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Sorties de la Semaine - Page 2

  • Grand écran: "Romeria" suit une jeune fille en quête d'identité. Un film inspiré du propre vécu de sa réalisatrice

    En français, romeria signifie pèlerinage. Et c’est bien ce qu’entreprend Marina (Llúcia Garcia), en débarquant pour la première fois à Vigo, en Galice, sur la côte Atlantique. Venue chercher un document d'état civil nécessaire à l'obtention d'une bourse d’études, la jeune fille de 18 ans est en réalité surtout en quête d’identité. Adoptée après la mort de ses parents fauchés par le sida, elle veut renouer des liens avec une partie de sa famille biologique paternelle.

    Guidée par le journal intime de sa mère qu’elle garde toujours avec elle, Marina rencontre tout un clan bourgeois d’oncles, de tantes, de cousins, d’aïeuls qu'elle ne connaît pas. Son arrivée fait ressurgir un passé enfoui, dans lequel elle fouille pour comprendre qui étaient ses parents. Tout en découvrant les secrets de ses proches, cultivant les non-dits, le mensonge et la honte, l’adolescente reconstruit le parcours de ses géniteurs. Deux êtres qui ont connu le meilleur et le pire, entre bonheur, folles aventures en mer et rêves brisés par la drogue. .  

    Pour Romeria, la Catalane Carla Simón s’inspire de son propre vécu d’orpheline ayant perdu ses père et mère du sida, s'appuyant par ailleurs sur de nombreux témoignages.  Elle avoue que le cinéma lui a offert la possibilité d’inventer son propre récit et de faire la paix avec son histoire. A travers elle, la cinéaste brosse également indirectement le portrait de la génération espagnole des années 80, marquée par l’héroïne, les overdoses, le sida et leur tragique cortège de morts

    Achevant une trilogie sur la famille et l'absence après Été 93 et Nos soleils, Carla Simón propose, avec Romeria, un film visuellement séduisant. Touchant, poétique, il est porté par l’attachante Llúcia Garcia. Pourtant il peine à vraiment convaincre, notamment en raison de son inutile lenteur. L’auteure nous perd en effet en route en multipliant des détails sans grand intérêt. Elle a en outre tendance à s'éloigner de l’intrigue, brisant le fil conducteur par de trop longues pauses contemplatives, mélancoliques, parfois à la limite de l’ennui.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 avril.

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  • Grand écran: Ahmet, le berger qui rêve de devenir DJ. Un récit initiatique évitant la farce et le pathos

    Issu de la minorité turque Yörük, Ahmet (Arif Jakup), 15 ans, vit dans un village isolé de Macédoine du Nord avec son père et son petit frère Naim, devenu muet depuis la mort de leur mère. Après avoir dû quitter l’école, Ahmet est forcé de s’occuper de son cadet et de la bergerie familiale, tandis que son père, miné par le chagrin, se ruine auprès de guérisseurs de tout poil pour espérer faire reparler Naim.

    Bien que son quotidien soit régi par les traditions, Ahmet a un grand rêve, devenir DJ. Cherchant un de ses moutons qui s’est échappé, il tombe sur une rave party clandestine, en pleine nature. Fasciné par la musique électronique et les corps en transe, l'adolescent transforme aussitôt son tracteur en sound system mobile. Il tombe aussi amoureux de la jeune et rebelle Aya, aspirant à la danse et à la liberté. Malheureusement, elle est promise à un mariage arrangé. Ahmet va alors tenter de l’aider à se sauver de ce malheureux destin.

    Prix du jury et du public à Sundance, DJ Ahmet, comédie dramatique visuellement séduisante, est écrit et réalisé par Georgi M. Unkovski. Evitant la farce et le pathos, surfant sur le pouvoir libérateur de la musique, le réalisateur nord-macédonien explore, dans son premier long métrage, le sempiternel conflit entre aînés tenants du patriarcat, à l`image du père d’Ahmet traditionaliste sévère, et une jeunesse avide de changement, d’émancipation, de modernité. Rien de très nouveau sous le soleil, mais l’auteur s’empare du sujet avec humour, sensibilité et tendresse.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 avril.

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  • Grand écran: "Yellow Letters", thriller politique captivant doublé d'un douloureux drame intime

    Après La salle des profs huis clos en forme de cauchemar pour une enseignante dans un collège allemand perturbé par une série de vols, le réalisateur İlker Çatak explore, dans Yellow Letters (Lettres jaunes), les effets délétères de la dictature sur un couple d'artistes turcs exclus socialement, car trop engagés politiquement aux yeux du pouvoir.

    Pour son nouveau long métrage, Ours d'or de la 76e Berlinale, l’auteur s’est  inspiré des purges décrétées par le président Recep Tayyip Erdogan, après la tentative de coup d’État de l’été 2016. Des milliers d’artistes et d’universitaires avaient alors été suspendus et traduits en justice, après avoir signé une pétition pour la paix. Les purges se sont ensuite intensifiées jusqu’en 2019.

    L’action se déroule en Turquie, et met en scène des acteurs turcs, mais le film a été tourné en Allemagne, Berlin figurant Ankara, et Hambourg Istanbul. Un choix assumé, révélé au spectateur. Dramaturge et professeur à l'université de la capitale, Aziz (Tansu Biçer) reçoit, à l’image de nombreux collègues, une lettre jaune synonyme de révocation, pour avoir interrompu son cours et incité ses élèves à aller manifester. Quelques jours plus tard, sa femme Derya (Özgü Namal), comédienne vedette du théâtre national où elle joue les pièces d’Aziz, trouve également dans son courrier la lettre fatidique.

    Union et engagement mis à l'épreuve

    Leur vie bascule brutalement. Désormais interdits de penser, de s’exprimer et surtout sans ressources, tous deux doivent quitter Ankara pour s'installer avec leur fille adolescente chez la mère d'Aziz à Istanbul. Leur union et la force de leur engagement politique sont mis à l’épreuve. Le film dissèque ainsi la manière dont chacun se conforme, s’intègre, résiste ou s’incline, face à une précarité accrue et aux injonctions d’un pouvoir dictatorial toxique. Tandis qu'Aziz fait le taxi, Derya va se laisser convaincre de jouer dans une série produite pas une chaîne de télévision soutenant activement le gouvernement qui l’a pourtant privée, ainsi que son mari, de faire son métier.     

    Thriller politique intense et captivant doublé d’un douloureux drame intime, Yellow Letters  séduit par sa mise en scène sobre et efficace, volontairement théâtrale, par les performances des comédiens, plus particulièrement celles d’Özgü Namal et Tansu Biçer. D’une dimension universelle en raison de son regard sur les régimes autoritaires ou tentés par le despotisme, l’œuvre met au centre la liberté d'expression, tout en interrogeant la valeur et la fragilité de nos démocraties.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er avril.

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