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le blog d'Edmée - Page 4

  • Grand écran: "Pressure", duel psychologique haletant et compte à rebours crucial pour le salut de l'Europe

    Thriller militaire historique et militaire Pressure d’Anthony Maras, délaisse le côté spectaculaire des champs de bataille pour se concentrer sur un enjeu invisible mais crucial, les prévisions météo du D-Day. Adapté de la pièce de théâtre de David Haig, ce huis clos transforme des courbes barométriques en un suspense haletant. Il se déroule donc durant les 72 heures précédant le débarquement de Normandie du 6 juin 1944., soulignant le rôle essentiel de la météorologie dans le succès de l'opération Overlord

    Alors que le général Eisenhower (Brendan Fraser) s'apprête à lancer la plus grande invasion amphibie de l'histoire, une terrible tempête la menace. Deux visions différentes s'affrontent alors: celle du colonel écossais James Stagg (Andrew Scott), météorologue en chef des forces alliées, qui prédit un cataclysme climatique et pousse au report du Jour-J . S’y oppose son homologue américain Irving P. Krick (Chris Messina), beaucoup plus optimiste et utilisant une méthode basée sur l'historique des cartes et les statistiques. Face à un enjeu monumental, les deux hommes se livrent à un intense duel psychologique, idéologique et intellectuel autour de ce thème décisif.

    Excellente interprétation

    Le film est porté par d’excellents interprètes, à commencer par les deux principaux. Andrew Scott livre une prestation poignante. Il incarne un bon soldat écossais obéissant, rigoureux, obstiné, peu soucieux de sa popularité, déchiré entre son devoir militaire et l'accouchement imminent de sa femme. Charismatique et exubérant, Chris Messina se révèle lui aussi convaincant dans le rôle de l’Américain sûr de lui, arrogant, fier de ses succès passés. Ayant de plus l’oreille d’Eisenhower, il insiste pour que l’assaut soit maintenu à la date initialement prévue du 5 juin. 

    Une héroïne sous-estimée

    Un regret pourtant dans ce film aussi passionnant qu’instructif glorifiant ces experts méconnus du grand public, ces héros de l’ombre acteurs décisifs de la victoire alliée. Le réalisateur sous-estime Maureen Flavin Sweeney, dont le rôle s’est pourtant révélé capital, en alertant James Stagg du danger. Elle est en effet la première personne à avoir détecté, dans la nuit du 2 au 3 juin 1944, depuis son phare irlandais isolé, la tempête qui menaçait d'anéantir le débarquement.

    Un regret pourtant dans ce film aussi passionnant qu’instructif glorifiant ces experts méconnus du grand public, ces héros de l’ombre acteurs décisifs de la victoire alliée. Le réalisateur sous-estime Maureen Flavin Sweeney, dont le rôle s’est pourtant révélé capital, en alertant James Stagg du danger. Elle est en effet la première personne à avoir détecté, dans la nuit du 2 au 3 juin 1944, depuis son phare irlandais isolé, la tempête qui menaçait d'anéantir le débarquement.

    Le bulletin météo précis de cette postière de 21 ans convainc le scientifique écossais de contredire ses homologues américains et de pousser Eisenhower à reporter l’opération du 5 au 6 juin. Sans elle, la flotte alliée aurait été surprise en pleine mer par une violente la tempête . Face à la machine de guerre nazie et à la puissance technologique américaine, le grain de sable qui a fait dérailler les plans d'Hitler est une simple aiguille de baromètre observée par la jeune Maureen. Le destin de la Seconde Guerre mondiale a ainsi littéralement reposé sur ses relevés météorologiques.

    Certes l’apport de la station irlandaise est mentionné dans Pressure, mais le personnage et le nom de Maureen sont relégués loin derrière les joutes verbales à l'état-major. Décédée en 2023 à l'âge de 100 ans, Maureen a ignoré l'impact mondial de ses lectures jusqu'en 1956. En 2021 elle a finalement reçu une reconnaissance officielle du Congrès américain pour son rôle héroïque.

    «Pressure», 100 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 9 septembre.

