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le blog d'Edmée - Page 3

  • Grand écran: "Victor comme tout le monde", comédie douce-amère avec Fabrice Luchini, l'amoureux des mots

    Ecrit par Sophie Fillières, disparue le 31 juillet 2023, Victor comme tout le monde est réalisé par Pascal Bonitzer, avec qui l'auteure a partagé sa vie. Fabrice Luchini y incarne son double, Robert Zucchini, un acteur passionné, obsédé par Victor Hugo, dont il connaît absolument tout de l’œuvre et  de la vie. Chaque soir, il dit ses textes et le raconte sur scène, puis en parle encore et encore en-dehors. Notamment avec trois comédiennes (Suzanne de Baecque, Louise Orry-Diquéro et Iris Bry), qui ont monté un spectacle, où elle portent un tout autre regard sur l’homme Hugo, Elles n’hésitant pas à le traiter de queutard, petite contestation du mythe un rien déstabilisante pour Zucchini, qui accepte néanmoins  la discussion.  

    Mélancolique, anxieux, en proie a un trac récurrent en dépit de son expérience, Robert communique souvent en ligne avec sa compagne Annabelle (Chiara Mastroiani), qui s’emploie à l’apaiser. Il a aussi de petites habitudes rassurantes. Mais un jour, en achetant son pain quotidien, il apprend qu’une inconnue d’une vingtaine d’années a laissé pour lui un journal avec un message important. La jeune femme n’est autre que sa fille Lisbeth (Marie Narbonne), dont il ne s’est jamais occupé.

    Son existence bien réglée, déjà bousculée par les critiques féministes de son idole, l’est davantage par le retour inopiné de Lisbeth. Mais désireux de se rattraper, Robert Zucchini mène sa petite enquête et tous deux finissent par se retrouver. Alors qu’ils entament un voyage sur l'ile de Guernesey, lieu d’exil de Hugo, l’histoire personnelle de l’acteur, moins focalisé sur la grandeur de l’écrivain, résonne avec les drames familiaux de ce dernier, dont la tragique noyade de sa fille Léopoldine, à l’âge de 19 ans.

    Dans une mise en scène conventionnelle, cette comédie douce-amère explorant les thèmes de la filiation et de la paternité, est surtout un autoportrait de Fabrice Luchini. Qui fait son show dans un rôle sur mesure. Amoureux des mots et de la langue de Victor Hugo, il se délecte à l’évidence de cet exercice auquel il est rompu. En se montrant toutefois moins convaincant qu’à l’accoutumée.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 11 mars.

     

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  • Grand écran: "Planètes", éblouissante odyssée du pissenlit, façon Indiana Jones végétal

    Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa, quatre akènes de pissenlit rescapés d’une succession d’explosions nucléaires qui détruisent la Terre, sont projetés dans le cosmos. Echoués sur une planète inconnue, ils partent à la recherche d’un sol propice à la survie de leur espèce. Mais les éléments, le climat, la flore  la faune, avec ses grosses limaces, ou sa terrifiante mante religieuse extraterrestre, sont autant d’embûches qu’ils auront à  surmonter.

    Depuis son premier court métrage Planet A en 2008,  Momoko Seko, réalisatrice jaonaise émigrée en France à 19 ans, nous laisse voir l’invisible à l’oeil nu. Avec ce premier long éblouissant, mélange de prises de vue réelles et d’animation, cette militante écologiste combattant pour la diversité, invente un monde surprenant, émouvant, aussi beau qu’inquiétant. Dans lequel les bruits de la nature correspondent aux sublimes images et à l’envoûtante musique. 

    Une œuvre artistique. poétique, onirique et politique, sans dialogue, mais pas pour autant muette. Momoko Seko a choisi des akènes de pissenlit doués d’intelligence et d’empathie, réagissant par de petits gémissements, de petits cris aux événements et montrant des signes d’affection et de solidarité les uns envers les autres. On a vraiment l’impression qu’ils se parlent lors de leur extraordinaire et dangereuse odyssée. Au point qu'on face à ces petits personnages si touchants et fragiles joaent courageusement et parfois humoristiquement leur survie.

