Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

le blog d'Edmée - Page 4

  • Grand écran: foisonnant et chaotique, "The Bride!" redonne vie à la fiancée de Frankenstein

    Depuis le premier court-métrage de 1910, le mythe n’a cessé d’inspirer les cinéastes. Et c‘est loin d’être terminé. Il y a six mois sortait Frankenstein, l’adaptation plébiscitée de Guillermo Del Toro, candidat à l’Oscar, tandis que Maggie Gyllenhaal propose, avec The Bride!, une relecture féministe, punk, moderne et iconoclaste de La Fiancée de Frankenstein, version culte réalisée en 1935 par James Whale. C’est dire l’énorme influence de Mary Shelley, depuis la parution de son roman fantastique en 1818, consacré à sa créature contre nature.  

    Comme pour le prouver, le film s’ouvre sur la romancière dans une séquence en noir et blanc. On se retrouve ensuite dans le Chicago des années 30. Enveloppé d’un manteau, coiffé d’un chapeau, le visage dissimulé par un foulard, le monstre (Christan Bale), se rend chez le Dr Euphronius, (Annette Benning). Infiniment triste, rongé par la solitude et des besoins sexuels inassouvis inédits(!), il demande à la scientifique visionnaire de lui créer une compagne.

    Ensemble, ils vont déterrer le cadavre d’Ida (Jesse Buckley), une jeune femme assassinée par des mafieux, que le Dr Euphronius ramène donc à la vie. Mais alors qu’elle n’apparaissait que quelques minutes chez James Whale, caméo devenu iconique, elle prend une place centrale dans la fresque mélodramatique et militante de Maggie Gyllenhaal. Moteur de l’intrigue, tatouée de noir près de la bouche, c’est une héroïne puissante, autonome, complexe.  

    Mais son idylle passionnelle avec Frank, commençant par la fréquentation de cinémas pour voir les films de son idole Donnie Reed, ne tarde pas à prendre un tour inattendu et violent, quand son amoureux tue des voyous qui la menacent. Et c’est parti pour une cavale à la Bonnie and Clyde pour New York, où ils finiront criblés de balles par la police, à l'instar des mythiques et criminels amants rebelles.   

    A la frontière des genres, The Bride! mêle récit horrifique, féminisme, révolte sociale, film de gangster, polar, fantastique. L‘ensemble, rythmé par de la techno, est de surcroît émaillé d’hommages à la comédie musicale et au cinéma muet. Mais trop c’est trop. Excessive, foisonnante, rafistolée de partout à l’image de sa monstrueuse créature, cette œuvre chaotique au scénario tarabiscoté et à l’ambiance hétéroclite, n’est pas à la hauteur des ambitions de sa réalisatrice. En dépit de la performance des comédiens, à commencer par Jessie Buckley et d’une séduisante esthétique gothique.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mars.  

    Lien permanent 0 commentaire 0 commentaire
  • Grand écran: "Alter ego", une comédie noire pimentée d'humour noir et de fantastique. Avec Laurent Lafitte

    Alex, quadra chauve grognon, employé modèle marié avec Nathalie (Blanche Gardin) et père d’un petit garçon, mène une vie tranquille et heureuse dans son joli pavillon. Mais son existence bascule à l’arrivée d’Axel, qui s’installe avec sa petite famille dans la maison mitoyenne. Effaré, Axel découvre en effet que son nouveau voisin est son sosie… mais avec une abondante chevelure.  

    Bizarrement il est le seul à remarquer cette ressemblance pourtant criante. Au point de sombrer dans la paranoïa face à ce double trop parfait. Une version idéale de lui que cet homme charismatique, séduisant, affable, étalant ses qualités et ses connaissances, pour le plus grand plaisir de son entourage conquis, mais attisant gravement la jalousie névrotique d’Alex., se sentant de plus en plus déclassé. Quand il se regarde il se désole et quand il se compare, il ne se console pas du tout!   

    Alter ego, réalisé par le tandem Nicolas et Bruno, est porté par Laurent Lafitte. Couronné meilleur acteur aux Césars pour La femme la plus riche du monde, le comédien ne cache pas sa joie et fait le show dans ce dédoublement, qui lui a également valu le Prix d’interprétation masculine au dernier Festival de l’Alpe D’Huez. Sans oublier l’enthousiasme quasi unanime d’une presse française le trouvant à la fois irrésistible et génial. Tout comme elle n’hésite pas à placer cette farce saugrenue, loufoque, pimentée d’humour noir et de fantastique, entre Jacques Tati et Quentin Dupieux.

