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Sorties de la Semaine - Page 2

  • Grand écran: Ahmet, le berger qui rêve de devenir DJ. Un récit initiatique évitant la farce et le pathos

    Issu de la minorité turque Yörük, Ahmet (Arif Jakup), 15 ans, vit dans un village isolé de Macédoine du Nord avec son père et son petit frère Naim, devenu muet depuis la mort de leur mère. Après avoir dû quitter l’école, Ahmet est forcé de s’occuper de son cadet et de la bergerie familiale, tandis que son père, miné par le chagrin, se ruine auprès de guérisseurs de tout poil pour espérer faire reparler Naim.

    Bien que son quotidien soit régi par les traditions, Ahmet a un grand rêve, devenir DJ. Cherchant un de ses moutons qui s’est échappé, il tombe sur une rave party clandestine, en pleine nature. Fasciné par la musique électronique et les corps en transe, l'adolescent transforme aussitôt son tracteur en sound system mobile. Il tombe aussi amoureux de la jeune et rebelle Aya, aspirant à la danse et à la liberté. Malheureusement, elle est promise à un mariage arrangé. Ahmet va alors tenter de l’aider à se sauver de ce malheureux destin.

    Prix du jury et du public à Sundance, DJ Ahmet, comédie dramatique visuellement séduisante, est écrit et réalisé par Georgi M. Unkovski. Evitant la farce et le pathos, surfant sur le pouvoir libérateur de la musique, le réalisateur nord-macédonien explore, dans son premier long métrage, le sempiternel conflit entre aînés tenants du patriarcat, à l`image du père d’Ahmet traditionaliste sévère, et une jeunesse avide de changement, d’émancipation, de modernité. Rien de très nouveau sous le soleil, mais l’auteur s’empare du sujet avec humour, sensibilité et tendresse.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 avril.

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  • Grand écran: "Yellow Letters", thriller politique captivant doublé d'un douloureux drame intime

    Après La salle des profs huis clos en forme de cauchemar pour une enseignante dans un collège allemand perturbé par une série de vols, le réalisateur İlker Çatak explore, dans Yellow Letters (Lettres jaunes), les effets délétères de la dictature sur un couple d'artistes turcs exclus socialement, car trop engagés politiquement aux yeux du pouvoir.

    Pour son nouveau long métrage, Ours d'or de la 76e Berlinale, l’auteur s’est  inspiré des purges décrétées par le président Recep Tayyip Erdogan, après la tentative de coup d’État de l’été 2016. Des milliers d’artistes et d’universitaires avaient alors été suspendus et traduits en justice, après avoir signé une pétition pour la paix. Les purges se sont ensuite intensifiées jusqu’en 2019.

    L’action se déroule en Turquie, et met en scène des acteurs turcs, mais le film a été tourné en Allemagne, Berlin figurant Ankara, et Hambourg Istanbul. Un choix assumé, révélé au spectateur. Dramaturge et professeur à l'université de la capitale, Aziz (Tansu Biçer) reçoit, à l’image de nombreux collègues, une lettre jaune synonyme de révocation, pour avoir interrompu son cours et incité ses élèves à aller manifester. Quelques jours plus tard, sa femme Derya (Özgü Namal), comédienne vedette du théâtre national où elle joue les pièces d’Aziz, trouve également dans son courrier la lettre fatidique.

    Union et engagement mis à l'épreuve

    Leur vie bascule brutalement. Désormais interdits de penser, de s’exprimer et surtout sans ressources, tous deux doivent quitter Ankara pour s'installer avec leur fille adolescente chez la mère d'Aziz à Istanbul. Leur union et la force de leur engagement politique sont mis à l’épreuve. Le film dissèque ainsi la manière dont chacun se conforme, s’intègre, résiste ou s’incline, face à une précarité accrue et aux injonctions d’un pouvoir dictatorial toxique. Tandis qu'Aziz fait le taxi, Derya va se laisser convaincre de jouer dans une série produite pas une chaîne de télévision soutenant activement le gouvernement qui l’a pourtant privée, ainsi que son mari, de faire son métier.     

    Thriller politique intense et captivant doublé d’un douloureux drame intime, Yellow Letters  séduit par sa mise en scène sobre et efficace, volontairement théâtrale, par les performances des comédiens, plus particulièrement celles d’Özgü Namal et Tansu Biçer. D’une dimension universelle en raison de son regard sur les régimes autoritaires ou tentés par le despotisme, l’œuvre met au centre la liberté d'expression, tout en interrogeant la valeur et la fragilité de nos démocraties.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er avril.

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  • Grand écran: "Le testament d'Ann Lee", histoire d'une leader spirituelle vénérée, prêchant le célibat la chasteté et l'égalité

    Drame historique et musical,  Le Testament d'Ann Lee retrace le parcours de la leader spirituelle Ann Lee, de son enfance en Angleterre, jusqu’à sa mort en Nouvelle-Angleterre, à la fin du XVIIIsiècle. Le film raconte comment cette femme marquée par des deuils et des visions à Manchester, devient la cheffe de la secte chrétienne des Shakers.   

    Née le 26 février 1736, elle travaille d’abord dans une fabrique de coton, puis chez un chapelier et comme cuisinière dans une infirmerie. Elle tente de s’opposer au mariage mais y est contrainte par son père. Accouchant de quatre enfants, tous morts avant leur premier anniversaire, elle renonce à la sexualité suite à une illumination mystique, achevant de la convaincre que le célibat est la seule façon de se rapprocher de Dieu.

    Victime de persécutions physiques et religieuses dans son pays, elle s’exile en 1776  avec une demi-douzaine de proches, aux Etats-Unis près d’Albany, où l’église de "Mère Ann" accueille de plus en plus de fidèles, dans cette communauté utopiste, prônant le célibat et la chasteté, tout en s’opposant à la ségrégation sexuelle et raciale. Depuis son expérience spirituelle profonde, ses coreligionnaires sont en outre persuadés qu’elle est la réincarnation de Jésus-Christ. Selon la légende, elle parlait et comprenait une multitude de langues, alors qu’elle était illettrée

    Le Testament d’Ann Lee est réalisé par l’actrice norvégienne Mona Mona Fastvold qui cosigne le scénario avec l’Américain Brady Corbet, auteur de Le Brutaliste. Compagnons dans la vie, ils ont donc échangé les rôles pour ce film, magnifiquement porté par Amanda Seyfried. La comédienne  trouve sans doute dans cette leader humaniste et féministe, vénérée des Shakers, sa plus grande prestation. Puissante, habitée, elle a dernièrement reçu le Globe de la meilleure actrice dans un film musical.

    Côté musique justement, Daniel Blumberg, qui avait déjà signé celle de Le Brutaliste, s’est inspiré de vrais chants des Shakers pour les litanies des personnages en extase. On apprécie par ailleurs les chorégraphies envoûtantes et sensuelles, qui figurent parmi les plus séduisantes scènes du film.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 18 mars

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