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Sorties de la Semaine

  • Grand écran: "Hurlevent", une énième adaptation en forme de romance sado-maso. Avec Margot Robbie et Jacob Elordi

    Sur la lande du Yorkshire balayée par le vent, naît l’histoire d’amour impossible entre Catherine Earnshaw et Heathcliff, deux âmes tourmentées liées par une passion aussi absolue que destructrice. Wuthering Heights, un conte gothique, tragique, fait de désirs inavouables, de vengeance, de violence, de désespoir et de folie, imaginé par Emily Brontë. Jeune femme farouche et solitaire, elle est morte de la tuberculose à 30 ans, quelques mois après la publication, en 1847, de son unique roman sous le pseudonyme masculin d'Ellis Bell, pour éviter les préjugés victoriens sexistes. Sans se douter de son extraordinaire destin.    

    Sulfureux, ce chef-d’œuvre a inspiré la cinéaste Emerald Fennell, auteure de Promising Young Woman (2020) et de Saltburn (2023). Cette nouvelle adaptation, intitulée Hurlevent, portée par Margot Robbie et Jacob Elordi. est précédée de beaucoup d’autres. De celles de Williiam Wyler(1939) à Andrea Arnold (2011), en passant par Luis Bunuel (1954) ou Jacques Rivette (1985), sans oublier deux versions britanniques muettes de 1918 et 1920, ainsi que des téléfilms et des séries, chacune interprète à sa façon l'amour absolu, sauvage, entre Catherine Earnshaw et Heathcliff. Cet orphelin maltraité qui s'est mué en être diabolique.

    On oublie le roman

    Emerald Fennell devait donc trouver sa propre approche. Mais disons-le tout de suite, il faut oublier le roman qui a marqué la littérature et scandalisé la société rigide de l’époque par sa noirceur et sa modernité. Il n’en reste qu’une vague trame. Une adolescente et un petit gitan adopté inséparables qui, devenus adultes, se livrent à des jeux sexuels et défient les conventions sociales. Et puis Catherine épouse le riche Edgar Linton pour assurer son avenir financier, tandis que Heathcliff méprisé par la famille, humilié, meurtri, s’enfuit théâtralement sous un soleil rougeoyant. Pour revenir des années plus tard, riche et ivre de vengeance.    

    On cherche en vain l’intensité, la cruauté. la force transgressive du roman dans Hurlevent. Emerald Fennell a opté pour une relecture dite moderne en proposant une romance sado-maso kitsch, esthétisante à l'excès, frisant parfois le ridicule, entre une Margot Robbie à la plastique certes impeccable mais trop âgée pour le rôle, et un Jacob Elordi (descendant d’esclaves dans le livre), bien musclé, plutôt sexy, toutefois jugé trop blanc. De là à dire que cette énième version, même visible pour certains, est oubliable, il n’y a qu’un pas…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 11 février.

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  • Grand écran: "A bras le corps" ou la rébellion silencieuse d'une jeune fille déterminée à gagner sa liberté

    Tableau grave, sombre, implacable d’une Suisse à la neutralité muette en temps de guerre, opposée au combat déterminé d’une frêle adolescente de 15 ans, incarnée par l’excellente Lila Gueneau, pour son autodétermination face à la redoutable hypocrisie ambiante.

    Nous sommes en 1943. Evoquant indirectement le deuxième conflit mondial, la réalisatrice neuchâteloise Marie-Elsa Sgualdo dresse en effet, dans A bras le corps, un parallèle passionnant entre la complicité, le conformisme d’un pays et ceux des habitants d’un village frontalier du Jura villageois à l’égard de cette très jeune jeune femme de ménage, violée par un ami bourgeois de la famille pour qui elle travaille. Tout comme elle a conduit des campagnards suisses à renvoyer des réfugiés juifs aux nazis, la culture de l’acceptation tranquille veut pousser Emma à vivre dans le silence et l’injustice.