    Lors d’une rencontre à Genève. Momoko Seko nous en dit plus sur ce singulier voyage magique,. très différent d’une animation habituelle, qui a nécessité 260 jours de tournage sur deux ans et demi en  Islande, en Bourgogne, en Bretagne, à Nice et au Japon. A commencer par ses méthodes pour dévoiler ce qui se trouve de l’autre côté du monde visible. «J’invente des outils de façon à aller plus loin. Pour créer chaque image de Planètes, j’utilise plusieurs techniques pour compresser le temps, de manière à percevoir l’invisible, ou le déplier pour transformer les sujets filmés  en autre chose».

    Planètes suit une série de courts métrages. Pourquoi un long après cette constellation commencée par Planète A?

    J’ai voulu en quelque sorte fictionnaliser la nature en introduisant des personnages et une histoire plus accessibles au grand public . Pour comprendre encore mieux notre rapport avec le vivant, le côté miracle de la vie

    Drôle d’idée que d’humaniser 4 akènes de pissenlit et surtout les rendre aussi mignons, attachants, doués d’émotions? 

    Je suis partie en me demandant: quelle est ma place dans le monde ? Où est mon oasis? Là, ce sont des êtres qui ne peuvent pas s’implanter. car justement, ils ne trouvent pas leur place et doivent la chercher. Une quête acharnée, difficile. Les émotions nombreuses, différentes, personnifiées, sont alors capitales pour sentir leurs préoccupations. Les akènes doivent nous communiquer leurs sentiments dans chaque situation. Par l’écriture, nous leur avons permis d’exprimer la peur, la joie, la tristesse. Puis avec l’animation, nous avons travaillé les détails qui vont aider à les traduire. 

    Planètes est très centré sur l’entraide, la solidarité.

    Partout il y a ce même souci de souci de s’installer, de vivre une histoire d’amour, de constituer ensemble notre planète. Mais Il faut de la symbiose, pas de la domination. Toutes les espèces sont une force de la nature, ont besoin les unes des autres.

    Peut-on parler d’un film entre science-fiction et naturalisme?  

    Je dirais plutôt fiction-science dans la mesure où je procède très différemment de la SF traditionnelle mettant en scène des conflits armés intergalactiques. Moi, je vais  voir l’inconnu sous nos pieds. Dans le fond, il s’agit d’un film d’aventure, genre Indiana Jones végétal…

    "Planètes", à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 mars.

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  • Grand écran: avec "Las Corrientes", Milagros Mumenthaler jette un regard singulier sur une femme énigmatique

    Le film commence par une succession de scènes muettes où on découvre Lina, grande styliste argentine de 34 ans (Isabel Aimé Gonzales-Sola). Elle assiste à Genève à une soirée où elle reçoit un prix prestigieux. Se réfugiant dans les toilettes, elle le balance immédiatement à la poubelle, avant de quitter la réunion et de se mettre à courir dans les rues. Saisie d’une impulsion tragique, elle se jette à l’eau du pont du Mont-Blanc, mais en ressort indemne.

    Rentrée à Buenos Aires, elle ne dit rien à personne sur cet incident et retrouve son rôle de mère, d’épouse, de cheffe d’entreprise. Pourtant quelque chose a imperceptiblement changé en elle, une sorte de dérive intime qui commence à fissurer son quotidien. Son geste soudain, apparemment inexplicable, réveille un passé qu’elle semblait avoir enfoui.   

    La réalisatrice helvético-argentine Milagros Mumenthaler avait décroché en 2011 le Léopard d’or locarnais pour Abrir portas y ventanas, un premier film original racontant l’histoire de trois sœurs qui, chacune à sa manière, cherche à combler l’absence d’une grand-mère décédée. Avec Las Corrientes (les courants en français), l’auteure jette un regard singulier sur une femme mystérieuse, énigmatique, pleine de secrets, habitée par des pulsions de mort. Tout en explorant les thèmes de la santé mentale, de la maternité et de la réussite. A l’image du jeu minimaliste de son héroïne, ce film psychologique épuré privilégie les silence et les non-dits, à la démonstration narrative.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mars.

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