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le blog d'Edmée - Page 3

  • Grand écran: "Qui vit encore": rescapés de l'enfer, neuf réfugiés palestiniens racontent. Bouleversant

    Le documentaire du Suisse Nicolas Wadimoff, lauréat du Prix de Soleure, commence de façon intrigante. Dans un hangar au sol noir, un homme peint une forme à la peinture blanche. Et à l’intérieur, dessine sommairement des figures géométriques. Il s’agit d’une carte symbolique de Gaza avec ses villes, ses camps, ses quartiers. Et on découvre Jawdat Khoudari, Mahmoud Jouda, Adel Altaweel, Haneen Harara, Malak Khadra, Hanaa Eleiwa, Firaz Elshrafi, Eman Shanan et Ghada Alabadl,  neuf Palestiniens réfugiés en Egypte, qui ont échappé à l’enfer. Ils se rendent chacun dans leur carré, pour montrer où était leur maison. Ensuite ils se dirigent vers une table.  Sur celle-ci, l’un après l’autre, ils tracent au feutre blanc les lieux qui représentaient leur existence.

    Et puis ils racontent cette vie d’avant, les dangers encourus, la perte de leurs proches, parfois de toute leur famille, la disparition de leurs rêves. Ils évoquent aussi le profond attachement à leur terre, leur lutte pour revenir à la vie. En partageant leurs récits dans ce qui tient de la thérapie de groupe, ils tentent de se remettre en contact avec eux-mêmes, de revendiquer le droit de cesser d’être des fantômes. Les entretiens sont menés par Wadimoff. Il connaît particulièrement bien son sujet pour se rendre régulièrement en Palestine.

    Qui vit encore devait à l’origine être tourné à Lausanne, mais les visas ayant été refusés aux protagonistes par les autorités suisses, il a été tourné en Afrique du Sud.  Présenté à la dernière Mostra de Venise, le réalisateur a reçu le Prix Art et Cinéma. Avec sa scénographie sobre, respectueuse, son approche très humaine de la survie et de la mémoire, l’auteur rend les témoignages de ces existences détruites encore plus forts et poignants. La dignité, le courage, la résilience de ses héros nous bouleversent. Surtout quand on imagine la difficulté de parler de cette tragédie et de la charge émotionnelle qui en découle. Par leurs voix, Nicolas Wadimoff s’attache à représenter, comme il le dit lui-même, une situation qui n’a plus de mots pour être décrite.

     A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 28 janvier.

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  • Grand écran: "L'agent secret" mêle les genres et les époques dans un thriller déroutant. Avec le magnifique Wagner Moura

    Brésil, 1977. Armando (Wagner Moura), un veuf d’une quarantaine d’années fuyant un passé trouble, arrive à Recife en plein carnaval sous le nom d’emprunt de Marcelo Alves. Membre d’un réseau clandestin d’opposants au régime militaire en place, il est venu récupérer son jeune fils confié à ses grands parents. En prenant un maximum de précautions.

    Armando s’installe dans la maison d’une maîtresse femme, qui loue des chambres à des réfugiés politiques et espère construire une nouvelle vie. C’est compter sans les menaces de mort qui planent sur sa tête. A son insu, il devient la cible de tueurs à gages. Tandis que l’étau se resserre autour de lui, un redoutable jeu du chat et de la souris s’organise dans les rues de Recife, dépeignant  le climat d’extrême brutalité qui régnait alors au Brésil.

    En dépit de ce que suggère son titre, L'agent secret, n’est pas un film d’espionnage, mais plutôt une réflexion sur le passé meurtrier d'un pays, la nécessité de préserver la mémoire de ces années de plomb, la quête de la vérité face à l’oppression. Il rend ainsi hommage aux héros de la résistance  pour qu’on ne les oublie pas.

    Kleber Mendonça Filho propose un très long thriller déroutant, dense, visuellement très riche, mais au scénario confus, mêlant les genres et les époques. S’il nous ramène d’abord en 1977, avec une police corrompue, une violence banalisée, une société pleine de préjugés racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, le réalisateur nous propulse également dans le Brésil d’aujourd’hui, où deux étudiantes en histoire s’intéressant à la résistance, découvrent le destin d’Armando en consultant des archives de journaux et en écoutant des cassettes audio. Si ce renvoi contribue (un peu inutilement) à désarçonner le spectateur, il ne fait pas moins écho nécessaire à une actualité aussi brûlante que dangereuse, où s’épanouissent et sévissent les Trump, Poutine ou autres Xi Jinping…

    Plébiscitée à Cannes en mai dernier, l’oeuvre a justement décroché le Prix de la mise en scène, tandis que son héros traqué, magistralement incarné par Wagner Moura, vedette de la série Narcos, a été sacré meilleur acteur. L’auteur et le comédien viennent par ailleurs de rafler chacun un Golden Globe. Enfin, L’agent secret a été choisi pour représenter le Brésil aux Oscars. Un prétendant très sérieux.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 14 janvier.

