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le blog d'Edmée - Page 5

  • Grand écran "En terrain neutre" questionne la neutralité suisse dans un road trip ironique au ton décalé. Interview

    Marignan 1515. Là où tout a commencé. Là où les Suisses se sont fait massacrer par l’artillerie française et que les survivants se sont juré que plus jamais on ne ferait la guerre. Aujourd’hui, Marignan n’est plus qu’un espace périurbain dans la banlieue un peu glauque de Milan, avec un sex shop, un centre commercial, un petit ossuaire commémoratif et une bretelle d’autoroute.

    Mais c’est là que s’ouvre le documentaire En terrain neutre, cosigné par Stéphane Goël et le journaliste d’investigation Mehdi Atmani. Ils ont décidé de questionner le concept de neutralité si cher aux Helvètes, au cours d’un road trip singulier. Il les a menés de Berne au conseil de sécurité à New York en passant par la zone de démarcation entre les deux Corée ou un salon de vente d’armes à Paris.

    D’âge et de milieu différents, ils ne se connaissaient pas. Mais Stéphane n’avait pas envie de faire ce périple seul, et s’est dit que ce serait intéressant de travailler avec un journaliste. De son côté Mehdi connaissait le travail du réalisateur, mais n’avait jamais travaillé pour le cinéma. Entre les deux ça a matché d’emblée.  

    En marge d’une approche sérieuse, leur documentaire interroge avec humour, ironie et sarcasme le mythe fondateur. En tentant de comprendre la notion de ce pilier de notre identité, cette valeur suprême qu’on n’arrive pas à définir. Car à quoi sert cette neutralité qu’on a reçue en héritage, qu’on nous a été imposée en 1815 ? Est-elle toujours d'actualité? Au fond, qu'est-ce que ça veut dire d'être un pays neutre ? Et la Suisse l'est-elle véritablement? En réalité, peut-on vraiment être neutres ? Et plus du tout lorsqu’on est attaqué?

    Archives drôles et scènes comiques

    Les deux protagonistes vont donc sillonner la planète avec l’idée faire un film dans lequel on rigole, pas neutre, pas historique. Débarquant avec de vraies questions lors de rencontres avec des diplomates et militaires suisses, des hommes de la rue. Le tout sur fond de quelques images d’archives drôles, et de scènes comiques frisant parfois le burlesque

    Ils vont par exemple rencontrer, à la frontière entre les deux Corées, un détachement de l’armée suisse comprenant cinq personnes, dont un général (unique en suisse). Ils nous font visiter un salon mondial de la défense et de la sécurité à Paris avec la présence de 26 entreprises suisses…  Ils nous emmènent aussi dans le réduit national où on découvre un hôtel de luxe désaffecté. Ou encore à New York au Conseil de sécurité. Un passage plutôt frustrant, comme vont le raconter les deux auteurs récemment vus à Genève. Et dont on va, pour simplifier la lecture, mêler les réponses  

    Qu’est-ce qui vous à poussé à questionner la neutralité ?

    Tout d’abord, ce thème n’est que rarement traité au cinéma. Ensuite et surtout la présidence suisse du conseil de sécurité (une première qui ne se reproduira pas avant 20 ans), le dépôt de l’initiative de Pro Suisse (UDC) pour inscrire la neutralité dans la Constitution, qu’on va voter vers la fin de l’année, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la guerre meurtrière à Gaza, tout cela nous a paru un bon moment pour nous livrer à cette introspection, cette psychothérapie.  

    Vous avez décidé d’une approche humoristique et décalée.

    C’est un sujet austère avec un potentiel d’ennui, donc il était primordial de l’aborder avec de l’autodérision, pour provoquer des émotions. D’où ce choix du road move ironique, avec un autre regard. La neutralité fait partie des meubles, mais on ne pense pas à la remettre en question.

    Vous avez mené une enquête sur le terrain semée d’embûches.

    Il est vrai que ce n’est pas facile d’accéder dans les domaines de pouvoir. Par exemple, s’immerger dans la délégation suisse au Conseil de sécurité de l’ONU s’est avéré impossible. On avait le droit de filmer les bureaux mais pas celui de poser des questions. On s’est retrouvé face à des communicants à la parole contrainte. Donc on s’est dit, on verra en Corée. Mais là encore les discours étaient préparés. On aurait aussi voulu avoir des banquiers. Quant aux mouvements d’extrême gauche, ils sont très méfiants. Du coup on a essayé de jouer avec ces portes fermées, en cherchant à regarder à côté, à cadrer l’incongru. Finalement les plus sincères, c’était les militaires. Comme ce divisionnaire qui nous affirme que le plus dangereux c‘est les Russes. Et qu’on doit se préparer

    Ce qui nous conduit au pavillon suisse du salon de Paris, avec la vente d’armes on ne sait en réalité pas trop à qui. Voilà une neutralité bien ambiguë.

