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le blog d'Edmée - Page 3

  • Grand écran: "La frappe" montre la douloureuse persistance des ravages de l'inceste. Et révèle deux jeunes interprètes

    Premier long métrage de Julien Gaspar-Oliveri, La frappe raconte l’histoire d’Enzo, 19 ans et de sa soeur Carla, 20 ans. Vivant dans le sud de la France, ils sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père, Anthony (Bastien Bouillon), un homme toxique dont ils ont, enfants, subi l'emprise et les abus sort de prison, Enzo rêve de reconstruire une famille unie. Mais Carla refuse catégoriquement cette idée. Elle veut protéger son frère d'un passé douloureux. Rattrapé par des non-dits, Enzo doit affronter une vérité qu'il a trop longtemps dissimulée.

    Avec ce drame intense, intime, évoquant l'inceste et le poids du silence familial, le réalisateur propose une œuvre choc sur un sujet difficile. Tout en évitant l’écueil du voyeurisme, du manichéisme, de la psychologie, du mélodrame, il montre à travers des scènes bouleversantes, glaçantes, dérangeantes, à quel point les blessures persistent longtemps après les agressions.

    Ce récit impressionnant, exigeant, est porté deux jeunes acteurs remarquables de justesse, qui se hissent naturellement à la hauteur de l’impeccable Bastien Bouillon. Dans le rôle de Carla, la Jurassienne Romane Fringeli est une véritable révélation. Habitée, authentique, elle nous laisse ressentir la colère, la douleur de son personnage abîmé. Quant à l’acteur belge Diego Murgia, déjà apparu sur grand et petit écran, il se glisse magistralement dans la peau d’Enzo, mutique, fort et fragile, poignant dans sa façon de faire remonter progressivement, viscéralement, les traumatismes liés à l’inceste.

    Il a d’ailleurs logiquement décroché  le Valois du meilleur acteur au dernier Festival d’Angoulème, tandis que Julien Gaspar-Oliveri recevait, lui, le Prix de la mise en scène.

    «La frappe», 106 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 7 octobre.

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  • Festival: Everybody's Perfect propose un copieux programme cinéma et célèbre l'esprit cabaret

    Devenu incontournable dans le paysage culturel genevois, Everybody’s Perfect conforte sa réputation grandissante, en s’entourant de plusieurs collaborations artistiques, événementielles, institutionnelles et associatives majeures. La directrice Sylvie Cachin se réjouit d’ailleurs d’un contact surprise initié par de jeunes journalistes souhaitant travailler dans le cadre du festival pour en parler. Un bémol toutefois: le soutien moindre de la Ville. «Officiellement elle a coupé partout, mais nous sommes les premiers à y passer.»

    Pour sa 13 édition qui se déroule du 9 au 18 octobre, le menu cinéma est copieux: 34 longs métrages et 39 courts, venant de 25 pays couvrant les cinq continents. Pour les longs, 24 fictions dont 13 premiers films et 10 documentaires. De tous genres et styles, ils s’articulent autour de différents thèmes, «A Way of Life», «Territoires», «Echos», ou encore «Parcours émancipés». Dans ces œuvres majoritairement inédites en Suisse, on trouve «des sourires malicieux, des échappées belles, des mots spirituels, des effeuillages audacieux», énumère Sylvie Cachin, qui ajoute: «On a choisi un parti, celui d’en rire».

    En ouverture, Strange Journey: The Story Of Rocky Horror, documentaire réalisé par Linus O’Brien, retrace l’histoire extraordinaire de la comédie musicale culte de son père, Richard O’Brien. Le film explore les débuts du spectacle dans l’Angleterre du début des années 1970 jusqu’à son immense succès théâtral à Londres, Los Angeles et New York. Une célébration de la transgression, de la culture queer et de la liberté d’être soi-même.

     En clôture, on découvrira  Stop That Train, de l’Américain Adam Shankman. Une grosse bouffonnerie, avec un célèbre casting de drag queens, qui forment l’équipage d’un train à grande vitesse dont les freins ont lâché…Entre les deux, des perles à ne pas manquer, évoquant la quête identitaire, l’amour sous pressions, l’Intersexuation, le féminisme, la drogue et le sexe, ou encore l’éveil lesbien

    Le cabaret au cœur du festival

    Art aux multiples dimensions et vertus, le cabaret fait aujourd’hui partie intégrante d’Everybody’s Perfect. Et plus encore cette année, où il en explore l’essence subversive, la charge politique et la transgression des codes. Le festival présentera notamment Diamanda Callas, chanteuse parisienne travestie gothique et égotique, pour une performance exceptionnelle avec l’orchestre Geneva Camerata lors de la soirée d'ouverture le 10 octobre. à La Gravière. Il y aura aussi un cabaret politique littéraire et musical d'Emilie Pictet autour de Marlene Dietrich, avec Lady Ricart au piano, suivi du show de Mascare, poète sonore, artiste subversive et DJ, avec la chanteuse Bili Bellegarde et des invités surprises, le 16 octobre au Groove. Le programme recèle encore d’autres spectacles, des séances de dédicaces, des dialogues à trois voix et des fêtes inédites. À l’image de cette soirée de danse country, le 15 octobre au Groove, comme dans les westerns, en ligne et à deux, mais surtout, en version queer!

