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le blog d'Edmée - Page 3

  • Grand écran "C'est quoi l'amour?", une comédie familiale mêlant humour et spiritualité. Avec Laure Calamy et Vincent Macaigne. Rencontre

    Chez les catholiques, on ne peut pas se marier deux fois à l’église, à moins de constituer un dossier de demande en annulation de la première union. Marguerite (Laure Calamy) n’a aucune raison de refuser cette requête de Fred (Vincent Macaigne), son ex-mari. Elle est même contente d’apprendre qu’il veut convoler avec Chloé (Mélanie Thierry), sa nouvelle compagne très portée sur la religion. Mais ce qui devait être une simple formalité se révèle plus complexe que prévu et va mener les deux ex-époux de Rouen jusqu’à Rome, avec leurs enfants et leurs nouveaux conjoints. Un voyage à la fois saugrenu, improbable et pittoresque pour les membres de cette famille recomposée.

    Ce pèlerinage au Vatican oblige en effet l’ancien couple, embarqué dans une enquête sur son propre passé, à disséquer ses souvenirs face aux questions plutôt intrusives des autorités ecclésiastiques. Il s’agit de leur démontrer que leur mariage n’avait aucune raison d’être, leur expliquer pourquoi la promesse était fausse. Autant d’arguments qui ne manquent pas de faire resurgir des sentiments enfouis.

    Signé Fabien Gorgeart, ce procès en nullité de mariage religieux, angle inédit et original, devient une comédie sur la famille, véritable obsession pour le cinéaste. Il aime en explorer les liens film après film. Mêlant humour, drôlerie, mélancolie et spiritualité, C’est quoi l’amour? a fait mouche, remportant le Grand Prix au festival de l’Alpe d’Huez, tandis que Laure Calamy décrochait celui d’interprétation féminine.

    Rencontrés à Genève, Fabien Gorgeart et Vincent Macaigne nous en disent plus sur le film, dont l’idée a été soufflée au réalisateur par son producteur. «ll avait entendu parler d’un procès en annulation de mariage religieux dans un film ukrainien. J’y ai alors réfléchi en termes de comédie, et cela m’a titillé. Pour moi, c’était un défi de cinéma. Comment interroge-t-on son passé, le compose-t-on? J’ai poussé l’histoire jusqu’à bout, pour montrer que l’amour ne s’annule pas, mais s’accumule».

    L’auteur savait qu’on ne pouvait pas se marier deux fois à l’église, mais pas qu’il y avait une porte de sortie. «Tout de suite j’ai fait des recherches, rencontré des avocats ecclésiastiques, des prêtres. Cela m’a permis de me lancer dans l’écriture du scénario. J’ai essayé d’être au plus près de la procédure pour apprendre le fonctionnement de ces enquêtes, prétexte pour moi de mettre le couple face à la validité de leur mariage. Qu’en reste-il? C’est aussi et surtout prétexte à s’interroger sur ce qu’est l’amour».

    A cet égard, le cinéaste relève qu’il est beaucoup question de sexualité. «Cela m’a étonné ces questions intimes, confinant au comique, posées par des ecclésiastiques. Est-ce que l’amour était bien là au début ? Est-ce avec lui que vous avez perdu votre virginité? Combien de partenaires avez-vous eus avant l’union?  C’est également là qu’on va voir si leur union est valable ».

    «Les rôles me font muter»

    Côté interprétation, comme c’était pour lui un couple évident, Fabien Gorgeart a écrit le film en pensant à Laure Calamy et Vincent Macaigne. Ce dernier ne connaissait pas cette histoire mais a trouvé le sujet formidable. «C’est une idée aussi folle qu’intéressante. Se promettre l’amour et divorcer devant Dieu.  J’ai trouvé que c’était une bonne occasion de faire le point sur une existence passée, être en couple, avoir des enfants. Ce que c’est de refaire sa vie. En conciliant la tradition et la modernité. Et puis j’aime cette famille recomposée qui fait tout pour s’entendre, au lieu de se haïr. Elle raconte qu’il n’y a pas besoin de détruire son passé pour construire son avenir».

    En tant qu’acteur, Vincent Macaigne aime faire ce qu’il comprend de l’univers de l’autre. «Les rôles me font muter. Avec Justine Triet, Martin Provost, Cédric Klapisch, J’ai toujours essayé de me mettre dans différents vêtements. C’est pareil avec Fabien. On essaye de voir comment adapter sa propre vie aux imprévus et aux changements. A des moments j’ai réussi à adopter l’énergie du film, en jouant quelqu’un qui a compris avoir raté quelque chose».

