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le blog d'Edmée - Page 3

  • Grand écran: avec "Salvation", le réalisateur turc Emin Alper livre une métaphore puissante du nationalisme et des dérives populistes

    Reposant sur une rivalité communautaire et foncière Salvation du réalisateur turc Emin Alper, récompensé par un Ors d’argent à la dernière Berlinale se déroule dans une vallée isolée de son pays. le retour d'un clan exilé ravive une rivalité ancestrale entre deux villages, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Quand les habitants du bas (les Bezari) , reviennent pour récupérer leurs terres.  Ils se heurtent aux habitants du haut (les Hazeran), qui occupent désormais ces parcelles et refusent de les céder Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, Emin Alper filme cette hostilité comme une métaphore du nationalisme et de la dérive populiste.

    Le conflit est exacerbé de l'intérieur par deux frères. Ferit (le cheikh) incarne une figure d'autorité traditionnelle qui privilégie la diplomatie. Face à la réapparition des anciens voisins, il prône le dialogue, la recherche d'une coexistence pacifique pour éviter que le sang ne coule à nouveau. Mesut personnage central et illuminé rejette au contraire violemment cette approche qu'il assimile à de la faiblesse.

    Rongé par la méfiance, la rancœur et la paranoïa, il refuse toute concession territoriale. Il est porté par des visions et des rêves cauchemardesques qu'il interprète comme des présages ou des messages divins. Persuadé d'avoir reçu une mission sacrée, il va défier l'autorité de son frère pour prendre la tête de la communauté. Cette rivalité pour le pouvoir spirituel et politique va  précipiter les villageois dans un engrenage de violence et une vendetta sanglante

    Une mécanique de radicalisation et de populisme

    À travers la rébellion de Mesut contre Ferit, Emin Alper, à qui on doit notamment le magistral Burning Days,  utilise le motif fratricide pour illustrer une mécanique de radicalisation et de populisme. menant au crime. Un regret pourtant dans ce puissant western politique oriental, parabole d’une Turquie autoritaire et des dérives extrémistes : le style pesant, étouffant oppressant, opaque de ce huis-clos à ciel ouvert entre deux clans rivaux sur fond de querelles foncières et de fanatisme religieux, Un univers masculin toxique étouffant dont les femmes sont exclues Les rares présentes sont reléguées au second plan, subissant virilisme et brutalité patriarcale

    Un bémol également concernant la répétition des scènes d’hallucination et des délires paranoïaques de Mesut. Cette insistance onirique alourdit le récit, comme d’ailleurs la focalisation sur la fabrication de la haine de l'autre, la légitimation collective de la violence au nom d'un prétendu salut. Tout cela finit par tourner en rond et desservir la portée universelle du film.

    «Salvation», 120 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 16 septembre.

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  • Grand écran: "Garance", portrait d'une jeune comédienne alcoolique dans tous ses états. Avec Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau. Interview

    Ecrit et réalisé par Jeanne Herry, Garance retrace le parcours sur huit ans d’une jeune comédienne de théâtre peu à peu minée par une consommation excessive d'alcool. La progression insidieuse de la dépendance. devient un obstacle dans ses relations, intimes, amicales et professionnelle.

    Talentueuse, énergique, pleine d’humour, Garance (Adèle Exarchopoulos, photo) tente de gérer au mieux ses galères diverses, trouvant dans l’alcool un carburant et un réconfort. Mais elle commence à multiplier les lendemains de cuite, les retards au travail. Reléguée aux spectacles scolaires, puis virée de la compagnie de théâtre, elle tend à s’enfoncer dans une spirale d’autodestruction, alors qu’elle vient de tomber amoureuse de Pauline, décoratrice de la troupe incarnée par Sara Giraudeau.

    L'harmonie des contraires

    Le film est ainsi porté par une Adèle Exarchopoulos, extravertie, exubérante, en pleine dérive festive, à la fois exaspérante et attachante. Et une Sara Giraudeau plus effacée, solitaire, réfléchie, libre. L’harmonie des contraires selon la réalisatrice, dont le scénario s'attache au déni, à la manière dont Garance croit encore pouvoir tout contrôler, en banalisant le danger. .

    Observant les mécanismes de l'addiction, Jeanne Herry restitue la complexité psychologique et sociale d'une femme dépendante avec un filmage très juste de l’alcoolisme ordinaire. Garance boit de plus en plus, se perd dans des dénégations et des excuses répétitives. Elle a des absences, des trous de mémoire, égare des objets. Et surtout, elle risque sa vie.. Avant d'entamer un processus de sevrage. 

    Il y a également une justesse dans la façon de traiter le couple lesbien comme une évidence. ll n’est pas question de coming out. L'orientation sexuelle des personnages n'est pas un ressort dramatique. Très attachée, Pauline va toutefois s'installer assez vite dans le rôle de l'aidante. Empathique, elle subit avec une patience d’ange la déchéance de sa compagne, désamorçant la dynamique de séduction. Le passage du désir au soin prendra du coup le pas sur l’érotisme.

    Par ailleurs, à mesure que le récit avance, le parcours de reconstruction, de rédemption du personnage devient un peu trop démonstratif, explicatif, balisé. Le public n’a pas moins réservé à Garance l’une des plus longues standing ovations à Cannes en mai dernier, où il figurait en compétition. Un enthousiasme débordant resté sans effet sur le jury…

    Une approche très documentée

    De passage à Genève. Jeanne Herry nous en dit plus sur la raison qui l’a poussée à aborder l’alcoolisme au féminin. « Il ne s‘agit pas d’un film à sujet, à thèse mais le portrait  d’une jeune actrice dans tous ses états, dans tous les recoins de sa vie. A travers elle, je voulais parler des addictions car le mécanisme m’intéresse. Celle de l’alcool est la plus répandue, dans la mesure où c’est le produit le plus facile à trouver, non considéré socialement comme une drogue, mais qui abîme terriblement.

