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le blog d'Edmée - Page 3

  • Grand écran: "L'Engloutie" confronte deux univers dans un village des Hautes-Alpes. Un film intrigant au réalisme magique

    Nous sommes à l’aube du XXe siècle lorsque Aimée (Galatéa Bellugi), une jeune institutrice républicaine, débarque par une nuit de tempête à Soudain, un hameau enneigé d’une vallée isolée des Hautes-Alpes. Portant les valeurs émancipatrices de l’éducation, elle est venue faire la classe durant l’hiver à quatre enfants du village, qui parlent le patois.  Elle se heurtera vite à l’illettrisme, au manque d’hygiène et aux superstitions du coin.

    Avec L'Engloutie, la Française Louise Hémon, formée au documentaire, signe son premier long métrage de fiction magistralement porté par Galatéa Bellugi. L’actrice est habitée par cette femme autonome, insoumise, figure à la fois énigmatique et mystique.

    Initiation aux rituels, aux contes, aux danses

    Au fil de l’intrigue, on la voit plutôt arrogante et croyant tout savoir, s’avancer en terrain hostile. Dans ce huis-clos givré, prétexte à de magnifiques images passant de l’obscurité à l’éblouissement, règnent les lois de la nature, les fantômes et les croyances locales. À l’image de celle du bain, qui va rendre les enfants malades en enlevant la croûte sur la tête qui leur protège le cerveau.  Du coup, ils ne se lavent jamais les cheveux…

    Méfiante, intransigeante, Aimée rechigne à se mêler à cette communauté qu’elle juge arriérée. Mais petit à petit, elle s’initie aux rituels, aux contes, aux fêtes, aux danses, aux fameuses gouchettes, pain trempé flambé à la bougie. Elle est aussi prise d’un vertige sensuel, en voyant deux jeunes garçons, incarnés par Samuel Kircher et Matthieu Lucci, faire l’amour dans une grotte voisine.

    Les codes du western

    En opposant deux mondes, deux systèmes de pensée, Louise Hémon livre un film original, mystérieux, intrigant dont la narration emprunte les codes du western, théâtre des grands espaces et des gens de passage. Un genre que la cinéaste adore, comme elle nous le précise à l’occasion d’une rencontre à Genève.   

    L’Engloutie est situé dans des lieux qu’elle connaît très bien, en ayant l’habitude de les fréquenter depuis toute petite «Mes parents habitent dans les Alpes et j’y vais souvent». Par ailleurs, pour bâtir son scénario, dont l’écriture lui a pris quatre ans, elle a pu s’appuyer sur sa famille maternelle qui compte une lignée d’enseignantes envoyées dans des villages reculés. Ainsi que sur une nouvelle écrite par son grand-père et un article publié par son arrière-grand-tante, elle-même institutrice de montagne.. «Ces textes m’ont été transmis par ma mère. Ils sont à l’initiative du désir du film. La montagne est propice à l’imaginaire. Elle est fascinante, dangereuse. Les personnages sont confrontés au froid de l’hiver, au vent, aux peurs primales».

    Une belle rencontre avec Galatéa Bellugi

    Evoquant également le lâcher prise, une notion importante pour son auteure, L’Engloutie repose sur les épaules de la magnifique Galatéa Bellugi, qui fait corps avec l’œuvre. «Je voyais une sorte de Catherine Mouchet dans Thérèse, pour le rôle d’Aimée. J’ai fait des essais avec Galatéa, j’ai eu un coup de coeur et j’ai cessé le casting au bout de vingt-quatre heures. Elle a éprouvé le même sentiment».

    «Je ne voulais pas une sainte, mais une fille de mauvaise foi, qui se trompe, qui veut tout contrôler, changer le monde», ajoute Louise Hémon. «J’avais envie d’une héroïne d’époque qui ne soit pas une oie blanche politisée, le besoin de voir la jeune femme sensuelle derrière l’uniforme, travaillée par des désirs, des fantasmes, des plaisirs solitaires. Galatéa s’est toujours montrée très enthousiaste. Une belle rencontre».

    Touche-à-tout, Louise Hémon, sans abandonner le documentaire et le théâtre, tient à continuer dans la fiction. «Je vais récrire tout de suite un scénario, à nouveau dans un décor de montagne, mais contemporain. Et j’espère que cela ne me prendra pas quatre ans… »

    «L’Engloutie», à l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 4 février.