    Les représentants étaient gênés aux entournures Ils disent que c’est dur à savoir. Que la vente est contrôlée, mais pas vraiment. C’est une zone extrêmement floue. La neutralité nécessite d’avoir une armée pour se défendre. Donc pour que l’industrie de l’armement soit viable, il faut vendre.

    La neutralité est en somme ce qu’on en fait, chacun en ayant sa propre vision..

    C'est en effet une valeur à géométrie variable. 98%, des Suisses, à gauche comme à droite, sont pour Mais les conceptions divergent. Le documentaire cherche à mettre en évidence les différences, les visions, les contradictions, les paradoxes. En fait on ne peut pas se décréter neutres. Il faut être perçu comme neutres aux yeux des autres  C’est important de défendre cette image. La Suisse est le pays le plus inquiet de sa réputation à l’étranger. Une réputation qu’il faut assurer à tout prix.

    Dans le fond, la neutralité est-elle une forme de lâcheté ?

    La manière dont on la pratique est interprétée comme telle par certains. En même temps, c’est un privilège qui nous engage à une certaine responsabilité, nous oblige à une certaine ouverture. On va voter sur l’initiative de Pro Suisse et pendant la campagne on devra se remettre en cause, décider d’un repli sur soi ou de plus d’engagement, de bons offices. En d’autres termes, s’interroger sur notre place dans le monde.

    «En terrain neutre», à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 29 avril.

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  • Grand écran:"The Narrative" raconte la version du trader Kweku Adoboli, désigné comme seul coupable lors du scandale UBS de 2011

    Tant que Kweku Adoboli, un trader londonien d'origine ghanéenne rapporte des millions à UBS, son avenir s'annonce radieux.  Mais en 2011, lorsque le jeune homme envoie un mail, où il se déclare seul responsable d’une perte de 2,3 milliards de dollars, tout bascule. Son nom fait les gros titres et il devient le symbole du scandale. Accusé d’avoir causé seul cette perte colossale lors d'opérations spéculatives, il est condamné pour fraude à sept ans de prison. Après avoir purgé la moitié de sa peine, il est expulsé au Ghana en 2018

    Avec The Narrative, Bernard Weber et Martin Schilt remettent en question le récit habituel des événements, en racontant la version de Kweku Adoboli, son parcours de bouc émissaire. En reconstituant le procès au Ghana basé sur les procès-verbaux originaux, les deux réalisateurs explorent les zones d’ombre, les responsabilités systémiques et le rôle des médias. Leur documentaire décrypte ainsi les mécanismes de la communication de pouvoir.

    Présentant sa version des événements, le documentaire se penche également sur les années de tentative de reconstruction de cet homme, revenu dans son Ghana natal, après avoir été confronté à un système financier impitoyable, et à une narration qui l'a dépeint comme le seul coupable.

    Dr passage à Genève, Bernard Weber nous raconte la genèse de ce documentaire passionnant. Il a pris corps lorsqu’il y a eu l’énormissime perte à UBS et qu’un jeune trader en a pris la responsabilité. Une démarche folle, totalement inhabituelle. "Avec Martin Schilt, il a alors voulu savoir qui était cet homme et ses motivations profondes..

    Comment avez-vous rencontré Kweku Adoboli ?

    Nous avons commencé à faire des recherches en 2012. Puis on a eu l’occasion de lui à travers ses avocats lorsqu’il était en prison. Dès qu’il est sorti, en 2015, on l’a rencontré à Londres. Où on a passé beaucoup de temps. On a fait des interviews avec lui, des bouts de tournage, pour voir ses réactions face caméra. On a tout de suite constaté que c’était un type charmant, intelligent, brillant. Il ne faisait pas d’esbroufe mais essayait de trouver des réponses. C’était le protagoniste idéal. Le film lui doit énormément.

    Quelle a été sa réaction? A-t-il accepté de suite?

    Pas vraiment. Au début tout le monde lui courait après pour faire des sujets. Mais c’était toujours le même narratif et il restait traumatisé par toute cette campagne de dénonciation   On a discuté de ce qu’on pouvait proposer. Et on a constaté que ça fonctionnait entre nous. II a décidé de nous rejoindre quand il s’est rendu compte que nous allions prendre notre temps.

    Pourquoi reconstituer le procès au Ghana en suivant les procès-verbaux originaux ?

    D’abord Kweku ne peux pas voyager. Il est interdit de séjour dans tout l’espace Shengen et aux Etats-Unis  Ensuite, au début, on voulait faire de l’animation, mais ça ne marchait pas. Donc on s’est décidé pour une reconstitution sur place, où on a convié ses proches, pour une sorte de lecture d’une pièce de théâtre. J’ai essayé de mettre les personnes en condition, de créer une ambiance

    Comment casser l'image d’Adoboli comme unique coupable, souvent dépeint de manière sensationnaliste par les médias?

