Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

le blog d'Edmée - Page 4

  • "Le Corset", touchant récit d'apprentissage sur fond de crise agricole. Un bijou d'animation

    Dans la Beauce des années 1980, Christophe, 11 ans, grandit au sein d'une famille d'agriculteurs aimante mais taiseuse, sous l'autorité d'un père incapable d'exprimer ses émotions. Alors que l'exploitation familiale subit de plein fouet les mutations industrielles, le corps de Christophe commence mystérieusement à pencher et même à tomber, l'obligeant à porter un lourd corset métallique doté d'une mentonnière. Une entrave physique qui fait directement écho au carcan économique et psychologique qui asphyxie les siens.

    Devenu la risée de l'école, Christophe, par ailleurs écarté des tâches agricoles à cause de son handicap et se sentant rejeté, s'évade grâce à son imagination débordante, une passion naissante pour l'orgue d'église et sa rencontre avec Clara. Ado rebelle incarnant l'émancipation face aux rigidités du système, elle lui ouvre le champ de tous les possibles.

    Ce bijou d’animation franco-belge, au style visuel à base de pastels, d'encre de Chine et d'aquarelle est signé Louis Clichy. Coréalisateur de deux Astérix animés avec Alexandre Astier, il s'est inspiré de sa propre enfance pour proposer un récit d’apprentissage émouvant et sensible, qui résonne avec la crise du monde paysan des années 80.

    Cette aventure humaine célébrant le courage, la détermination, le dépassement de soi, est rythmée par des choix musicaux particulièrement éclectiques. L'univers sonore de l'œuvre fait ainsi cohabiter la musique classique et sacrée de Bach et Fauré avec le célèbre Ouragan de Stéphanie de Monaco, la chanson favorite du père de Christophe.

    Cette chronique rurale authentique, doublée d’une quête initiatique pleine de tendresse, d'humour et de poésie, a décroché le Prix spécial du jury dans la section cannoise Un certain regard, avant d’être triplement primée au Festival international du film d'animation d'Annecy

    «Le Corset», 90 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 14 octobre.

     

     

    Lien permanent 0 commentaire 0 commentaire
  • Grand écran: "Les Misérables", une longue saga qui manque de souffle, de romanesque et de point de vue

    Le chef-d'œuvre de Victor Hugo compte plus de 50 adaptations audiovisuelles (cinéma et télévision) dans le monde. On peut dès lors se demander pourquoi Fred Cavayé a jugé utile d’ajouter sa pierre à l’édifice, D’autant qu'il n’y met pas franchement  une patte unique, malgré un budget colossal de quelque 40 millions d'euros!

    Petite piqûre de rappel côté intrigue. Jean Valjean (incarné jeune par Louis Peres, puis par Vincent Lindon) purge 19 ans de travaux forcés pour le vol d'un pain À sa sortie du bagne, sa rencontre avec l'évêque Myriel, personnage d‘une infinie bonté, va l’empêcher, après un ultime méfait mineur, de replonger dans la criminalité et le pousse au contraire vers la rédemption. Une grosse crise de conscience l’incite à changer de vie et d’identité.

    Sous celle de Monsieur Madeleine, il devient un riche notable et un maire respecté. C'est alors qu'il croise Fantine (Noémie Merlant),  une malheureuse ouvrière. Sur son lit de mort, il lui promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des Thénardier (Benjamin Lavernhe et Camille Cottin), aubergistes diaboliques. Mais le passé de Valjean resurgit en la personne de l'inspecteur Javert (Tahar Rahim), un policier rigide et inflexible, traumatisé enfant et obsédé par la justice. L’ancien forçat entame alors un duel psychologique impitoyable avec cet homme, qui s'étend sur plusieurs décennies. Leur ultime face à face se jouera en plein cœur de l'insurrection parisienne de 1832, au milieu des barricades

    Fred Cavayé propose une superproduction académique lisse let ourde, une très longue saga visuellement laide, dépourvue de souffle, d’émotion, de romanesque, de noirceur, de résonance politique avec l'actualité et de point de vue artistique. Du coup, il se contente de rassembler des scènes illustres, portées par un casting de stars peinant, le plus souvent à incarner la misère du 19e siècle. Certes Vincent Lindon et Tahar Rahim s’en sortent assez bien, mais le couple Cottin-Lavernhe (les cupides et vicieux Thénardier) se révèle par exemple d’un ridicule achevé. 

    «Les Misérable», 176 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 14 octobre.

    Lien permanent 0 commentaire 0 commentaire
  • Grand écran: "Minotaure" transforme un drame conjugal en un crime d'Etat. Noir, intense et virtuose

    Adapté librement de La Femme infidèle de Claude Chabrol, Minotaure d'Andreï Zviaguintsev marque le retour du cinéaste en exil après neuf ans d'absence. Ce thriller psychologique qui plonge le spectateur dans une ambiance très sombre, a remporté le Grand Prix au dernier Festival de Cannes et représente la France aux Oscars  

    L'action se déroule en Russie en 2022, juste après le déclenchement de la guerre en Ukraine Le scénario mêle une crise conjugale et la décomposition morale d'une société.. L'intrigue suit Gleb, prospère chef d’une entreprise de transport routier. Sa vie bien ordonnée vire brutalement lorsqu’il découvre la liaison secrète de sa magnifique femme Galina (Iris Lebedeva) avec un photographe plus jeune et commence à l'espionner. Fou de jalousie, il bascule dans la violence domestique et tue l’amant.

    Puissante allégorie

    Dans le même temps, la mairie exige qu’il fournisse un quota obligatoire de 14 employés pour être envoyés au front. Ce nombre fait directement écho au tribut de 14 jeunes Athéniens imposé par le roi Minos dans la mythologie grecque pour nourrir le Minotaure. Dans le film, la créature insatiable représente l'appareil d'État totalitaire et la guerre, alimentés par le sacrifice des citoyens ordinaires Et Gleb devient l'incarnation d'un monstre bureaucratique cynique qui, pour sauver sa fortune, son statut social et ses privilèges, accepte de pactiser avec le pouvoir et d'envoyer ses propres ouvriers à la mort. Echappant du coup à la justice pour son propre meurtre.

    Cette transposition politique met en évidence le parallélisme avec le régime de Vladimir Poutine. Andrei Zviaguintsev transforme le drame conjugal de Chabrol en un crime d'Etat. Une allégorie puissante, le labyrinthe mythologique prenant la forme d'une société russe contemporaine viciée et corrompue, plus particulièrement ses élites.

    Avec Minotaure, le cinéaste signe un réquisitoire implacable. En dépit (petit bémol) d'un message politique un peu trop appuyé, il propose un grand film noir, qui séduit par son intensité dramatique, sa mise en scène virtuose, le travail sur l'image et la musique, la justesse des acteurs. L'ensemble contribuant à installer une atmosphère à la fois glaciale et étouffante.

    "Minotaure", 140 minutes, à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 octobre.. 

     

    Lien permanent 0 commentaire 0 commentaire