Il figure en compétition pour la cinquième fois. Président du jury il y a 15 ans, David Cronenberg remettait la Palme d’Or aux frères Dardenne pour Rosetta, mais n’a jamais réussi à en gagner une. Y parviendra-t-il cette année, où il se retrouve en lice en compagnie des deux Belges? Qui sait, Les voies du jury étant impénétrables
Mais une chose sûre. Avec son dernier-né Maps To The Stars, le Canadien a en tout cas provoqué l’enthousiasme des festivaliers et rameuté les critiques à la conférence de presse où il était de plus entouré de Julianne Moore, Mia Wasikowska, Robert Pattinson (photo) et John Cusack.
Sur un scénario de Bruce Wagner, David Cronenberg décrit avec férocité et humour les dessous de l’industrie hollywoodienne, à travers l’histoire d’une famille composée de Benjie, déjà star à 13 ans, de sa mère ambitieuse qui lui sert de coach, et de son père auteur à succès. Celui-ci soigne, au moyen d’une thérapie pour le moins saugrenue, Havana Segrand (Julianne Moore), une actrice névrosée (belle performance) qui rêve de jouer dans le remake du film qui a fait de sa mère une star. Elle est terrorisée à l’idée d’être rejetée.
Débarque alors Agatha (Mia Wasikowska), une jeune fille défigurée et très perturbée qui devient son assistante et tombe amoureuse de Jerome Fontana (Robert Pattinson), un séduisant chauffeur de limousine, scénariste et aspirant à la notoriété. Bientôt les pulsions se déchaînent et les cadavres sortent des placards, tandis que plane une odeur de sang.
Visionnaire inspiré, fasciné tout au long de sa carrière par la monstruosité, le double, les phobies de la société, le réalisateur s’est à l’évidence amusé à réaliser ce projet conçu comme une nouvelle exploration de l’être humain, mettant l’accent sur ses doutes et son arrogance. Il nous emmène dans un opus à la fois cynique, grinçant, tordu, vénéneux, horrifique. Et comique.
Le cinéaste l’a relevé lui-même lors de la conférence de presse, il s’agit d’une comédie, à l’image de ses autres longs-métrages. "Je pense qu’ils sont tous drôles". Par ailleurs, il a tenu à préciser que Maps To The Stars ne concerne pas seulement l’industrie du film, mais tous les lieux où les gens sont obsédés par la célébrité et la cupidité. "L’intrigue pourrait aussi bien se passer à Wall Street ou dans la Sillicone Valley. N’y voir qu’une critique de Hollywood serait réducteur".
Interrogé sur la raison pour laquelle ses acteurs font souvent l’amour dans une voiture, Cronenberg explique que toute une génération d’Américains ont été conçus sur la banquette arrière. "Cela fait partie de la révolution sexuelle Il n’y a rien de nouveau là-dedans".
Jolie touche d’humour avec la réponse embarrassée de Robert Pattinson sur le sujet. Comme il a basculé Juliette Binoche (Cosmopolis) et cette fois Julianne Moore sur les coussins d’une limousine, on lui a demandé quelle était la meilleure "passagère". Galant, le comédien les a mises à égalité. Avec quand même apparemment une petite préférence pour la seconde. "Julianne était sublime. J’ai beaucoup transpiré…"
Le film sort mercredi 21mai dans les salles de Suisse romande.
On en a heureusement terminé, du moins on l’espère, avec Welcome To New York d’Abel Ferrara, largement inspiré de l’affaire DSK, survenue le 14 mai 2011 et qui avait parasité le festival pendant des jours. Rebelote dans le genre sur la Croisette après un suspense de plusieurs mois entretenu par l’auteur, le producteur Vincent Maraval et Gérard Depardieu.
aurent de Bertrand Bonello, sorti quelques mois après celui de Jalil Lespert, tient ses promesses. Mais comparaison n'est pas raison d'autant qu'une constatation s'impose: si celui de Lespert était un film d’acteurs (les excellents Pierre Niney et Guillaume Galienne), celui de Bonello est un film de réalisateur à la mise en scène sophistiquée faite de contrastes, d’allers et retours dans le temps, de montage en split-screen.
On pense alors se diriger droit vers le biopic avec fllash back à l'appui. Sauf que ce n’est pas du tout cela. Il ne s'agit pas non plus à proprement parler d'un processus de création même si on voit relativement fréquemment Saint Laurent dessiner. Parfois fiévreusement. Il est également, outre quelques défilés spectaculaires, assez peu question de mode. En fait, qui ne connaît pas le grand couturier, n’en saura pas vraiment davantage au bout de 2h30. Une longueur qui se fait parfois un peu sentir.