     

     

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  • Black-Movie: un programme riche exaltant la liberté de pensée. Quinze réalisateurs invités, ainsi que l'icône du cinéma asiatique

    Le Festival international de films indépendants genevois propose 104 œuvres.. Quinze réalisateurs sont invités, ainsi que l'acteur chinois Tony Leung Chiu-wai, icône du cinéma asiatique. Des Délires orwelliens à la Trilogie sylvestre, en passant par les Métamorphoses les Braves ou les Exutoires jouissifs, petit voyage au sein d’un copieux menu de 48 longs métrages et 56 courts. 

    Pour sa 27e édition, qui se tient à Genève du 16 au 25 janvier, Black Movie a choisi des cinéastes prônant la liberté de pensée et l'autodétermination, déclare sa directrice artistique Maria Watzlawick. En marge des courants traditionnels, le festival se décline ainsi en onze thèmes tels que l'éducation, le futurisme, la famille, la surveillance des corps et des esprits, le totalitarisme ou la révolte.
     
    Les films à ne pas manquer
     
    Le Sud-Coréen Park Chan-wook propose No Other Choice,  adapté de Le couperet de Donald Westlake, roman noir sur les manigances meurtrières d’un cadre en col blanc, Le Portugais Pedro Pinho revient avec Le rire et le couteau, film-fleuve qui aborde l’enjeu du post-colonialisme. De son côté, la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi présente, Silent Friend, qui entremêle les récits autour d’un arbre majestueux, le gingko. Sa tête d’affiche, le Chinois Tony Leung Chiu-wai, icône du cinéma asiatique, sera présent pour la projection le dimanche 18 janvier. Black Movie s'intéresse également cette année aux questions de dystopies et de récits alternatifs. Avec notamment le documentaire du Haïtien Raoul Peck, Orwell: 2+2=5, qui livre un état des lieux terrifiant des effets de la post-vérité sur la société.
     
    Rencontre avec Sergei Loznitsa

    Hommage est aussi rendu aux combattants de l'autoritarisme. Le festival a opté pour le dernier film de l’Ukrainien Sergei Loznitsa, Deux procureurs (photo ci-dessus). Primé à Cannes, le long métrage suit un jeune procureur engagé dans les méandres des procédures juridiques de l’ex-URSS. Une rencontre sera organisée avec le réalisateur le mercredi 21 janvier. Avec Belén, l’actrice et auteure Dolores Fonzi revient sur un événement-qui a fait basculer le cadre légal de l’avortement en Argentine. A relever également de la science-fiction avec U Are the Universe de l'Ukrainien Pavlo Ostrikov, évoquant le voyage d'un transporteur spatial, seul survivant de l'humanité.

    Thématiques queer

    Autant d’œuvres, autant de formes, de genres et sujets abordés tout au long de ces différentes sections, dont des thématiques LGBTQIA+. A commencer par Ninxs, de Kani Lapuerta, premier long métrage du Mexicain. Homme trans il fait de ce document filmé sur huit ans, une exploration joyeuse et anarchique. On citera encore, dans le tumulte de Mumbai, Songs Of Forgotten Trees, d’Anuparna Roy, qui capte les enjeux agitant deux amies migrantes. Avec ce conte urbain, elle dessine un beau portrait de femmes décidées à prendre leur destin en main, en dépit des difficultés.
     
    Enfin n’oublions pas Le petit Black Movie. Cette section destinée aux enfants propose quarante films venus de 34 pays, célébrant la diversité et encourageant la réflexion sur l’écologie et la différence. Dont Planètes de la Japonaise Momoko Seto, une ode à la biodiversité. Des ateliers et un ciné-concert complètent la programmation. Et puisqu’on parle d’événements parallèles, on signalera trois tables rondes et, bien sûr, les Nuits Blanches au Groove, de l’Opening Night à la 104e Electrodark.
     
    Black Movie, Maison des arts du Grütli, du 16 au 25 janvier.

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