pour le film, c’était absolument indispensable, sinon il n’y avait pas de film. Je devais en comprendre le fonctionnement, assister à des auditions, parler avec des enquêteurs et enquêtrices. Je pensais qu’on allait me dire non. Au contraire on m’a ouvert les portes, fait rencontrer la directrice. J’y suis resté quelques jours et nous avons eu des échanges cordiaux. Je pense que le succès de La nuit du 12  n’y est pas étranger. 
     
    Venons-en aux Gilets jaunes. Pourquoi ce vif intérêt pour le mouvement? 
     
    C’est venu dans un deuxième temps. Quand ça a démarré, en 2018, on n’y comprenait rien. On était dubitatif. On a mis du temps à comprendre que le malaise était beaucoup plus profond qu’on imaginait. Il y avait pour eux ce besoin d’exister, d’être entendus, de participer aux décisions. Après le Covid qui a tout effacé, je me suis dit mais c’est fou cette mobilisation qui a provoqué un tel bouleversement. Ces revendications que le pouvoir ne veut pas comprendre. Ces deux mondes proches en raison des origines sociales de chaque côté. Du coup, j’ai eu très envie de m’emparer du sujet. .
     
    Le film parle de tout ce qui est lié au maintien de l’ordre, de la confiance qu’on peut avoir dans la police. De la peur aussi qu’elle peut inspirer. Il était important pour vous d’être dans la nuance. Un obstacle pour dire vraiment les choses?
     
    Je revendique en effet tout cela. Je ne suis pas intéressé par l’idée de décider qui est coupable. Ca ne m’empêche pas de nommer clairement certains faits. Par exemple qu’il y a des policiers qui n’ont rien à faire dans la police.  
     
    Deux mots sur le choix de l’excellente Léa  Drucker. On dirait que le rôle est écrit pour elle. En même temps tous ses rôles semblent écrits pour elle. Le talent, tout simplement? 

    Absolument, je valide. J’avais pensé à elle parce que nous avions déjà travaillé ensemble. Mais non, je n’ai pas écrit le personnage de Stéphanie pour elle. En tout cas pas au début. Et puis petit à petit  j’avoue que oui, dans la mesure où elle s‘est imposée, car elle me revenait constamment en tête. Pour ne rien vous cacher, on s’est vu un jour à 11 heures et à 15 heures elle m’a appelé.

    Après cette nouvelle très grande réussite, Dominik Moll ne sait pas du tout quel sera son prochain film. «Je ne suis pas un réalisateur qui enchaîne. Mais pourquoi pas un troisième volet sur la police ? 

    Dossier 137, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 19 septembre.

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