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  • Grand écran: "Le gâteau du président", touchante fable satirique sur la dictature et la misère, dans l'Irak de Saddam Hussein

    Dénonçant le culte dément de la personnalité voué à Saddam Hussein, l’Irakien Hassan Hadi suit une fillette et son copain dans une quête singulière semée d’embûches.

    Irak, 1990. Alors que les Américains bombardent un pays frappé d’une grave crise alimentaire, Saddam Hussein exige que tous ses sujets fêtent comme d’habitude son anniversaire, véritable fête d’État à coups de défilés militaires, de discours télévisés, d’affiches de propagande et de fastueuses offrandes publiques.

    Sous peine d’être dénoncée, voire sévèrement battue en cas d’échec de sa mission, la petite Lamia, 9 ans, est malheureusement tirée au sort par son odieux instituteur pour confectionner un beau gâteau fourré à la crème et le ramener à ses camarades de classe. Son copain Saeed est lui chargé de rapporter des fruits frais.

    Mais comment se procurer la farine, le sucre ou les œufs, lorsqu’on n’a pas le moindre sou en poche? Commence alors pour les deux gamins, surtout pour Lamia accompagnée de son inséparable coq Hindi, une quête aux ingrédients semée d’embûches, chacun d’eux donnant lieu à une aventure plus ou moins dangereuse. Dont une cruelle arnaque et une tentative de viol de la part d’un vieux pervers.

    Fable satirique réussie sur la dictature et la misère sociale, Le gâteau du président était le premier film irakien sélectionné à La Quinzaine des cinéastes et le premier du réalisateur Hassan Hadi. Simple, efficace, filmé à hauteur d’enfant, il évite non seulement tout misérabilisme, mais pimente d’humour les tribulations des deux excellents petits protagonistes. Énergiques, débrouillards, touchants, ils relèvent vaillamment le défi qui leur est posé, en dépit de leur situation plus que précaire. Cerise sur le gâteau, il a décroché la Caméra d’or et Prix du public au dernier Festival de Cannes.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 février.

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  • Grand écran: "Diamanti" célèbre la sororité, la solidarité et l'émancipation de ses héroïnes

    Disons-le tout de suite, le nouveau film de Ferzan Özpetek, cinéaste italien d’origine turque, a fait un tabac dans son pays, en attirant deux millions de spectateurs. Réunissant ses actrices préférées autour d’un déjeuner, Özpetek se met lui-même en scène en ouverture, en leur proposant un rôle dans sa prochaine production, qui mettra en évidence les parcours de personnages féminins, en l’occurrence des couturières oeuvrant en coulisses.

    Il les projette alors à Rome, dans les années 70, au sein d’un prestigieux atelier de création de costumes pour le cinéma et le théâtre. Il est dirigé par deux sœurs, dont Alberta, qui doit faire face aux exigences d’un cinéaste oscarisé capricieux et aux problèmes de ses ouvrières, le plus souvent causés par des hommes stigmatisés pour leur masculinité toxique. N’oublions pas que nous sommes encore dans une société traditionaliste et patriarcale, où la femme est généralement cantonnée à un rôle domestique.

    Ainsi, en explorant l’univers féminin de la haute couture, l’auteur ne rend pas seulement hommage aux «diamanti», travaillant dans l’ombre à l’éclat du septième art, mais à toutes ces femmes avides de liberté dont il raconte le destin. Entre rivalité, conflits personnels et bienveillance, le récit sonde la force de leurs liens. Ce qui donne lieu à des scènes en groupe comme celles de la lecture du scénario, révélant de quelle manière les actrices s’emparent de leurs rôles, ainsi que celles de l’atelier où on va les retrouver solidaires.    

    Tout en célébrant la sororité et l’émancipation de ses héroïnes dans ce film choral tournant au mélo, l’auteur ne s’oublie pas. Son intrigue parfois inutilement tarabiscotée converge vers la création et la confection d’une robe somptueuse, un chef d’oeuvre conçu par les doigts de fée des «diamanti» qu’on mettra en parallèle avec l’ambition de Ferzan Özpetek, assez convaincu d’en avoir réalisé un…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 21 janvier

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