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le blog d'Edmée - Page 17

  • Grand écran: "Le mystérieux regard du flamant rose", un western trans dans le désert chilien

    Début des années 80, dans un désert caillouteux au nord du Chili. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille queer exubérante, qui a trouvé refuge dans une sorte de saloon aux abords d’un village isolé de mineurs de cuivre. C’est la cantina de Mama Boa qui sert de cabaret et d’abri à un groupe de femmes trans et de travestis. Elles portent toutes des noms d’animaux, Boa, Piraña, Leona, tandis que la «mère» de Lidia, un des personnages principaux, emprunte celui de Flamenco (Flamant rose).

    Quand une mystérieuse maladie fatale, appelée à l’époque le «cancer gay », commence à se répandre, une rumeur affirme qu’elle se transmet par un simple regard entre deux hommes. C’est le coup de foudre et ils tombent malades. Avec son lot de morts, la communauté devient rapidement la cible des peurs, de l’ignorance et des fantasmes collectifs. Discriminée, rejetée, menacée mais résiliente, elle fait front. Pétillante, flamboyante, refusant l’inéluctable, elle organise dans la cabane des spectacles burlesques, humoristiques, et des concours de Miss à grand renfort de paillettes.

    Une quête vengeresse 

    Pour son premier film plein de tendresse et d’humour, qui rappelle les ravages du sida en l’absence de traitements médicaux, le réalisateur chilien de 31 ans, Diego Céspedes, emprunte les codes du western. Les «maricas» de la cantina ne craignent pas la bagarre pour protéger la petite Lidia. Elle-même n’a pas froid aux yeux, se lançant pistolet au poing dans une quête vengeresse face à la haine de l’altérité, lorsque Flamenco meurt prématurément, victime de la violence masculine. Un long métrage original et inventif où les interprètes, dont certains sont de véritables travestis, revendiquent leur identité dans la provocation assumée d’une féminité parfois outrancière. .

     Diégo Céspedes, marqué dans son enfance par la mort de nombreux homosexuels, mais dont le coming out a influencé la vision artistique, a notamment déclaré sur Arte vouloir se réapproprier les légendes de son pays, sans en omettre la dimension politique. «J’aborde ainsi la question de l’homophobie et de la transphobie au Chili, à travers une satire de la gestion de la pandémie du VIH dans les années 80. Raconté du point de vue d’une fillette, mon film explore les relations amoureuses homosexuelles à travers un mythe, inventé par toute une population aveuglée par la peur et la méconnaissance de ce virus. Une démarche qui, l’espère-t-il, «doit rendre leur humanité aux victimes, noyées dans l’anonymat que la société de l’époque leur a imposé».

    Ovationné lors du Festival de Cannes en mai dernier, ce drame belgo-franco-germano-hispano-chilien a remporté le Prix de la section Un certain regard.   

     A l’affiche le mercredi 18 février, notamment aux Cinémas du Grütli à Genève et au Cinématographe à Lausanne.

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  • Grand écran: "Hurlevent", une énième adaptation en forme de romance sado-maso. Avec Margot Robbie et Jacob Elordi

    Sur la lande du Yorkshire balayée par le vent, naît l’histoire d’amour impossible entre Catherine Earnshaw et Heathcliff, deux âmes tourmentées liées par une passion aussi absolue que destructrice. Wuthering Heights, un conte gothique, tragique, fait de désirs inavouables, de vengeance, de violence, de désespoir et de folie, imaginé par Emily Brontë. Jeune femme farouche et solitaire, elle est morte de la tuberculose à 30 ans, quelques mois après la publication, en 1847, de son unique roman sous le pseudonyme masculin d'Ellis Bell, pour éviter les préjugés victoriens sexistes. Sans se douter de son extraordinaire destin.    

