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le blog d'Edmée - Page 4

  • Grand écran: "Coutures", portraits croisés de femmes, qui tissent entre elles des liens insoupçonnés

    Après Augustine, Proxima, Revoir Paris, Alice Winocour nous emmène à .la Fashion Week- Mais on se doute elle ne va pas se borner à nous parler de mode, comme l ’indique le titre Coutures. Avec un s final qui prend tout son sens. Ou plutôt tous ses sens.

    Au centre du récit Maxine (Angelina Jolie), réalisatrice américaine de films d’horreur invitée à Paris pour filmer les défilés. Elle entretient une relation intense et complexe avec Louis Garrel et apprend,  terrible nouvelle, qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Elle croise ensuite la route d'Ada (Anyier Anei), mannequin sud-soudanaise déracinée, et celle Angèle (Ella Rumpf), une maquilleuse française silencieuse et empathique, à l’écoute et en soutien des autres. Entre ces trois femmes au travail, aux cultures, âges et horizons différents naît une solidarité insoupçonnée. On peut en ajouter une quatrième, la jeune couturière (Garance Marillier) qui réalise sa première robe, que va porter Ada.

    Tout en décrivant le tumulte d'un univers flamboyant et brutal, où pèse sur les corps la pression constante de la beauté, Alice Winocour brosse avec finesse, délicatesse et sensibilité le portrait de ces femmes qui se réparent et se reconstruisent, tissant des liens entre création et maladie, couture et chirurgie. Mettant en parallèle une certaine cruauté de la mode et le parcours d’une femme face à son cancer, l’auteure signe, en dépit d‘un scénario parfois décousu, un drame poétique en forme de méditation sur la vie qui ne tient qu’à un fil et la peur de la mort.  

    Dans cette histoire émouvante et intime qui fait écho à son vécu, Angelina Jolie se met à nu comme jamais, livrant une prestation nuancée qui, entre force et fragilité, séduit par son naturel, sa profondeur et sa justesse. On salue également la présence d’Ella Rumpf, tout en regrettant la part congrue qui lui a été réservée.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 18 février.

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  • Grand écran; "Marty Supreme", faux biopic sportif au rythme infernal. Timothée Chalamet impressionnant

    Dans ce faux biopic, Josh Safdie suit Marty Mauser (Timothée Chalamet), 23 ans, personnage librement inspiré par le vrai pongiste Marty Reisman. Il vit dans le quartier juif new-yorkais du Lower East Side, travaille dans le magasin de chaussures de son oncle et veut participer au Championnat du monde de tennis de table à Tokyo, en 1952. Qu’il est persuadé de remporter. Mais cette discipline étant sous-représentée aux États-Unis, le financement des compétitions à l'étranger se révèle particulièrement difficile.

    Et Marty est fauché. Du coup, même si on assiste à quelques excellentes (et trop rares) scènes de ping-pong, il ne s’entraîne pas des masses, une bonne part du récit étant consacrée à trouver de l’argent par n’importe quel moyen. Une quête frénétique aux dollars pleine de rebondissements plus improbables les uns que les autres. Sur son chemin, il rencontre notamment une ancienne vedette d’Hollywood (Gwyneth Paltrow) avec qui il a une brève liaison, dans l’espoir de se rapprocher du Japon grâce à son riche mari. Sans oublier une relation avec une amie d’enfance mariée, enceinte d’on ne sait trop qui, et une dangereuse traque du chien d’un gangster, incarné par Abel Ferrara…

    Un film éminemment sadfien, fiévreux, exalté. excité, toujours en mouvement, où la musique tient une place centrale. Une fable épuisante sur la persistance du rêve américain. Avec son rythme infernal, sa narration éclatée et sa grouillante suite de péripéties chaotiques dans un New York trépidant qui ne dort jamais, (belle reconstitution), où son anti-héros convaincu d’être un génie, plus obsédé par l’idée de sa propre grandeur que par son sport, construit sa légende en rêvant de reconnaissance et de gloire.  