    Vous avez une approche très documentée pour nourrir votre récit, ce qui suppose de longues recherches, comme pour « Pupille » ou J »e verrai toujours vos visages », vos précédents longs métrages.

    Pas tant que ça. Je n’ai pas rencontré d’associations ou de spécialistes en la matière. Mais j’ai croisé la route d’une jeune alcoolique qui m’a beaucoup inspirée en me racontant en détail son rapport l’alcool, son parcours, ce qui l’a conduite à arrêter. J’ai également pioché dans son milieu familial.

    Vous êtes précise dans votre manière de montrer la progression de la dépendance

    -J’ai travaillé sur les mécanismes addictifs. On n’est pas dans la représentation d’une femme qui se cache. Garance est une alcoolique fonctionnelle, qui reste active, courageuse, professionnelle. En raison de son métier, elle boit beaucoup le soir. L’idée c’était de faire comprendre, par de petites astuces scénaristiques, le basculement de sa consommation, de plus en plus forte et de plus en plus tôt dans la journée, puis pratiquement toutes les heures.

    Avez-vous expressément écrit les rôles pour Adèle Excharchopoulos et Sara Giraudeau ?

    En ce qui concerne Adèle, pas vraiment. Je l’avais dans la tête. Puis elle s’est naturellement imposée. Il y a plein  de situations à jouer, d’émotions à incarner, ce qui colle parfaitement à son registre de comédienne. En revanche, c’est oui pour Sara  Giraudeau. Je la voyais comme ça, solitaire, autonome, patiente, plus solide qu’on l’imagine. C’était passionnant de les faire se rencontrer.  Et cela a fonctionné tout de suite. ,

    Vous faites de  ces deux femmes un couple lesbien naviguant entre l'amour romantique et le soutien psychologique. Le rôle de Pauline tourne plus autour de la bienveillance et de l'accompagnement que de la passion, face à l'alcoolisme destructeur de Garance. 

    -Le film va dans cette direction, mais pas au début de la relation. Pauline est très amoureuse. Bien sûr elle doit composer avec l’alcool, mais elle accepte Garance d’une façon inconditionnelle. Elle n’est pas dans le jugement, ni dans le contrôle. Elle est patiente, respectueuse, ne cherche pas à la changer. Il n’y a pas de « tu devrais ».Elle fait ce qu’elle peut. C’est un récit sur une autre façon d’aimer. Mais qui pourrait ne pas durer.

    «Garance», 115 minutes, à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 septembre. 

     

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  • Grand écran: "la vie d'une femme", exploration du désir féminin après 50 ans. Avec Léa Drucker et Mélanie Thierry

    La réalisatrice française Charline Bourgeois-Tacquet suit Gabrielle (Léa Drucker) en quête d'une nouvelle identité, liée à un besoin de liberté. Cheffe de service dans un hôpital public parisien au bord du gouffre financier et opérationnel, cette chirurgienne hyperactive de 55 ans, est dans le contrôle permanent. Voulant tout mener de front, elle est qualifiée de «Robocop» par ses proches.
     
    Et pour cause. Outre son travail exigeant à l’hôpital, Gabrielle a un mari (Charles Berling), dont elle élève les enfants d’un précédent mariage et une mère atteinte d’Alzheimer. Mais la vie bien réglée et les certitudes de cette doctoresse surmenée basculent lors d’une rencontre avec Frida (Mélanie Thierry), une romancière plus jeune, en immersion dans son service pour les besoins d'une fiction. C’est le coup de foudre et le début d’une liaison passionnée, avec notamment une parenthèse enchantée dans les Alpes italiennes.
     
    Structuré en 11 chapitres, le récit s'étale sur une période d'environ deux ans pour mieux saisir l'évolution personnelle, amoureuse, sexuelle et professionnelle de Gabrielle. En ce qui concerne la forme, la réalisatrice s’est inspirée, comme elle le dit elle-même, de Julie (en 12 chapitres), du Norvégien Joachim Trier, pour construire le découpage de ces différentes tranches de vie. 
     
    Un scénario balisé et des propos assez convenus
     
    Mêlant exploration du désir féminin après 50 ans et peinture d'un milieu social bourgeois, La vie d'une femme est globalement porté aux nues. Tout comme Léa Drucker, le plus souvent qualifiée de sublime, grandiose, magistrale  et incandescente. Certes très crédible, à son habitude, dans le rôle de ce personnage vivant à cent à l’heure, elle se révèle pourtant moins impressionnante que dans Dossier 137 ou L'intérêt d'Adam.  Un  bémol également sur la segmentation narrative trop prévisible, sinon artificielle de l'oeuvre. Bien que fragmenté, le scénario reste balisé. L’auteure livre aussi des propos assez convenus et démonstratifs sur la surcharge mentale et existentielle, la crise de la cinquantaine, l’émancipation féminine.
     
    Le moins convaincant toutefois dans cette histoire, c’est la liaison lesbienne entre Gabrielle et Frida, qui fonctionne plutôt comme un artifice scénaristique. On nous propose de l'inattendu, une routine chamboulée par une passion dévorante, mais on est loin du vertige, du séisme intérieur que peut provoquer l’attirance charnelle d’une héroïne d’âge mûr pour une autre femme. Outre le fait que finalement rien ne change dans l’existence de Gabrielle, cette difficulté à croire en sa fascination soudaine pour Frida tient clairement au manque d’alchimie physique entre les deux actrices, ainsi qu’à une sensualité étouffée par une approche trop cérébrale du désir.
     
    Sortie dans les salles de Suisse romande mercredi 15 septembre.
     

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