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le blog d'Edmée - Page 6

  • Grand écran: avec "Fjord", sa deuxième Palme d'or, Cristian Mungiu signe un thriller juridico-social aussi passionnant que clivant. Interview

    Il fait partie du cercle prestigieux des dix auteurs récompensés à Cannes d’une double Palme. Depuis  Quatre mois, trois semaines, deux jours, sa première médaille d’or, Cristian Mundiu le cinéaste roumain montre les failles, les fractures de nos sociétés à travers des thèmes comme l’avortement, la corruption politique, la résurgence du nationalisme, la peur de l’étranger ou les divisions idéologiques. Il poursuit l’exploration de ces tensions parfois extrêmes, de cette difficulté toujours plus grande à vivre ensemble dans Fjord, son deuxième trophée, une œuvre aussi puissante que clivante.

    Inspiré de l’histoire vraie des immigrés Bodnariu, ce drame juridico-social met en scène un couple mixte très pieux, traditionaliste, père roumain et mère norvégienne. Leur vie bascule lorsqu’ile se voient retirer la garde de leurs cinq enfants par les services sociaux norvégiens, pour soupçons de maltraitance sur l’une d’entre eux. Tourné en Norvège, le film est magistralement porté par Sebastian Stan et Renate Reinsve.

    Tout en filmant l'engrenage administratif et l'isolement d'une famille face à la machine judiciaire, Cristian Miungiu oppose deux systèmes de valeurs  D’un côté, une conception rigoriste de l'éducation et de l'autre, l'État libéral-norvégien, ses services sociaux, ses procédures, sa conception tout aussi rigoureuse et moralisatrice de la protection de l'enfance.

    En d’autres termes, Fjord interroge la froideur d'un système persuadé d'agir pour le bien-être des petits contre la volonté des parents. A tel point qu’au bout du compte, savoir ce qui est réellement arrivé à l’enfant, en principe le cœur du film, devient presque secondaire. Mais le réalisateur ne choisit pas son camp dans ce conflit, laissant le soin au spectateur d’éventuellement trancher. Ce qui fait débat, en provoquant fascination, gêne ou malaise.

    «Une façon fondamentaliste de penser»

    Lors d’une récente rencontre à Genève, Cristian Mungiu s’en explique en nous en disant plus sur ce film captivant. « Quand je suis tombé sur ce fait divers il y a une dizaine d’années, j’ai découvert qu’il se produisait beaucoup de cas de ce genre en Europe du Nord. Mais je ne l’ai pas fictionnalisé tout de suite. Avant d’écrire le scénario, j‘ai fait de nombreuses recherches, rencontré des familles, des juges, des avocats, des spécialistes de l’enfance, des journalistes, des communautés religieuses. Finalement c’est devenu un conflit entre groupes conservateurs et progressistes, une façon fondamentaliste de penser des deux côtés»

    Chaque partie est certaine d’avoir raison.

    En effet. Et il n’y a pas de possibilité de se rencontrer, de s’entendre. Si tu ne partages pas mes valeurs, mon point de vue, tu es un idiot. Du coup la société se polarise, se radicalise, se fracture de partout et le niveau de haine monte. Je plaide pour le vivre ensemble et comment faire coexister des idées devenues presque irréconciliables

    En l’occurrence, vous opposez le rigorisme des parents à l’excès de zèle de la protection de l’enfance. Mais sans prendre parti, ce que certains vous reprochent

    La vérité avec un grand V n’existe pas. Prendre parti n’encourage pas l’esprit critique. Depuis toujours, je pousse les gens à réfléchir sur leur propre vie, à trouver leurs propres réponses. C’est un choix politique. Je ne fais pas des films de propagande. Mes opinions sont toujours très nuancées et mon avis n’est pas plus important que le vôtre La réalité est beaucoup plus compliquée. J’essaye avant tout de comprendre d’où viennent les différences, d’amener des situations inconfortables dans le débat public.

    Depuis la sortie de Fjord, il est en cours et la polémique a tendance à enfler.

    Le film polarise en effet beaucoup. La controverse a commencé dans la violence alors que les gens ne l’avaient même pas vu. C‘est justement ce qu’il dénonce : il n’est pas nécessaire de connaître les choses pour juger ou blâmer. En ce qui me concerne, je trouve trop facile d’exprimer un seul point de vue. Je ne profite pas de la liberté de création pour critiquer les personnages.

    En même temps vous laissez planer le doute, ce qui provoque du suspense, de la tension.

    Oui, il s’agit d’un thriller politico-juridico-social, sans action et des scènes sans musique. Il est facile à suivre dans la mesure où ce suspense, cette tension viennent des sensations et de l‘angoisse que ressent le spectateur On en a tous !

    «Fjord», à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 19 août.

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  • Grand écran: "The North", longue marche de deux amis d'enfance pour tenter de renouer un lien rompu

    Chris et Lluis, amis d'enfance tentent de renouer un lien rompu après dix ans de séparations et de chemins de vie divergents. Ils se lancent dans une randonnée de 600 kilomètres à travers les Highlands écossais, marchant durant des semaines le long de la West Highland Way et le Cape Wrath Trail. Tourné dans des conditions proches du documentaire, sans artifice musical, le film entremêle fiction et réalité pour ausculter l'érosion de l’amitié au fil des ans.