    Traumatisée par l'abus subi et découvrant qu’elle est enceinte, l’adolescente fait d’abord comme de rien n’était. Ensuite, à contrecœur, elle se tourne vers son entourage. Qui lui conseille de se plier à la situation. D’accepter ce qui s’est passé, de devenir mère, d'épouser son violeur (qui la rejette), d'opter pour un homme du coin qui prendra soin d’elle et de son bébé. En clair, le mieux c’est de ne pas  faire de vagues. Mais Emma, animée d’une force insoupçonnée, va défier cette communauté rurale protestante, rétrograde, contraignante voire répressive, pour trouver sa place et cheminer courageusement vers son indépendance et la joie de vivre. Même si la vie reste rude.  

    Une réussite que ce premier long métrage résolument féministe au titre anglais plus adéquat à notre avis de Silent Rebellion, qui bouleverse sans jamais tomber dans le mélodrame ou le pathos. Il a récolté sept nominations pour le Prix du cinéma suisse, à l’image de Bagger Drama, du réalisateur bernois Piet Baumgartner. La cérémonie aura lieu le 27 mars à Zurich.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 février.

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  • Grand écran: "No Other Choice", satire grinçante de la société en forme de comédie macabre et absurde

    You Man Su, cadre dans l’industrie du papier, est un quadra plein d’énergie, heureusement marié, père comblé de deux enfants, propriétaire de deux chiens et d’une jolie maison, dont la vie bascule lorsqu’il perd son job. Obsédé par l’idée de retrouver un poste équivalent dans l’usine qui vient de le licencier, il est prêt à tout pour retrouver son statut social. 

    No Other Choice est une adaptation par le réalisateur sud-coréen Park Chan Wook, d’un polar de l’auteur américain Donald Westlake, The Ax (en français Le couperet), qui avait déjà inspiré Costa Gavras en 2005. Il ouvre sur une scène de famille carrément idyllique. Enthousiaste, You Man-su, incarné par l’icône incontournable du cinéma asiatique Lee Byung-hun, prépare un barbecue, embrasse sa femme ses enfants, ses deux chiens, en leur disant «J’ai tout». On a soudain comme un petit doute sur la pérennité de cette joie débordante. 

    Un plan machiavélique

    En effet, il est renvoyé sans ménagement à cause de restructurations brutales à l’américaine. L’IA est passée par là. You Man-su n’arrive plus à maintenir son train de vie bourgeois. La famille doit se serrer la ceinture. Elle économise sur tout, se sépare des chiens, résilie l’abonnement Netflix. Toujours chômeur au bout d’un an, You Man Su risque de perdre sa maison de son enfance, rachetée à force de travail acharné. Trop, c'est trop. Désespéré, il n’a pas d’autre choix que de mettre en oeuvre un plan machiavélique, en virant au tueur en série. Là, on change de genre, l'histoire devenant à la fois de plus en plus sordide, glauque, burlesque, rocambolesque.

    Entre thriller, drame social, familial, comédie macabre et absurde, le talentueux Park Chan-wook, notamment auteur du vampirique Thirst, ceci est mon sang en 2009, de l’érotique Mademoiselle en 2016, du noir et romantique Decision to Leave, Prix de la mise en scène à Cannes en 2022, signe une satire grinçante, caustique et bienvenue de la société en général et  sud-coréenne en particulier. Il s’élève avec force contre la cruauté du monde de l’entreprise, parfois fatale aux ouvriers, ainsi que les dérives du capitalisme à l’heure des nouvelles technologies.

    On admire par ailleurs, comme toujours chez le cinéaste, l’élégance de la réalisation, le soin apporté à l’image. Deux bémols pourtant. Le film traîne inutilement en longueur et Park Chan-wook pousse trop souvent son charismatique héros au cabotinage excessif. Des outrances qui finissent par nuire au propos.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 février.

     

     

     

     

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