    Marty Supreme, calibré pour l’Oscar, est porté de bout en bout par Timothée Chalamet, qui livre l’une, sinon la meilleure de ses prestations dans ce rôle écrit pour lui et qui lui vaudra peut-être aussi une statuette. Impressionnant, il incarne avec fougue ce rôle de tête à claques boutonneux à lunettes, à la fois loser talentueux, mythomane charismatique arrogant charmeur et attachant, menteur invétéré, arnaqueur sans scrupules, animé d’une ambition dévorante, prêt à tout pour prouver au monde entier que rien ne peut l’abattre.

    A noter que la jolie coqueluche hollywoodienne s’est enlaidie pour l’occasion. Ce qui n’est pas toujours réussi, voire sujet à de mauvais raccords. On lui plaque tellement de boutons sur la figure, qu’il a carrément parfois une face de pizza mozzarella tomate!

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 février.

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  • Grand écran: "Le mystérieux regard du flamant rose", un western trans dans le désert chilien

    Début des années 80, dans un désert caillouteux au nord du Chili. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille queer exubérante, qui a trouvé refuge dans une sorte de saloon aux abords d’un village isolé de mineurs de cuivre. C’est la cantina de Mama Boa qui sert de cabaret et d’abri à un groupe de femmes trans et de travestis. Elles portent toutes des noms d’animaux, Boa, Piraña, Leona, tandis que la «mère» de Lidia, un des personnages principaux, emprunte celui de Flamenco (Flamant rose).

    Quand une mystérieuse maladie fatale, appelée à l’époque le «cancer gay », commence à se répandre, une rumeur affirme qu’elle se transmet par un simple regard entre deux hommes. C’est le coup de foudre et ils tombent malades. Avec son lot de morts, la communauté devient rapidement la cible des peurs, de l’ignorance et des fantasmes collectifs. Discriminée, rejetée, menacée mais résiliente, elle fait front. Pétillante, flamboyante, refusant l’inéluctable, elle organise dans la cabane des spectacles burlesques, humoristiques, et des concours de Miss à grand renfort de paillettes.

    Une quête vengeresse 

    Pour son premier film plein de tendresse et d’humour, qui rappelle les ravages du sida en l’absence de traitements médicaux, le réalisateur chilien de 31 ans, Diego Céspedes, emprunte les codes du western. Les «maricas» de la cantina ne craignent pas la bagarre pour protéger la petite Lidia. Elle-même n’a pas froid aux yeux, se lançant pistolet au poing dans une quête vengeresse face à la haine de l’altérité, lorsque Flamenco meurt prématurément, victime de la violence masculine. Un long métrage original et inventif où les interprètes, dont certains sont de véritables travestis, revendiquent leur identité dans la provocation assumée d’une féminité parfois outrancière. .

     Diégo Céspedes, marqué dans son enfance par la mort de nombreux homosexuels, mais dont le coming out a influencé la vision artistique, a notamment déclaré sur Arte vouloir se réapproprier les légendes de son pays, sans en omettre la dimension politique. «J’aborde ainsi la question de l’homophobie et de la transphobie au Chili, à travers une satire de la gestion de la pandémie du VIH dans les années 80. Raconté du point de vue d’une fillette, mon film explore les relations amoureuses homosexuelles à travers un mythe, inventé par toute une population aveuglée par la peur et la méconnaissance de ce virus. Une démarche qui, l’espère-t-il, «doit rendre leur humanité aux victimes, noyées dans l’anonymat que la société de l’époque leur a imposé».

    Ovationné lors du Festival de Cannes en mai dernier, ce drame belgo-franco-germano-hispano-chilien a remporté le Prix de la section Un certain regard.   

     A l’affiche le mercredi 18 février, notamment aux Cinémas du Grütli à Genève et au Cinématographe à Lausanne.

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