Grand écran: "Qui vit encore": rescapés de l'enfer, neuf réfugiés palestiniens racontent. Bouleversant (01/02/2026)

Le documentaire du Suisse Nicolas Wadimoff, lauréat du Prix de Soleure, commence de façon intrigante. Dans un hangar au sol noir, un homme peint une forme à la peinture blanche. Et à l’intérieur, dessine sommairement des figures géométriques. Il s’agit d’une carte symbolique de Gaza avec ses villes, ses camps, ses quartiers. Et on découvre Jawdat Khoudari, Mahmoud Jouda, Adel Altaweel, Haneen Harara, Malak Khadra, Hanaa Eleiwa, Firaz Elshrafi, Eman Shanan et Ghada Alabadl,  neuf Palestiniens réfugiés en Egypte, qui ont échappé à l’enfer. Ils se rendent chacun dans leur carré, pour montrer où était leur maison. Ensuite ils se dirigent vers une table.  Sur celle-ci, l’un après l’autre, ils tracent au feutre blanc les lieux qui représentaient leur existence.

Et puis ils racontent cette vie d’avant, les dangers encourus, la perte de leurs proches, parfois de toute leur famille, la disparition de leurs rêves. Ils évoquent aussi le profond attachement à leur terre, leur lutte pour revenir à la vie. En partageant leurs récits dans ce qui tient de la thérapie de groupe, ils tentent de se remettre en contact avec eux-mêmes, de revendiquer le droit de cesser d’être des fantômes. Les entretiens sont menés par Wadimoff. Il connaît particulièrement bien son sujet pour se rendre régulièrement en Palestine.

Qui vit encore devait à l’origine être tourné à Lausanne, mais les visas ayant été refusés aux protagonistes par les autorités suisses, il a été tourné en Afrique du Sud.  Présenté à la dernière Mostra de Venise, le réalisateur a reçu le Prix Art et Cinéma. Avec sa scénographie sobre, respectueuse, son approche très humaine de la survie et de la mémoire, l’auteur rend les témoignages de ces existences détruites encore plus forts et poignants. La dignité, le courage, la résilience de ses héros nous bouleversent. Surtout quand on imagine la difficulté de parler de cette tragédie et de la charge émotionnelle qui en découle. Par leurs voix, Nicolas Wadimoff s’attache à représenter, comme il le dit lui-même, une situation qui n’a plus de mots pour être décrite.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 28 janvier.

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