    Everybody’s Perfect, du 9 au 18 octobre, principalement à la Maison des Arts du Grütli. Programme complet et billetterie sur everybodysperfect.ch

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  • Grand écran: "L'espèce explosive", métaphore déjantée des tensions sociales, de nos pulsions et de nos désirs. Interview de sa réalisatrice Sarah Arnold

    Dans le nord-est de la France, des sangliers prolifèrent et ravagent des terres agricoles, tandis qu’une élite cynégétique entretient volontairement le gibier afin de préserver le prestige de ses chasses privées. Au milieu de cette guerre entre agriculteurs ruinés et riches chasseurs, Brun, un céréalier au bord de la failliteil . Poussé à bout par un notable du coin, il lui tire dessus et disparaît dans la nature.

    Un an plus tard, un gendarme corse est muté dans cette campagne qui lui est totalement étrangère pour reprendre les investigations sur le meurtre, Alors qu’on pourrait penser à un film policier rural classique, sa réalisatrice Sarah Arnold le transforme en une fable burlesque, politique, sur la violence sociale, le désir, mêlant humour noir et invasion de sangliers pour raconter une société sur le point d’exploser.

    L’histoire se déroule dans une région rurale aux paysages rudes, un territoire de contrastes et de débordement, faisant écho au tempérament indomptable du sanglier et à la trajectoire de ses personnages. L’enquête policière sur la disparition de Brun se double ainsi d'une enquête psychanalytique, mettant en scène un duo dysfonctionnel, incarné par le gendarme corse Fulda Orsini (Alexis Manenti), personnage complexe et décalé, anti-héros  en plein burn out amoureux et existentiel- Il est flanqué de Stéphane, la psy de la gendarmerie, un électron libre catapulté dans cet univers tendu et machiste, dont elle bouscule les codes et les habitudes.

    De passage à Genève, la réalisatrice qui est née en Italie, a grandi à Zurich et vit en France, nous raconte la genèse de ce premier long métrage auquel elle pensait depuis longtemps. J’avais plusieurs histoires en tête, mais tout s’est éclairci en 2012 par la lecture d'un article dans Libération, intitulé «Campagnes à feux et à sanglier». Il relatait le conflit entre les agriculteurs et le puissant syndicat des chasseurs locaux, qui favorisent la prolifération des sangliers au détriment des cultures. Mais je me disais, c’est un film de mecs, de clans, en plus un polar, donc du genre plutôt masculin, bref, je n’y arriverai jamais. J’ai donc mis cette histoire de côté».

    Et pourquoi l’avez-vous ressortie ?

    Tout à coup j’ai vu une image de sanglier resurgir, telle une métaphore de nos pulsions, de nos désirs, de ce qui déborde. Pour moi, cette guerre entre chasseurs et agriculteurs illustrait les mécanismes invisibles du pouvoir et le hold up social.

    Vous avez dû vous livrer à pas mal de recherches

    J’ai rencontré des chasseurs très chouettes, qui mangent le gibier qu’ils tuent, sont contre la chasse business ou de loisir pour les accros de la sauvagerie. J’ai aussi fait un stage d’une semaine à la gendarmerie. Là, c’était moins cool. J’avais un peu peur, même si l’inspecteur qui m’a accueillie était sympa. Mais on n’est pas du même coté de la barricade. Il fallait que je tienne ma langue

    Vous nous embarquez dans enquête complètement déjantée

    J’avais envie de travailler sur le ridicule. Faire sérieusement un film qui ne se prend pas au sérieux. Je. ne crois pas à l'héroïsme. J’aime les gens qui galèrent, font de leur mieux. J’aime les humains imparfaits à l'image du gendarme Fulda. Ce sont eux l’espèce explosive, pas les sangliers

    Vous vous êtes nourrie du cinéma d'auteur français et américain, comme Patricia Mazuy, les frères Coen et surtout Hal Harrley, dont vous êtes fan.

    J’adore son sens du dialogue absurde et je me suis en effet inspirée d’un de ses personnages secondaires, un gendarme très perturbé qui vient de se faire larguer Un misogyne de façade comique et grotesque, à la fois  touchant et dégoûtant. J’ai rencontré Alexis Manenti en 2020. C’est un acteur très provocateur, aux origines corses. Un mâle dominant que j’avais envie de transformer.

    Le rôle féminin a-t-il été écrit pour Ella Rumpf ?

    Non. Je l’ai trouvée en dernier. Je connaissais son caractère. J’ai fait de essais avec beaucoup d’actrices mais Ella était une évidence. On se retrouvait dans la politique, le cinéma, le côté suisse. Elle est un peu moi. Mais l’homme et les sangliers aussi

    Vous accordez une très grande importance aux dialogues et à la musique.

    Effectivement. Ce sont de véritables duels verbaux. Je prends mon plaisir dans le film quand les mots claquent. En ce qui concerne la musique, il était important de ne pas faire de la mélodie. J’ai travaillé pendant des mois pour composer une bande originale avec des morceaux de jazz, de rap ,de hip hop. De façon à ne pas pouvoir classer le film.

    L’espèce explosive, 95 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 octobre

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