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Sorties de la Semaine

  • Grand écran: "Un balcon à Limoges" met face à face deux femmes que tout oppose. Singulier et glaçant

    Le réalisateur Jérôme Reybaud met face à face, dans Un balcon à Limoges, deux femmes d’une cinquantaine d’années aux antipodes l’une de l’autre. Gladys (Fabienne Babe) est une marginale sans logement, sans carte vitale, sans compte bancaire. Rebelle, elle se fiche de tout, ne respecte personne et rien ne semble compter dans sa vie, à part éventuellement l’alcool, le sexe, la musique pop et la danse.

    De son côté Eugénie (Anne-Lise Heimburger) est une mère célibataire psychorigide, doublée d’une aide-soignante maniaque. Avide de normalité, d’ordre, de conformité, elle s'efforce de faire le bien, en s‘occupant notamment de réfugiés ukrainiens et afghans. Un matin elle rencontre par hasard, près de l’Hôtel de ville de Limoges, Gladys, une ancienne camarade de lycée endormie dans sa voiture. Guidée par son métier, Eugénie n’a dès lors de cesse de vouloir venir en aide à Gladys, qui ne lui a rien demandé. Ce qui ne l’empêche pas de profiter de sa générosité un rien glauque.

    Se basant sur un fait divers survenu en Touraine en 1988, Jérôme Reybaud ancre son récit en 2020, car il s’intéressait aux comportements opposés pendant et après la crise du Covid. Il se livre ainsi à une sorte d’étude de personnages, en suivant ces deux femmes que tout sépare. Et dont l’étrange relation née d’une rencontre banale, nous emmène vers un dénouement glaçant, carrément horrifique. Pas tout à fait inattendu cependant, l’auteur faisant subrepticement mais implacablement monter la tension dans ce film singulier, parfaitement interprété. Proposé en août dernier dans la section Cinéastes du présent au Festival de Locarno, il a beaucoup fait parler.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 mai.

     

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  • Grand écran: "Silent Friend" sublime notre relation avec les végétaux. Un ovni fascinant, poétique, sensoriel

    Décalés dans le temps, trois épisodes qui s’entremêlent constituent la trame de Silent Friend, signé de la Hongroise Ildikó Enyedi. L'oeuvre surfe sur de nombreux thèmes,  la relation de l’homme avec les végétaux, l'importance de la science qui ne nous éloigne pas forcément de la nature si elle est bien exploitée, ainsi que la lutte pour l’égalité des femmes.

    En 1908, la jeune et intelligente Grete (la Suissesse Luna Wedler), est la première femme admise à l'Université de Marburg. Tout en tentant de trouver sa place dans un milieu patriarcal qui accepte mal sa présence, elle se passionne pour la photographie. Elle s’intéresse plus particulièrement aux plantes et fait des découvertes surprenantes.

    En 1972, l’étudiant Hannes (Enzo Brumm) tombe amoureux d’une camarade qui l’initie au monde des plantes, et mène une expérience palpitante sur un géranium en pot, pour déceler ses émotions. Lorsqu'elle part en voyage, Hannes s'en occupe, le surveille de près et le trouve si captivant qu’il amorce un dialogue avec lui.

    En 2020 enfin, le prestigieux neuroscientifique chinois Tony Wong (Tony Leung Chiu-wai), qui a quitté Hong Kong pour Marburg afin d'y donner une conférence, se retrouve coincé à l’université à cause du Covid, avec un gardien taciturne et grognon. Sur internet, il découvre un projet de recherche de la biologiste Alice Sauvage (Léa Séydoux) qu’il joint par zoom et, avec son aide, va développer un lien avec le majestueux ginkgo centenaire (lSilent Friend ) du jardin botanique de l’établissement. En se demandant s'il éprouve des sentiments.

    Le ginkgo apparaît dans les différents épisodes. Magistralement réalisés, montés et interprété, ils sont visuellement adaptés à leur époque. Celui de 1908, irrésistible, se déroule par exemple en noir et blanc. Il voit notamment l’excellente Luna Wedler tenir farouchement tête à une brochette de vieux pervers, qui la testent sadiquement sur ses connaissances.

    De son côté, l’impressionnant Tony Leung, héros du cinéma hongkongais, séduit par sa performance contemplative, méditative. Il montre une douceur et une exquise finesse dans ce film d’une extraordinaire singularité et d’une rare beauté, Un ovni fascinant, poétique, sensoriel, qui donne envie d’enlacer les arbres et de faire un brin de causette matinale avec son ficus.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 avril.

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  • Grand écran: "L'enfant du désert", une histoire vraie qui manque...d'authenticité

    Pour son dernier-né L’enfant du désert, co-écrit avec sa femme Prune, le Français Gilles de Maistre se base sur un récit de la journaliste suédoise Monica Zak. Sun, 14 ans, (Neige de Maistre, la fille du réalisateur), reçoit un prix littéraire pour son roman inspiré d'une légende africaine que son grand-père lui racontait pour l’endormir. Celle incroyable d'Hadara, un enfant nomade perdu par sa famille à l'âge de 2 ans, lors d’une tempête de sable dans le désert du Sahara au début du 20e siècle.

    Tandis qu’il était voué à une mort certaine, Hadara est miraculeusement recueilli par un couple d’autruches. Elles vont lui permettre de survivre pendant 10 ans, avant d’être retrouvé et ramené à sa famille. Invitée au Sahara, l’auteure du livre rencontre une jeune femme prétendant qu’il ne s'agit pas d'un conte mais d'une histoire vraie. Elle souhaite raconter la suite à Sun, afin qu’elle l’écrive et qu’elle se perpétue ainsi au-delà de la tradition orale.

    Gilles de Maistre nous offre de magnifiques images tournées dans de somptueux décors. Et Hadara interprété entre 2 et 12 ans par trois mignons petits Marocains, se montre très attendrissant dans sa lutte pour survivre en milieu hostile, et sa grande proximité avec les autruches.

    En ce qui concerne le reste, le cinéaste n’est pas au mieux de sa forme, tout comme ses acteurs au jeu approximatif. A commencer par un caricatural Kev Adams qui incarne le grand-père, et une Neige de Maistre peu convaincante. Si on ajoute une grosse louche de manichéisme et de bons sentiments, on se dit que ce fait réel manque singulièrement d’authenticité. Mais le film pourrait plaire aux petits.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 avril.

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