    C’est un poil exagéré. Après une mise en place longuette jouant sur les prénoms anagrammes, l’emploi dans la même société, au même poste, face à face dans le même bureau, le film change de registre, dans une volonté de surfer sur le surréalisme et la noirceur. En même temps, le procédé du double tend à s’essouffler, vire au redondant et traîne en longueur vers la fin. Sinon bienvenue, totalement inattendue, il faut le relever.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 4 mars.

    Lien permanent 0 commentaire 0 commentaire
  • Grand écran: "Pillion", romance BDSM queer sur fond d'émouvant récit d'apprentissage

    Peu gâté par la nature avec son visage ingrat, ses oreilles décollées, ses dents de travers et son sourire niais Colin (Harry Melling), est un trentenaire solitaire. Habitant toujours chez ses parents, il manque d’expérience avec les hommes et désespère d’en rencontrer un. Agent de stationnement le jour, il se fait régulièrement insulter par de mauvais coucheurs, mais s’éclate le soir en chantant a cappella avec son groupe.

    Après une représentation dans un bar, il n’en revient pas d’être remarqué par le sexy et spectaculaire Ray (Alexander Skarsgård). Leader charismatique d’un club de bikers queer branchés BDSM, il est en principe totalement hors d'atteinte de Colin, fils à maman mal dans son corps. Pourtant Ray lui donne rendez-vous le soir de Noël dans une ruelle. Et n’y va pas par quatre chemins. Avare de mots, froid, sûr de son pouvoir, il oblige durement Colin à lui lécher les bottes, puis à lui faire une fellation. Un vrai bonheur pour notre introverti, carrément transporté au septième ciel! 

    Traité comme un chien

    Et puis Ray disparait pour réapparaître quelques mois plus tard et invite Colin à venir vivre chez lui. Et c’est là que le titre du film trouve tout son sens. En français Pillion désigne le siège arrière d’une moto, voire le passager. En l’occurrence Colin, car à l’évidence Ray mène cruellement le jeu dans cette relation inégale mais non contrainte. Traité comme un domestique, le jeune homme fait le ménage, la lessive, les courses, les repas et dort par terre tel un chien, tandis que l’impitoyable Ray initie sa victime consentante au BDSM.    

     Malgré l’inquiétude de ses parents, surtout de sa mère qui déteste Ray car elle craint pour l’intégrité de son Colin chéri, celui-ci aime non seulement être dominé, mais trouve son plaisir dans cette soumission qu’il recherche. Il se sent même de plus en plus à l'aise au sein de la grande famille des motards. Pour illustrer ce bien-être, Harry Lighton nous emmène dans un pique-nique aux pratiques extrêmement particulières, où le brave Colin reçoit le plus «hot» des cadeaux d’anniversaire…

     Un duo très crédible

    Attachant, attendrissant, Harry Melling se montre particulièrement convaincant dans l inclinaison à la soumission de son personnage, et forme avec l’impïtoyable Alexander Skarsgård un duo anticonformiste très crédible. Les deux acteurs contribuent largement à la réussite de Pillion, premier long métrage audacieux, pétillant et pimenté d’humour du Britannique Harry Lighton, adapté de Box Hill, un roman de son compatriote Adam Mars-Jones,

    En-dehors de scènes sexuelles explicites, le plus souvent brutales et humiliantes, parfois acrobatiques, l’auteur propose contre toute attente un émouvant récit d’apprentissage, dans le portrait sensible de ce garçon renfermé qui découvre sa sexualité. Et finira par écouter ses émotions en osant fixer ses limites. Harry Lighton le montre de façon irrésistible, quand Colin tente de dire à Ray qu’il aimerait bien, occasionnellement, qu’ils se comportent comme un couple classique. Avec cette incursion sulfureuse dans la sous-culture BDSM queer, Pillion a obtenu en mai dernier à Cannes,  le Prix du scénario d’Un certain regard.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mars.

     

    Lien permanent 0 commentaire 0 commentaire