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  • Grand écran:"Becaària", un plaisant récit d'apprentissage dans les alpages de la Vallemaggia

    Un becaària en français, c’est un bon à rien. C’est ainsi que s’intitule le quatrième long-métrage du réalisateur tessinois Erik Bernasconi, adapté du roman éponyme de l'écrivain également tessinois Giorgio Genetelli. L'histoire se déroule en 1977 dans un petit village, au lendemain des bouleversements sociaux de Mai 68. Mario, (Francesco Tozzi), ado rebelle de16 ans en pleine crise, multplie les problèmes scolaires et se heurte à l'autorité d'un père très strict, qui ne le comprend pas et le considère comme un bon à rien.  

    Pour le punir et lui inculquer le sens du devoir et des responsabilités, il décide de l'envoyer travailler tout l’été comme fermier dans les alpages de la Vallemaggia. Perspective au départ peu enviable pour Mario, qui va se retrouver au cœur d'une nature sauvage, loin de son confort et de ses repères habituels, astreint par ailleurs à un boulot physique assez pénible.

    Mais le garçon, qui n’a plus à subir les reproches paternels, profitera au contraire de cet exil montagnard à la dure, pour apprendre, découvrir une nouvelle vision de la vie, s’ouvrir aux autres , à la sensualité et faire l’expérience d’un premier amour passionné. Le becaària va ainsi revenir changé, au terme de ce séjour qui s’annonçait comme un pensum, mais qui lui a permis de s’affranchir en trouvant sa propre voie.

    Avec cette esthétique chronique estivale, qui séduit aussi par l’interprétation du jeune Francesco Tozzi, Erik Bernaconi propose un récit d'apprentissage plaisant, sensible, sans prétention. Il avait remporté le Prix du public aux Journées de Soleure, en janvier dernier.

    «Becaària», 108 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 2  septembre.

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  • Grand écran: "Laundry", un huis-clos social qui fait du jazz un outil de résistance contre la violence de l'apartheid

    L'intrigue se déroule en 1968 à Johannesburg, dans un quartier réservé aux Blancs. C'est là que les Sithole exploitent une blanchisserie artisanale qui les fait vivre. Inspirée de l’histoire de la famille maternelle de la réalisatrice Zamo Mkhwanaz,  Laundry suit Khuthala, (brillamment incarné par Ntobeko Sishi, photo), un jeune homme passionné de jazz, rêvant de devenir musicien aux Etats-Unis. Il refuse de passer sa vie à nettoyer les vêtements de la minorité blanche, comme son père Enoch. Mais il est vite tiraillé entre ses ambitions artistiques et l'obligation de sauver l’entreprise familiale menacée par l’impitoyable régime ségrégationniste sud-africain.

    En effet, le récit bascule ,lorsque les lois économiques de l‘apartheid se durcissent encore, dans le but de supprimer les commerces indépendants tenus par les Noirs. Lors d’une descente policière nocturne, Enoch est arrêté, sauvagement passé à tabac et la blanchisserie mise sous scellés, menaçant la survie matérielle de la famille.

    Khuthala se voit alors proposer un marché par les autorités blanches, qui le place devant un choix cornélien. Pour sauver son père et leur gagne-pain, il accepte de trahir le réseau d’opposition de ses amis les plus proches. Ce qui va finalement échouer, la soumission et le sacrifice ne suffisant jamais dans le système ultra-répressif sud-africain. Mais son geste le poussera vers une plus grande résistance.  

    Théâtre des tensions raciales et des rapports de pouvoir

    Dans la mise en scène de ce brûlot politique condamnant l'impunité et l'absence de réparations mémorielles, Zamo Mkhwanazi joue sur les contrastes physiques. Huis-clos social, la blanchisserie devient le théâtre des tensions raciales et des rapports de pouvoir sous l'apartheid, dont la réalisatrice fait une reconstitution sans concession. Elle évite ainsi l'écueil du happy end à l’américaine. Rejetant le manichéisme et le sensationnalisme, elle montre comment les structures totalitaires brisent la moralité individuelle. Kuthala n’agit pas par lâcheté, mais poussé par la nécessité impérative de protéger les siens. .

    Brutale, la conclusion reflète la dure réalité d’une époque sombre où les grands leaders étaient emprisonnés et la dissidence écrasée. Pourtant, malgré la tragédie que vivent ses protagonistes, Laundry se termine sur une note d’espoir, symbolisée par la passion de Khuthala pour le jazz, demeurée intacte. Loin du simple divertissement, la musique, personnage a part entière du récit, devient un  espace de liberté que l’oppression, aussi violente soit-elle, ne peut étouffer.

    "Laundry", 106 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 2 août.

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