    Pour le comédien, C'est quoi l'amour? fait coexister plein de cheminements différents, évoque la façon d’être ensemble d’une manière amusante. C’est une oeuvre chorale, drôle, comme Le sens de la fête. Mais c’est aussi un film profond, qui ne se moque jamais de ses personnages.

    «C’est quoi l’amour», à l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 6 mai.

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  • Grand écran. "Le diable s'habille en Prada 2", une resucée inutile. D'autant plus vingt ans après

    Vingt ans après le triomphe de la première mouture Miranda (Meryl Streep) , Andy (Anne Hathaway), Emily (Emily Blunt) et Nigel (Stanley Tucci), figures emblématiques, replongent dans l'univers impitoyable et glamour du magazine Runway avec Le diable s’habille en Prada 2. Confronté au déclin de la presse papier et à la transformation du secteur, le titre n’occupe toutefois plus sa position dominante. À sa tête, Miranda Priestly, en proie aux critiques sur les réseaux sociaux, tente difficilement de préserver son influence de papesse de la mode, de se réinventer face à la montée en puissance des plateformes numériques.

    De son côté, Andy Sachs s’est tournée vers le journalisme d’investigation dans un média réputé. Mais tandis qu’elle reçoit un prix prestigieux pour son travail, elle apprend par SMS qu’elle et ses collègues ont été licenciés, restrictions budgétaires obligent. Le PDG de Runway décide alors de l'engager pour reprendre le pôle reportage et restaurer la crédibilité de son magazine en chute libre.

    Andy  va s’imposer comme une collaboratrice à part entière, Intégrée aux cercles de décision et présente lors des grands rendez-vous de la mode. Parallèlement, Emily est devenue une puissante figure du luxe, notamment responsable du budget communication de Dior. Elle en profite pour prendre sa revanche sur une Miranda désormais plus vulnérable.

    Comme toujours ou presque, la copie ne vaut pas l’original. Et de très loin dans ce cas. On aurait pu l’espérer, le réalisateur David Frankel nous faisant miroiter une critique cinglante du monde des médias, avec une presse écrite sacrifiée sur l’autel du profit. Sauf que le thème, aussitôt proposé, est aussitôt abandonné. Et quid des comédiens? On aime bien Stanley Tucci, digne, empathique et plutôt émouvant dans le rôle du directeur artistique de Runway. Quant à nos trois actrices, eh bien elles n’ont quasiment pas pris une ride, à commencer par Meryl Streep. La vraie performance de cette resucée inutile, surtout vingt ans après! 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 29 avril.

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  • Grand écran "En terrain neutre" questionne la neutralité suisse dans un road trip ironique au ton décalé. Interview

    Marignan 1515. Là où tout a commencé. Là où les Suisses se sont fait massacrer par l’artillerie française et que les survivants se sont juré que plus jamais on ne ferait la guerre. Aujourd’hui, Marignan n’est plus qu’un espace périurbain dans la banlieue un peu glauque de Milan, avec un sex shop, un centre commercial, un petit ossuaire commémoratif et une bretelle d’autoroute.

    Mais c’est là que s’ouvre le documentaire En terrain neutre, cosigné par Stéphane Goël et le journaliste d’investigation Mehdi Atmani. Ils ont décidé de questionner le concept de neutralité si cher aux Helvètes, au cours d’un road trip singulier. Il les a menés de Berne au conseil de sécurité à New York en passant par la zone de démarcation entre les deux Corée ou un salon de vente d’armes à Paris.

    D’âge et de milieu différents, ils ne se connaissaient pas. Mais Stéphane n’avait pas envie de faire ce périple seul, et s’est dit que ce serait intéressant de travailler avec un journaliste. De son côté Mehdi connaissait le travail du réalisateur, mais n’avait jamais travaillé pour le cinéma. Entre les deux ça a matché d’emblée.  

    En marge d’une approche sérieuse, leur documentaire interroge avec humour, ironie et sarcasme le mythe fondateur. En tentant de comprendre la notion de ce pilier de notre identité, cette valeur suprême qu’on n’arrive pas à définir. Car à quoi sert cette neutralité qu’on a reçue en héritage, qu’on nous a été imposée en 1815 ? Est-elle toujours d'actualité? Au fond, qu'est-ce que ça veut dire d'être un pays neutre ? Et la Suisse l'est-elle véritablement? En réalité, peut-on vraiment être neutres ? Et plus du tout lorsqu’on est attaqué?

