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Sorties de la Semaine - Page 287

  • Cinéma: Fernand Melgar s'immerge chez les SDF dans "L'Abri". Fort et dérangeant

    topelement[1] (2).jpgAprès La Forteresse et Vol Spécial, le cinéaste vaudois Fernand Melgar "la mauvaise conscience de la Suisse", nous plonge au cœur de L’Abri, un centre d’hébergement d’urgence pour SDF à Lausanne.

    Il boucle ainsi en principe sa trilogie sur la migration. Le premier parle d’arrivée en Suisse, le second évoque la fin du voyage. Le troisième est une sorte de no man’s land, un entre-deux entre l’arrivée et le départ.

    Avec ce volet qui peut en appeler un quatrième ("ce sont les films qui me choisissent"), Fernand Melgar et Elise Schubs, sa preneuse de son, nous emmènent dans un souterrain jusqu’à la porte du centre. C’est l’hiver, le froid mord, il neige. Chaque soir se déroule le même rituel d'entrée dramatique, qui provoque des bousculades parfois violentes.  

    Trois veilleurs ont la terrible tâche de trier les démunis, laissant pénétrer d’abord les personnes âgées, les handicapés, les femmes et les enfants, puis les hommes. Alors que la capacité est de 100 places, seuls 50 seront admis et auront droit à un repas et à un lit. Pour les autres, la nuit sera dure. 

    Dans L'Abri, on trouve en majorité des citoyens de l’Est et du Sud de l’Europe. Ce ne sont pas des clandestins, ils ont des papiers, des passeports et fuient la crise. Ce sont des migrants économiques, des working poors avec enfants à charge touchant des salaires de misère, des êtres humains qui cherchent désespérément à s’en sortir".

    melgar39412[1].jpgLa technique de Melgar, c’est l’immersion totale. Pendant six mois, lui et Elise Schubs ont vécu au milieu des sans-logis, attendant avec eux à l’extérieuret pénétrant aussi à l’intérieur du centre. Le reproche qu’on peut adresser au réalisateur revendiquant un cinéma de "l’intranquillité", c’est de ne pas porter de jugement.

    En même temps, il ne faut pas être grand clerc pour voir où vont ses sympathies dans ce documentaire fort, dérangeant, bouleversant racontant ce lieu où les barrières représentent la loi et l’autorité et qui a posé d’énormes problèmes moraux à son auteur. Il tente de faire réfléchir les gens et les questionne après le vote du 9 février qui a conduit à la fermeture des portes.

    "Pour moi le fondement de la société moderne c’est le respect des droits humains. Or c’est le contraire dans ce film. Aujourd’hui on glisse vers l’exclusion. Alors j’ouvre des fenêtres". (Voir l’entier du texte dans la note du 10/8/2014)

     

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 septembre.

     

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  • Cinéma: "Class Ennemy", métaphore grinçante de la société slovène

    imagesCABK7C3G.jpgInspiré d’une histoire marquante vécue par le réalisateur de 29 ans Rok Bicek, Class Ennemy raconte le conflit opposant un nouveau professeur d’allemand et ses élèves. Ces dernier rejettent son autorité, la discipline stricte qu’il instaure, sa façon dure d’appréhender la vie et la mort, de les mettre avec une rare froideur face à leurs responsabilités.

    Les rapports se font de plus en plus tendus, jusqu’au suicide d’une jeune fille timide et manifestement mal dans sa peau. L’enseignant est accusé de l’avoir causé par son attitude et la classe entre en rébellion.

    Plaçant sa caméra à hauteur des élèves pour mieux impliquer le spectateur dans le drame qui se joue, le cinéaste se livre à une étude quasi clinique des effets psychologiques engendrés par la crise ambiante, relevant les comportements et les réactions des différents protagonistes. Tout en évitant de juger ou de prendre position pour l’une partie.

    Réaliste et grinçant, reflétant la vie où rien n’est noir ou blanc, où le bien et le mal sont toujours liés, le propos de Class Ennemy va à l’évidence au-delà du microcosme représenté par l’école et des ados tourmentés. Métaphorique, il s’adresse à l’ensemble d’une société slovène restant très divisée politiquement et où, par ailleurs, le taux de suicide figure tristement dans le top 3 mondial selon Rok Bicek.

    Poussant à la réflexion, l’opus est en plus interprété par un mélange harmonieux d’acteurs professionnels, dont Igor Samobor parfait en prof d’allemand honni, et des amateurs recrutés dans le milieu scolaire. A ne pas manquer.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 septembre.

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  • Cinéma: "Les combattants", avec la lumineuse Adèle Haenel

    imagesCAFXE5VQ.jpgDécidée à s’engager, Madeleine fantasme sur l’univers militaire. Mais déçue, en rejette toutes les valeurs. Intéressant, sauf que ses rêveries guerrières très éloignées de la réalité ne sont pas le sujet.

    On découvre rapidement que le camp et les combats sur la plage sur la plage sont prétextes à tout autre chose dans le premier long-métrage du Français Thomas Cailley, qui avait fait un tabac critique lors du dernier Festival de Cannes.

    En dépit du titre, Les Combattants, l’armée ne sert en effet que de toile de fond à une histoire d‘amour singulière entre Madeleine et Arnaud apparu dans le tableau. A priori tout sépare cette belle fille imprévisible à prendre avec des pincettes, au visage fermé, tendue, cassante, méfiante, violente à l’occasion, et ce gentil garçon tranquille, délicat, discret, observateur, à l’écoute.

    S’attendant obsessionnellement au pire, elle s’impose de lourdes contraintes physiques en développant des techniques de self défense et d’adaptation en milieu hostile, sinon pré-apocalyptique, tandis que lui travaille simplement dans l’entreprise de bois familiale. Mais il trouve toujours des solutions quand ça va mal.

    Après un premier contact musclé, maladroit et conflictuel, Arnaud aimanté par cette boule d’énergie ne pourra s’empêcher de la suivre, alors qu’elle ne lui demande rien. A priori du moins… Constamment en action, déterminés à lutter et à avancer mais ne trouvant pas leur place, tous deux vont s’inventer un monde pour survivre et affronter une société en crise dans lequel ils refusent de se laisser piéger.

    Rien de lourd pourtant dans ce scénario. Habile, le créatif réalisateur sait éviter la pesanteur, tricotant avec intelligence, humour et émotion un teen movie mêlant aventure, parcours initiatique, romance, drame, comédie, film catastrophe. Une vraie réussite à laquelle participe largement un excellent duo d’acteurs. Après L'Apollonide, Suzanne, l’homme qu’on aimait trop, la lumineuse Adèle Haenel explose à nouveau à l’écran, confirmant que sa présence est désormais un label de qualité pour un film. Moins éclatant, plus réservé mais en pleine évolution, Kévin Azaïs se montre à la hauteur.

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 3 septembre.  


     

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