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le blog d'Edmée - Page 3

  • Grand écran: "L'aventure rêvée" brosse le portrait d'une héroïne forte, refusant calmement la violence des hommes

    Dans la continuité de son film précédent Western la réalisatrice allemande Valeska Grisebach poursuit son exploration de l’ex-bloc de l’Est avec L’aventure rêvée, récompensé par le Prix du Jury à Cannes, Mettant en scène des protagonistes non professionnels, dont Veska, son héroïne, elle recrée la vie, l’atmosphère et l’histoire d’une région où, après la chute du Mur, le mirage néolibéral a provoqué magouilles et gansgstérisme.

    À Svilengrad, ville frontalière au sud de la Bulgarie, au point de rencontre entre la Grèce et la Turquie, Veska, archéologue dans la cinquantaine, dirige les fouilles d'un château médiéval. Elle retrouve par hasard Said, un vieil ami d’enfance dont la voiture vient d'être volée. En voulant l'aider, Veska glisse peu à peu au coeur d'une société criminelle qui règne sur la ville. Choisissant de s’immiscer chez les trafiquants et de se confronter, à leur virilisme et leur bêtise, elle affronte un monde à la fois trouble et dangereux.

    Une aventure naturaliste

    Valeska Grisebach suit Veska de rencontre en rencontre avec des travailleuses polonaises, un paysan menacé par la mafia ou une jeune femme fascinée par les petites racailles. Autant de personnes qu’elle défend dans une aventure naturaliste, romantique, presque documentaire, où elle refuse calmement la violence des hommes, résistant à la place que le patriarcat veut assigner aux femmes. L’auteure brosse ainsi le portrait d’une héroïne forte, magnifiquement incarnée par Yana Radeva (photo), ancienne géologue, puis croupière de casino et finalement vendeuse en cosmétiques.

    Contrairement aux films de mafia classiques rythmés par les fusillades et la castagne, Valeska Grisebach, privilégiant l’authenticité des décors, la beauté de l'image et une certaine poésie, mise sur une tension sous-jacente, une violence sourde et une mise en scène épurée. On regrette toutefois un rythme qui prend trop son temps, dans une oeuvre trop étirée, nuisant au suspense que son auteure veut créer et faire monter, face au danger que court Veska..  

    «L’aventure rêvée», 162 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 octobre.

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  • "Le Corset", touchant récit d'apprentissage sur fond de crise agricole. Un bijou d'animation

    Dans la Beauce des années 1980, Christophe, 11 ans, grandit au sein d'une famille d'agriculteurs aimante mais taiseuse, sous l'autorité d'un père incapable d'exprimer ses émotions. Alors que l'exploitation familiale subit de plein fouet les mutations industrielles, le corps de Christophe commence mystérieusement à pencher et même à tomber, l'obligeant à porter un lourd corset métallique doté d'une mentonnière. Une entrave physique qui fait directement écho au carcan économique et psychologique qui asphyxie les siens.

    Devenu la risée de l'école, Christophe, par ailleurs écarté des tâches agricoles à cause de son handicap et se sentant rejeté, s'évade grâce à son imagination débordante, une passion naissante pour l'orgue d'église et sa rencontre avec Clara. Ado rebelle incarnant l'émancipation face aux rigidités du système, elle lui ouvre le champ de tous les possibles.

    Ce bijou d’animation franco-belge, au style visuel à base de pastels, d'encre de Chine et d'aquarelle est signé Louis Clichy. Coréalisateur de deux Astérix animés avec Alexandre Astier, il s'est inspiré de sa propre enfance pour proposer un récit d’apprentissage émouvant et sensible, qui résonne avec la crise du monde paysan des années 80.

    Cette aventure humaine célébrant le courage, la détermination, le dépassement de soi, est rythmée par des choix musicaux particulièrement éclectiques. L'univers sonore de l'œuvre fait ainsi cohabiter la musique classique et sacrée de Bach et Fauré avec le célèbre Ouragan de Stéphanie de Monaco, la chanson favorite du père de Christophe.

    Cette chronique rurale authentique, doublée d’une quête initiatique pleine de tendresse, d'humour et de poésie, a décroché le Prix spécial du jury dans la section cannoise Un certain regard, avant d’être triplement primée au Festival international du film d'animation d'Annecy

    «Le Corset», 90 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 14 octobre.

     

     

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  • Grand écran: "Les Misérables", une longue saga qui manque de souffle, de romanesque et de point de vue

    Le chef-d'œuvre de Victor Hugo compte plus de 50 adaptations audiovisuelles (cinéma et télévision) dans le monde. On peut dès lors se demander pourquoi Fred Cavayé a jugé utile d’ajouter sa pierre à l’édifice, D’autant qu'il n’y met pas franchement  une patte unique, malgré un budget colossal de quelque 40 millions d'euros!

    Petite piqûre de rappel côté intrigue. Jean Valjean (incarné jeune par Louis Peres, puis par Vincent Lindon) purge 19 ans de travaux forcés pour le vol d'un pain À sa sortie du bagne, sa rencontre avec l'évêque Myriel, personnage d‘une infinie bonté, va l’empêcher, après un ultime méfait mineur, de replonger dans la criminalité et le pousse au contraire vers la rédemption. Une grosse crise de conscience l’incite à changer de vie et d’identité.

    Sous celle de Monsieur Madeleine, il devient un riche notable et un maire respecté. C'est alors qu'il croise Fantine (Noémie Merlant),  une malheureuse ouvrière. Sur son lit de mort, il lui promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des Thénardier (Benjamin Lavernhe et Camille Cottin), aubergistes diaboliques. Mais le passé de Valjean resurgit en la personne de l'inspecteur Javert (Tahar Rahim), un policier rigide et inflexible, traumatisé enfant et obsédé par la justice. L’ancien forçat entame alors un duel psychologique impitoyable avec cet homme, qui s'étend sur plusieurs décennies. Leur ultime face à face se jouera en plein cœur de l'insurrection parisienne de 1832, au milieu des barricades

    Fred Cavayé propose une superproduction académique lisse let ourde, une très longue saga visuellement laide, dépourvue de souffle, d’émotion, de romanesque, de noirceur, de résonance politique avec l'actualité et de point de vue artistique. Du coup, il se contente de rassembler des scènes illustres, portées par un casting de stars peinant, le plus souvent à incarner la misère du 19e siècle. Certes Vincent Lindon et Tahar Rahim s’en sortent assez bien, mais le couple Cottin-Lavernhe (les cupides et vicieux Thénardier) se révèle par exemple d’un ridicule achevé. 

    «Les Misérable», 176 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 14 octobre.

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