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le blog d'Edmée - Page 4

  • Grand écran: dans "Karma", Marion Cotillard affronte Denis Ménochet, gourou sectaire pervers et violent

    Jeanne a fui une secte chrétienne rigoriste en France pour refaire sa vie dans le nord de l'Espagne. Elle tente d'y oublier ses addictions, son passé trouble, aux côtés de Daniel qui ignore tout d'elle. La disparition mystérieuse de Mateo, son filleul de 6 ans, fait de cette femme alcoolique et instable la coupable idéale aux yeux de la police locale.

    Plutôt que d'affronter la justice,: la malheureuse s'enfuit en France pour aller se cacher dans le Lot, au cœur de la communauté religieuse recluse où elle a grandi. Elle y retrouve Marc (Denis Ménochet) leader charismatique et pervers, qui dirige cette forteresse spirituelle d’une main de fer.

    L'intrigue.se déploie alors sur deux axes. D’une part le retour de Jeanne au sein de la secte et ses confrontations orageuses avec l’infâme gourou, de l’autre la course contre la montre de Daniel en Espagne, convaincu de l'innocence de sa compagne et déterminé à le prouver avant la police

    Avec Karma, adapté d'un fait réel et coécrit avec Simon Jacquet, Guillaume Canet tente de plonger dans les méandres de la manipulation mentale, en voulant décortiquer les mécanismes de l'emprise psychologique, les traumatismes de l'enfance, le fondamentalisme religieux et des dérives sectaires, sur fond de pédocriminalité. Mais le réalisateur n’approfondit rien de tout cela, cherchant plus à choquer qu’à explorer les différentes thématiques, livrant du coup un thriller glauque trop long, au scénario tarabiscoté et à la mise en scène peu inspirée, sinon lourdingue. 

    Par ailleurs, misant sur la stature massive de Denis Ménochet, il le transforme en un personnage menaçant, violent, tyrannique, pédophile, consanguin, incarnation du mal absolu. Une surenchère de tares poussant le comédien à en faire des tonnes, basculant dans le ridicule, la caricature, le théâtral, la grandiloquence et l’outrance. Marion Cotillard se révèle un peu plus convaincante dans un rôle écrit pour elle, passant au long d’un parcours torturé de la vulnérabilité à une force insoupçonnée face au gourou maléfique.

    Karma, 140  minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 octobre.

     

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  • Grand écran: "L'aventure rêvée" brosse le portrait d'une héroïne forte, refusant calmement la violence des hommes

    Dans la continuité de son film précédent Western la réalisatrice allemande Valeska Grisebach poursuit son exploration de l’ex-bloc de l’Est avec L’aventure rêvée, récompensé par le Prix du Jury à Cannes, Mettant en scène des protagonistes non professionnels, dont Veska, son héroïne, elle recrée la vie, l’atmosphère et l’histoire d’une région où, après la chute du Mur, le mirage néolibéral a provoqué magouilles et gansgstérisme.

    À Svilengrad, ville frontalière au sud de la Bulgarie, au point de rencontre entre la Grèce et la Turquie, Veska, archéologue dans la cinquantaine, dirige les fouilles d'un château médiéval. Elle retrouve par hasard Said, un vieil ami d’enfance dont la voiture vient d'être volée. En voulant l'aider, Veska glisse peu à peu au coeur d'une société criminelle qui règne sur la ville. Choisissant de s’immiscer chez les trafiquants et de se confronter, à leur virilisme et leur bêtise, elle affronte un monde à la fois trouble et dangereux.

    Une aventure naturaliste

    Valeska Grisebach suit Veska de rencontre en rencontre avec des travailleuses polonaises, un paysan menacé par la mafia ou une jeune femme fascinée par les petites racailles. Autant de personnes qu’elle défend dans une aventure naturaliste, romantique, presque documentaire, où elle refuse calmement la violence des hommes, résistant à la place que le patriarcat veut assigner aux femmes. L’auteure brosse ainsi le portrait d’une héroïne forte, magnifiquement incarnée par Yana Radeva (photo), ancienne géologue, puis croupière de casino et finalement vendeuse en cosmétiques.

    Contrairement aux films de mafia classiques rythmés par les fusillades et la castagne, Valeska Grisebach, privilégiant l’authenticité des décors, la beauté de l'image et une certaine poésie, mise sur une tension sous-jacente, une violence sourde et une mise en scène épurée. On regrette toutefois un rythme qui prend trop son temps, dans une oeuvre trop étirée, nuisant au suspense que son auteure veut créer et faire monter, face au danger que court Veska..  

    «L’aventure rêvée», 162 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 octobre.

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  • "Le Corset", touchant récit d'apprentissage sur fond de crise agricole. Un bijou d'animation

    Dans la Beauce des années 1980, Christophe, 11 ans, grandit au sein d'une famille d'agriculteurs aimante mais taiseuse, sous l'autorité d'un père incapable d'exprimer ses émotions. Alors que l'exploitation familiale subit de plein fouet les mutations industrielles, le corps de Christophe commence mystérieusement à pencher et même à tomber, l'obligeant à porter un lourd corset métallique doté d'une mentonnière. Une entrave physique qui fait directement écho au carcan économique et psychologique qui asphyxie les siens.

    Devenu la risée de l'école, Christophe, par ailleurs écarté des tâches agricoles à cause de son handicap et se sentant rejeté, s'évade grâce à son imagination débordante, une passion naissante pour l'orgue d'église et sa rencontre avec Clara. Ado rebelle incarnant l'émancipation face aux rigidités du système, elle lui ouvre le champ de tous les possibles.

    Ce bijou d’animation franco-belge, au style visuel à base de pastels, d'encre de Chine et d'aquarelle est signé Louis Clichy. Coréalisateur de deux Astérix animés avec Alexandre Astier, il s'est inspiré de sa propre enfance pour proposer un récit d’apprentissage émouvant et sensible, qui résonne avec la crise du monde paysan des années 80.

    Cette aventure humaine célébrant le courage, la détermination, le dépassement de soi, est rythmée par des choix musicaux particulièrement éclectiques. L'univers sonore de l'œuvre fait ainsi cohabiter la musique classique et sacrée de Bach et Fauré avec le célèbre Ouragan de Stéphanie de Monaco, la chanson favorite du père de Christophe.

    Cette chronique rurale authentique, doublée d’une quête initiatique pleine de tendresse, d'humour et de poésie, a décroché le Prix spécial du jury dans la section cannoise Un certain regard, avant d’être triplement primée au Festival international du film d'animation d'Annecy

    «Le Corset», 90 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 14 octobre.

     

     

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