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le blog d'Edmée - Page 58

  • Grand écran: "Tatami" raconte le cruel dilemme d'une judokate iranienne, confrontée au régime. Passionnant

    Derrière la caméra, une Iranienne (Zar Ami Ebrahimi, sacrée meilleure actrice à Cannes en 2022 pour Holy Spider) et un Israélien (Guy Nattiv, notamment réalisateur de Golda). Une coréalisation inédite entre ces deux artistes émigrés, elle en France, lui aux Etats-Unis. Ils se sont associés pour réaliser Tatami, évoquant le cruel dilemme de Leila (Arienne Mandi), une judokate iranienne.

    Avec sa coach Maryam (Zar Ami Ebrahimi elle-même) et le reste de l’équipe, elle se rend aux championnats du monde de judo qui se déroulent à Tbilissi en Géorgie. Son but, remporter une médaille d’or, une première pour son pays. Et c’est bien parti. Leila aligne les victoires, jusqu’au jour où elle rencontre sur sa route une adversaire israélienne. La ligne rouge pour les autorités de son pays qui lui ordonnent de déclarer forfait, par exemple en simulant une blessure.

    Mais il n’en n’est pas question pour la fougueuse Leila. Elle s’oppose rageusement à sa coach qui tergiverse. Autrefois intimidée par le régime, elle est déchirée entre son envie de laisser son athlète s’exprimer et son obligation d’obéir aux ordres d’un envoyé du gouvernement débarqué sur place. Menaces, peur, tentative de rébellion…. Sa liberté et celle de sa famille restée à Téhéran en jeu, Leila est confrontée à un choix impossible. Se plier aux injonctions du régime ou se battre jusqu’au bout pour réaliser son rêve. 

    Inspiré d’un fait réel ce thriller sous haute tension tourné dans un magnifique noir et blanc nous immerge, grâce à sa mise en scène rigoureuse,  au cœur d'affrontements intenses, à la fois sportifs et politiques. Tout en nous laissant ressentir la terrible charge physique, psychologique et mentale pesant sur une Leila prise en tenaille. Intelligent, courageux, passionnant, ce film d’espionnage est de surcroît remarquablement porté par ses deux principales interprètes, qui sont plutôt qu’elles ne jouent leur personnage respectif. 

    Tandis que la presse iranienne, choquée, dénonce un film « mensonger »,  l’actrice réalisatrice Zar Ami déclare lutter grâce à lui contre tous les extrémismes, d’Iran ou d’Israël.  A noter qu’elle a pris publiquement fait et cause pour le soulèvement de la jeunesse de son pays, suite à la mort de l’étudiante Mahsa Amini, en raison de « port de vêtement inapproprié ». 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 septembre.

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  • Grand écran: "La prisonnière de Bordeaux", histoire d'une amitié improbable avec Isabelle Huppert et Hafsia Herzi

    Grande bourgeoise dépressive, Alma (Isabelle Huppert), s’ennuie seule dans sa grande et luxueuse maison remplie d’œuvres d’art (détail qui aura son importance), en attendant avec indifférence la sortie de prison de son mari. Ce dernier a été lourdement condamné  pour délit de fuite, suite à un accident de voiture qu’il avait provoqué. 

    Alors qu’elle lui rend sa visite habituelle, Alma fait la connaissance de Mina (Hafzia Herzi), mère de deux enfants. Issue, elle, d’un quartier populaire, la jeune femme venue voir son conjoint incarcéré pour une trouble histoire de bijoux volés, s’est trompée de jour de parloir. La tuile. Malgré tous ses efforts pour attendrir le personnel pénitentiaire, allant jusqu’à feindre l’évanouissement, rien n’y fait.  Mina est forcée d’attendre le lendemain. C’est le règlement. 

    Mais elle vient de loin et pour elle c’est la galère. En rentrant chez elle,  Alma la découvre couchée sur un banc à un arrêt de bus. Elle lui propose de l’héberger pour la nuit. Une amitié improbable, complexe, défiant les conventions, naît alors très vite entre ces deux femmes qu’en principe tout sépare. Tout ou presque dans la mesure où, si elles ne sont pas derrière les barreaux, elles n’en sont pas moins enfermées dans leur solitude par la faute d’un homme inconséquent. Et surtout prisonnières (d’où le titre) d’un milieu dont elles cherchent à s’affranchir. 

    En misant sur cette quête de liberté, la réalisatrice française Patricia Mazuy , notamment auteur de Bowling Saturne, film noir, angoissant et sec, évite avec finesse, délicatesse et intelligence, le côté convenu d’un scénario à la structure dramatique pourtant mince. La réussite de ce film parfois déroutant tient aussi évidemment à la séduisante prestation de ses deux actrices, qui emportent le morceau chacune dans un registre différent…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 août.

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  • Grand écran: "Eat The Night" brouille la frontière entre le réel et le virtuel. Fascinant

    Avec leur premier film Jessica Forever, Caroline Poggi et Jonathan Vinel livraient un drôle d’objet cinématographique. Conte moderne à la frontière des genres, audacieux, radical, inventif, sensoriel, il avait injustement connu un échec public. Six ans après, le duo tente un léger rapprochement avec Eat the Night, tout en restant dans une proposition de cinéma alliant créativité et originalité.

    Mêlant virtuel et réel, le film évoque la relation fusionnelle entre Pablo (Théo Cholbi), un jeune dealer, et sa sœur Apolline (Lila Gueneau). Depuis leur enfance, ils cherchent à échapper à leur quotidien morose en s’évadant dans Darknoon, un jeu vidéo. Or, ce dernier va s’arrêter définitivement dans soixante jours, à leur grand désespoir, surtout celui d’Apolline. Complètement accro, elle y consacre pratiquement tout son temps.

    La liberté de choisir son univers

    De très serrés, les liens fraternels semblent se distendre au fur et à mesure que le temps passe. Pablo rencontre alors par hasard Night (Erwan Kepoa Falé), qu’il initie à son trafic d’ecstasy, avant d’en tomber fou amoureux. Tandis qu’Apolline laisse à l’occasion éclater sa colère dans le jeu, les deux amants deviennent la cible d’une dangereuse bande rivale de narcotrafiquants. La violence explose dans les deux univers qui ne sont, dans le fond, pas si différents l’un de l’autre, chacun· ayant en somme la liberté de choisir le sien…

    Les cinéastes alternent ainsi ces mondes avec brio, l’un se déversant dans l’autre et vice-versa. Ce faisant, ils brossent le portrait de jeunes personnages à la fois brutaux, désœuvrés et déphasés, .symboliques de l’époque, dans une sorte de conte s’appropriant à nouveau tous les styles, oscillant entre le thriller, la romance gay, le fantastique et le social.

    Hybride, ambitieux, fourmillant d’idées aussi singulières qu’innovantes, cette œuvre portée par trois excellents protagonistes captive en dépit de quelques longueurs. On aurait par ailleurs aimé que les auteurs apportent le même soin aux parties réelles qu’au jeu, conçu pour l'occasion et qui fascine par la beauté des images. Des réserves mineures au demeurant

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 août.

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