    Archives drôles et scènes comiques

    Les deux protagonistes vont donc sillonner la planète avec l’idée faire un film dans lequel on rigole, pas neutre, pas historique. Débarquant avec de vraies questions lors de rencontres avec des diplomates et militaires suisses, des hommes de la rue. Le tout sur fond de quelques images d’archives drôles, et de scènes comiques frisant parfois le burlesque

    Ils vont par exemple rencontrer, à la frontière entre les deux Corées, un détachement de l’armée suisse comprenant cinq personnes, dont un général (unique en suisse). Ils nous font visiter un salon mondial de la défense et de la sécurité à Paris avec la présence de 26 entreprises suisses…  Ils nous emmènent aussi dans le réduit national où on découvre un hôtel de luxe désaffecté. Ou encore à New York au Conseil de sécurité. Un passage plutôt frustrant, comme vont le raconter les deux auteurs récemment vus à Genève. Et dont on va, pour simplifier la lecture, mêler les réponses  

    Qu’est-ce qui vous à poussé à questionner la neutralité ?

    Tout d’abord, ce thème n’est que rarement traité au cinéma. Ensuite et surtout la présidence suisse du conseil de sécurité (une première qui ne se reproduira pas avant 20 ans), le dépôt de l’initiative de Pro Suisse (UDC) pour inscrire la neutralité dans la Constitution, qu’on va voter vers la fin de l’année, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la guerre meurtrière à Gaza, tout cela nous a paru un bon moment pour nous livrer à cette introspection, cette psychothérapie.  

    Vous avez décidé d’une approche humoristique et décalée.

    C’est un sujet austère avec un potentiel d’ennui, donc il était primordial de l’aborder avec de l’autodérision, pour provoquer des émotions. D’où ce choix du road move ironique, avec un autre regard. La neutralité fait partie des meubles, mais on ne pense pas à la remettre en question.

    Vous avez mené une enquête sur le terrain semée d’embûches.

    Il est vrai que ce n’est pas facile d’accéder dans les domaines de pouvoir. Par exemple, s’immerger dans la délégation suisse au Conseil de sécurité de l’ONU s’est avéré impossible. On avait le droit de filmer les bureaux mais pas celui de poser des questions. On s’est retrouvé face à des communicants à la parole contrainte. Donc on s’est dit, on verra en Corée. Mais là encore les discours étaient préparés. On aurait aussi voulu avoir des banquiers. Quant aux mouvements d’extrême gauche, ils sont très méfiants. Du coup on a essayé de jouer avec ces portes fermées, en cherchant à regarder à côté, à cadrer l’incongru. Finalement les plus sincères, c’était les militaires. Comme ce divisionnaire qui nous affirme que le plus dangereux c‘est les Russes. Et qu’on doit se préparer

    Ce qui nous conduit au pavillon suisse du salon de Paris, avec la vente d’armes on ne sait en réalité pas trop à qui. Voilà une neutralité bien ambiguë.

    Les représentants étaient gênés aux entournures Ils disent que c’est dur à savoir. Que la vente est contrôlée, mais pas vraiment. C’est une zone extrêmement floue. La neutralité nécessite d’avoir une armée pour se défendre. Donc pour que l’industrie de l’armement soit viable, il faut vendre.

    La neutralité est en somme ce qu’on en fait, chacun en ayant sa propre vision..

    C'est en effet une valeur à géométrie variable. 98%, des Suisses, à gauche comme à droite, sont pour Mais les conceptions divergent. Le documentaire cherche à mettre en évidence les différences, les visions, les contradictions, les paradoxes. En fait on ne peut pas se décréter neutres. Il faut être perçu comme neutres aux yeux des autres  C’est important de défendre cette image. La Suisse est le pays le plus inquiet de sa réputation à l’étranger. Une réputation qu’il faut assurer à tout prix.

    Dans le fond, la neutralité est-elle une forme de lâcheté ?

    La manière dont on la pratique est interprétée comme telle par certains. En même temps, c’est un privilège qui nous engage à une certaine responsabilité, nous oblige à une certaine ouverture. On va voter sur l’initiative de Pro Suisse et pendant la campagne on devra se remettre en cause, décider d’un repli sur soi ou de plus d’engagement, de bons offices. En d’autres termes, s’interroger sur notre place dans le monde.

    «En terrain neutre», à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 29 avril.

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