    The North, réalisé par le cinéaste néerlandais Bart Schrijver, illustre la façon dont les grands espaces agissent sur l'esprit humain :Les paysages sauvages, rugueux, majestueux symbolisent la rudesse des épreuves intérieures des personnages. Qui sont également confrontés à la grande simplicité de la vie sous tente, se coltinant les petites difficultés quotidiennes: vent, pluie, insectes, bourbiers, sentiers escarpés .

    Agissant comme un miroir, un révélateur de vérité, nature écossaise est aussi filmée de façon à nous faire ressentir la fatigue des protagonistes au cours de cette longue marche introspective, contemplative, de plus de deux heures. Un peu trop intérieure d’ailleurs. Le manque de dialogues entre ces deux hommes taiseux, peinant à exprimer leurs sentiments et leurs émotions, finit par rendre la traversée parfois austère et répétitive, en dépit de sa beauté.

    On peut comparer cette oeuvre à The Salt Path (Le chemin de sel), adapté d’un bestseller autobiographique, avec Gillian Anderson et Jason Isaacs, dont on vous avait parlé lors de sa sortie en octobre 2025. Une femme et son mari, atteint d’une maladie dégénérative, ont tout perdu suite à de mauvaises opérations financières.  Désormais SDF, ils décident d’aller marcher le long des côtes anglaises, sur près de 800 km, pour se donner le temps d’affronter l'angoisse du lendemain. Les deux films partagent le même genre de récit itinérant, imposant une temporalité lente, tout en explorant des dynamiques relationnelles face à l’adversité ou aux années qui passent. 

    «The North», à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 19 août.

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  • Festival de Locarno: le Léopard d'or à "You Don't Belong Here" du Roumain Florin Serban

    La 79e édition du Festival de Locarno s’est achevée samedi soir avec la remise du Léopard d’or au film roumain You Don’t Belong Here. Ce drame de Florin Serban marque le retour du réalisateur au long métrage après huit ans d’absence. Focalisé sur une relation père-fils, il évoque l’effondrement du monde d'un médecin-chef, confronté à la double vie nocturne et à la dérive meurtrière de Ioan, son rejeton.

    Ce Léopard, Florin Serban le voulait et a tout fait pour l’avoir, avec un film calibré festival. On salue toutefois l’écriture, la singularité, la rigueur de la mise en scène et l’interprétation. Teodor Butanescu, qui  joue Ioan, a d’ailleurs reçu une mention spéciale. L’œuvre a également remporté le premier Prix du jury des jeunes, ainsi que le Prix Europa Cinemas Label.

    The Riverbank des Brésliliens Matheus Farias et Enock Carvalho a décroché le Prix spécial du Jury. L’ histoire, qui se déroule principalement dans les mangroves de Recife, lieux de drague gay, explore le conflit entre la moralité évangélique, les désirs cachés, la culture queer et les tensions de la violence institutionnelle. Le Léopard (très convenu) de la meilleure réalisation a été attribué au Sud-Coréen Hong Sangsoo pour Nowhere to Lay My Eyes, chronique intimiste et minimaliste sur deux jours, centrée sur des retrouvailles familiales. L'opus a également valu à son actrice Kim Minhee un prix d’interprétation. Monica Belllucci en a raflé un autre (et là c’est une vraie blague!) pour Ketticè de l’Italien Giovanni Tortorici.

    Plus que mérités en revanche, le Léopard d’or de la section Cinéastes du présent et le Prix de la première oeuvre pour The Illusion of an Everlasting Summer de l’Argentine Alessandra Sanguinetti. Remarquable documentaire, il a été tourné sur plus de 25 ans, suivant deux cousines de leur enfance dans la pampa argentine jusqu'à l'âge adulte.

    Signalons enfin que le Prix du public a été décerné à la réalisatrice italo-suisse Petra Volpe pour Frank & Louis. L'histoire suit Frank, condamné à la perpétuité. Pour optimiser ses chances d'obtenir une libération conditionnelle, il accepte de s'occuper de prisonniers âgés et atteints de démence. Il nouera petit à petit une émouvante relation avec Louis l'un de ses codétenus.  

    Les salles ont fait le plein dans les différentes sections

    Le Festival de Locarno a réussi sa 79e édition, remplissant les salles des différentes sections avec des films forts, exigeants, poétiques côté concours, intéressants, divertissants voire plus sur la Piazza Grande. Alliant les thèmes de la famille, du rapport aux arbres, de l’urgence écologique, au glamour sous les étoiles. Avec notamment la présence d'Isabelle Huppert, de Sandrine Kiberlain, Virginie Efira, Isabella Rossellimi, Olivia Wilde, Darren Aronofsky, ou James Gray.

    Et on n’oubliera pas la remarquable rétrospective Red & Black-Hollywood Left and the Blacklist explorant le cinéma américain de gauche, marqué par le maccarthysme à travers une cinquantaine d'œuvres. Avec des films engagés, des créateurs exilés, sur liste noire, des résistants à la censure, des classiques revisités, illustrant la terrible répression gouvernementale contre l'industrie hollywoodienne. Autant de chefs d’oeuvre captivants, édifiants, bouleversants, sous tension, qui ont attiré une foule enthousiaste (on a rarement vu autant de monde au Grand Rex) et dont on vous a passionnément parlé dans la rubrique cinéma du site tdg.ch.

    Et pour finir vivement le 80e, qui se tiendra du 4 au 14 août 2027!

     

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