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Sorties de la Semaine

  • Grand écran: "L'inconnue", une fascinante idée de transfert corporel virant à l'exercice de style appliqué et froid. Dommage

    Troisième long-métrage d'Arthur Harari, L’inconnue s'inspire librement du roman graphique Le Cas David Zimmerman, coécrit par le réalisateur et son frère Lucas .Il suit David Zimmerman (Niels Schneider), bientôt 40 ans, photographe fluet et solitaire qui ne sort presque jamais de chez lui.

    Un soir, il se retrouve dans une fête déjantée. Il voit alors dans la foule Eva (Léa Seydoux), une inconnue qu’il ne peut quitter des yeux et la suit. Sans se parler, ils s’isolent et font passionnément l’amour. Le lendemain, Eva a disparu et David se réveille dans son corps. Ce transfert l’oblige à partir à la recherche de cette femme mystérieuse, pour retrouver son apparence perdue.

    Côté interprétation, les deux comédiens se montrent convaincants par leur justesse sensorielle. . Emacié, amaigri, barbe et cheveux teints, Niels Schneider méconnaissable nous fait pleinement ressentir son malaise d'être étranger à son propre corps. Tout comme Léa Seydoux. Privilégiant les rôles singuliers ou complexes, elle se met ici en danger. Cassant son image glamour, elle incarne un double physique lourd , ainsi que la détresse d'un homme prisonnier de son  enveloppe.

    Harari se perd en route

    On est plus circonspect en ce qui concerne la mise en scène et le scénario de ce thriller fantastique à l’ambiance macabre et à la dimension cauchemardesque. Même si l’idée de la permutation est fascinante en soi . Mais Harari se perd en route et finit par tourner en rond dans un film trop long, en proposant une intrigue touffue, narrativement hermétique. Où se mêlent fantastique, deuil, mémoire juive, réflexions mystiques, religieuses. Sans oublier la façon terriblement cérébrale d’évoquer l’amour et la fusion des corps.

    L’inconnue n’en est pas moins qualifié de lynchien pour le thème du double,. l'échange corporel, l’exploration viscérale de la perte d'identité. Voire  de cronenbergien .pour la transformation physique et la difformité intime. Mais il  ne suffit pas de multiplier les références aux grands, ou d’imiter les codes du thriller mental pour en posséder l’impact subversif et le magnétisme. Arthur Harari nous livre ainsi une curiosité cinématographique certes ambitieuse,, mais virant à l’exercice de style trop appliqué et dénué d’émotion pour nous happer et nous captiver.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 août.

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  • Grand écran: "Un balcon à Limoges" met face à face deux femmes que tout oppose. Singulier et glaçant

    Le réalisateur Jérôme Reybaud met face à face, dans Un balcon à Limoges, deux femmes d’une cinquantaine d’années aux antipodes l’une de l’autre. Gladys (Fabienne Babe) est une marginale sans logement, sans carte vitale, sans compte bancaire. Rebelle, elle se fiche de tout, ne respecte personne et rien ne semble compter dans sa vie, à part éventuellement l’alcool, le sexe, la musique pop et la danse.

    De son côté Eugénie (Anne-Lise Heimburger) est une mère célibataire psychorigide, doublée d’une aide-soignante maniaque. Avide de normalité, d’ordre, de conformité, elle s'efforce de faire le bien, en s‘occupant notamment de réfugiés ukrainiens et afghans. Un matin elle rencontre par hasard, près de l’Hôtel de ville de Limoges, Gladys, une ancienne camarade de lycée endormie dans sa voiture. Guidée par son métier, Eugénie n’a dès lors de cesse de vouloir venir en aide à Gladys, qui ne lui a rien demandé. Ce qui ne l’empêche pas de profiter de sa générosité un rien glauque.

    Se basant sur un fait divers survenu en Touraine en 1988, Jérôme Reybaud ancre son récit en 2020, car il s’intéressait aux comportements opposés pendant et après la crise du Covid. Il se livre ainsi à une sorte d’étude de personnages, en suivant ces deux femmes que tout sépare. Et dont l’étrange relation née d’une rencontre banale, nous emmène vers un dénouement glaçant, carrément horrifique. Pas tout à fait inattendu cependant, l’auteur faisant subrepticement mais implacablement monter la tension dans ce film singulier, parfaitement interprété. Proposé en août dernier dans la section Cinéastes du présent au Festival de Locarno, il a beaucoup fait parler.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 mai.

     

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  • Grand écran: "Silent Friend" sublime notre relation avec les végétaux. Un ovni fascinant, poétique, sensoriel

    Décalés dans le temps, trois épisodes qui s’entremêlent constituent la trame de Silent Friend, signé de la Hongroise Ildikó Enyedi. L'oeuvre surfe sur de nombreux thèmes,  la relation de l’homme avec les végétaux, l'importance de la science qui ne nous éloigne pas forcément de la nature si elle est bien exploitée, ainsi que la lutte pour l’égalité des femmes.

    En 1908, la jeune et intelligente Grete (la Suissesse Luna Wedler), est la première femme admise à l'Université de Marburg. Tout en tentant de trouver sa place dans un milieu patriarcal qui accepte mal sa présence, elle se passionne pour la photographie. Elle s’intéresse plus particulièrement aux plantes et fait des découvertes surprenantes.

    En 1972, l’étudiant Hannes (Enzo Brumm) tombe amoureux d’une camarade qui l’initie au monde des plantes, et mène une expérience palpitante sur un géranium en pot, pour déceler ses émotions. Lorsqu'elle part en voyage, Hannes s'en occupe, le surveille de près et le trouve si captivant qu’il amorce un dialogue avec lui.

    En 2020 enfin, le prestigieux neuroscientifique chinois Tony Wong (Tony Leung Chiu-wai), qui a quitté Hong Kong pour Marburg afin d'y donner une conférence, se retrouve coincé à l’université à cause du Covid, avec un gardien taciturne et grognon. Sur internet, il découvre un projet de recherche de la biologiste Alice Sauvage (Léa Séydoux) qu’il joint par zoom et, avec son aide, va développer un lien avec le majestueux ginkgo centenaire (lSilent Friend ) du jardin botanique de l’établissement. En se demandant s'il éprouve des sentiments.

    Le ginkgo apparaît dans les différents épisodes. Magistralement réalisés, montés et interprété, ils sont visuellement adaptés à leur époque. Celui de 1908, irrésistible, se déroule par exemple en noir et blanc. Il voit notamment l’excellente Luna Wedler tenir farouchement tête à une brochette de vieux pervers, qui la testent sadiquement sur ses connaissances.

    De son côté, l’impressionnant Tony Leung, héros du cinéma hongkongais, séduit par sa performance contemplative, méditative. Il montre une douceur et une exquise finesse dans ce film d’une extraordinaire singularité et d’une rare beauté, Un ovni fascinant, poétique, sensoriel, qui donne envie d’enlacer les arbres et de faire un brin de causette matinale avec son ficus.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 avril.

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