    Il fallait montrer ce qui avait eu lieu. Que le procès était coaché par la banque, qu’on s’est arrangé pour que les haut-gradés ne viennent pas. En gros personne ne se souvenait de rien et Kweku était seul coupable à la fin. Certes on ne peut pas dire qu’il est innocent. A un moment donné, il était un trader important, avec un vrai statut. Et il perdu le contrôle Mais la banque est aussi responsable. Elle l’a encouragé. Kweku n’a jamais eu de chance. Il faut dire qu’il cherchait toujours à éviter les conflits et que pour lui, s’adapter était primordial en ne se retrouvant qu’avec des Blancs. Cette capacité d’adaptation est un peu la cause de sa faillite. Il voyait la banque comme une grande famille. Il n’a pas compris qu’il était dans une sorte de jungle.

    Vous mettez en cause la justice d’Etat, soulignant les inégalités et les zones d'ombre du procès initial. 

    En effet on questionne l’équité de la justice britannique. Son système c’est la bagarre. En Suisse par exemple, le juge cherche à trouver la vérité. Là-bas c’est le combat entre l’Etat qui accuse et le défendeur. La castagne entre les avocats. Et on a intérêt à pouvoir s’en payer de bons. Il n’y a pas de justice comme on l’entend ici.

    Vous évoquez aussi la tentative de reconstruction personnelle de Kweku.

    On espère qu’il pourra faire la paix avec ce qui lui est arrivé. Mais aujourd’hui, il ne va pas bien. Il est dans une situation super précaire, n’a presque pas de revenus. Il vend des smoothies. On lui a proposé un travail dans la finance, mais trop désillusionné, il a refusé.  

    Au départ, aviez-vous cherché à contacter UBS?

    Non. Nous avons pris le parti de raconter la version  de Kweku et comment lui et ses amis ont vécu cette période. Il nous paru inutile d’offrir une plateforme à la banque pour entendre des platitudes.

    «The Narrative», à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 22 avril.

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  • Grand écran: "A voix basse" explore le secret et le silence autour de l'homosexualité en Tunisie

    Leyla Bouzid, 42 ans, est née et a grandi en Tunisie, entre un père cinéaste et une mère doctoresse. C’est là qu’elle tourne son premier film A peine j’ouvre les yeux, montrant une jeunesse avide de liberté sous le règne finissant du dictateur Ben Ali. Avec le second, Une histoire d’amour et de désir réalisé en France, elle évoque l’éducation érotique d’un étudiant parisien d’origine algérienne. Dans le troisième, A voix basse, elle opère une jonction entre les deux pays. La caméra suit Lilia (Eya Bouteraa), ingénieure française trentenaire de retour en Tunisie pour l’enterrement de son oncle Daly, mort de façon soudaine et suspecte.

    Son corps ayant été retrouvé nu dans la rue, des questions liées à sa vie privée et à son orientation sexuelle, se posent en effet pour la police. Et pour la famille, qui préfère pourtant fermer les yeux sur un pan de son existence qu’elle souhaite effacer, faire comme si de rien n’était. Le mot tabou «gay» n’est ainsi prononcé que très tard dans le film.

    De son côté, Lilia avance également masquée. Débarquant à Sousse avec sa compagne Alice, elle la cache en la laissant à l’hôtel. Elle assume sa relation, mais hésite à la révéler à son entourage. En quête d’acceptation, elle aimerait en parler, surtout à sa mère Wahida (Hiam Abbass), mais ne sait pas trop comment s’y prendre face à cette femme sévère.

    Mettre fin au silence et à la honte

    Tout en se penchant sur leur relation, Leyla Bouzid développe surtout son sujet en abordant le secret autour de l’homosexualité considérée comme une tare, une maladie, dans cette famille fermée, représentative d’une société homophobe. Les conversations menées plus particulièrement entre plusieurs générations de femmes, sont tendues. Le poids des non-dits plombent l’ambiance.

    Malgré tout, Lilia est déterminée à mener l’enquête sur les circonstances glauques du décès de  Daly, pour tenter de mettre fin au silence, à la honte. Cela permet à Leyla Bouzid de décrire, en arrière plan, la condition précaire des gays entre interdits, dissimulations, doubles vies, menaces de mort, condamnations par la loi. Elle en profite également pour souligner, avec simplicité, les différences fondamentales entre la France et la Tunisie sur la question.  

    Porté par la grande Hiam Abbass et la quasi débutante Eya Bouteraa, taiseuse mais intense, le film séduit par le refus de l’aspect démonstratif. Observatrice perspicace des rapports humains, son auteure préfère s’approcher des visages et des corps en privilégiant l’intime, les gestes, les regards les attitudes. Procédant avec délicatesse, sensibilité, discrétion, Leyla Bouzid n’en livre pas moins une œuvre à portée politique. On lui reprochera cependant des dialogues parfois pédagogiques, voire apprêtés, et un traitement trop superficiel des personnages secondaires.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 avril.  

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