    Sulfureux, ce chef-d’œuvre a inspiré la cinéaste Emerald Fennell, auteure de Promising Young Woman (2020) et de Saltburn (2023). Cette nouvelle adaptation, intitulée Hurlevent, portée par Margot Robbie et Jacob Elordi. est précédée de beaucoup d’autres. De celles de Williiam Wyler(1939) à Andrea Arnold (2011), en passant par Luis Bunuel (1954) ou Jacques Rivette (1985), sans oublier deux versions britanniques muettes de 1918 et 1920, ainsi que des téléfilms et des séries, chacune interprète à sa façon l'amour absolu, sauvage, entre Catherine Earnshaw et Heathcliff. Cet orphelin maltraité qui s'est mué en être diabolique.

    On oublie le roman

    Emerald Fennell devait donc trouver sa propre approche. Mais disons-le tout de suite, il faut oublier le roman qui a marqué la littérature et scandalisé la société rigide de l’époque par sa noirceur et sa modernité. Il n’en reste qu’une vague trame. Une adolescente et un petit gitan adopté inséparables qui, devenus adultes, se livrent à des jeux sexuels et défient les conventions sociales. Et puis Catherine épouse le riche Edgar Linton pour assurer son avenir financier, tandis que Heathcliff méprisé par la famille, humilié, meurtri, s’enfuit théâtralement sous un soleil rougeoyant. Pour revenir des années plus tard, riche et ivre de vengeance.    

    On cherche en vain l’intensité, la cruauté. la force transgressive du roman dans Hurlevent. Emerald Fennell a opté pour une relecture dite moderne en proposant une romance sado-maso kitsch, esthétisante à l'excès, frisant parfois le ridicule, entre une Margot Robbie à la plastique certes impeccable mais trop âgée pour le rôle, et un Jacob Elordi (descendant d’esclaves dans le livre), bien musclé, plutôt sexy, toutefois jugé trop blanc. De là à dire que cette énième version, même visible pour certains, est oubliable, il n’y a qu’un pas…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 11 février.

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  • Grand écran: "A bras le corps" ou la rébellion silencieuse d'une jeune fille déterminée à gagner sa liberté

    Tableau grave, sombre, implacable d’une Suisse à la neutralité muette en temps de guerre, opposée au combat déterminé d’une frêle adolescente de 15 ans, incarnée par l’excellente Lila Gueneau, pour son autodétermination face à la redoutable hypocrisie ambiante.

    Nous sommes en 1943. Evoquant indirectement le deuxième conflit mondial, la réalisatrice neuchâteloise Marie-Elsa Sgualdo dresse en effet, dans A bras le corps, un parallèle passionnant entre la complicité, le conformisme d’un pays et ceux des habitants d’un village frontalier du Jura villageois à l’égard de cette très jeune jeune femme de ménage, violée par un ami bourgeois de la famille pour qui elle travaille. Tout comme elle a conduit des campagnards suisses à renvoyer des réfugiés juifs aux nazis, la culture de l’acceptation tranquille veut pousser Emma à vivre dans le silence et l’injustice.

    Traumatisée par l'abus subi et découvrant qu’elle est enceinte, l’adolescente fait d’abord comme de rien n’était. Ensuite, à contrecœur, elle se tourne vers son entourage. Qui lui conseille de se plier à la situation. D’accepter ce qui s’est passé, de devenir mère, d'épouser son violeur (qui la rejette), d'opter pour un homme du coin qui prendra soin d’elle et de son bébé. En clair, le mieux c’est de ne pas  faire de vagues. Mais Emma, animée d’une force insoupçonnée, va défier cette communauté rurale protestante, rétrograde, contraignante voire répressive, pour trouver sa place et cheminer courageusement vers son indépendance et la joie de vivre. Même si la vie reste rude.  

    Une réussite que ce premier long métrage résolument féministe au titre anglais plus adéquat à notre avis de Silent Rebellion, qui bouleverse sans jamais tomber dans le mélodrame ou le pathos. Il a récolté sept nominations pour le Prix du cinéma suisse, à l’image de Bagger Drama, du réalisateur bernois Piet Baumgartner. La cérémonie aura lieu le 27 mars à Zurich.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 février.

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