Après La Favorite de Yorgos Lanthimos, justement récompensé aux Oscars par le prix d’interprétation décerné à la remarquable Olivia Colman, on reste deux siècles plus tôt, à la cour, entre femmes, et dans la course au pouvoir avec Marie, reine d’Ecosse.
Son destin chaotique, exceptionnel et tragique n’a cessé de fasciner romanciers et cinéastes, notamment le SuisseThomas Imbach qui a adapté le roman de Stefan Zweig, Couronnée à neuf mois, mariée à 16 ans au roi de France, veuve sans descendance à 18 ans et exécutée à 44 ans, le 8 février 1587 après 19 ans de captivité, elle a cette fois inspiré la Britannique Josie Rourke venue du théâtre, pour son premier passage derrière la caméra.
Le film ouvre et se termine par la décapitation de la charismatique souveraine, provocante jusqu’au bout dans une robe rouge sang, mais l’histoire commence en 1561. Marie Stuart (Saoirse Ronan diaphane) rentre en Ecosse pour réclamer son trône après 12 ans passés en France et entretient une correspondance avec Elizabeth, reine d’Angleterre (Margot Robbie, qui a accepté de s’enlaidir) pour maintenir de bonnes relations. Mais les ambitions de Marie, qui lorgne la couronne de sa puissante cousine, lui seront fatales.
Rivales en politique et en amour
Sur fond de bagarres entre protestants et catholiques, entre Anglais et Ecossais, Josie Rourke propose un film historique féministe ambitieux où ses deux héroïnes, sœurs ennemies, rivales en politique et en amour, se déchirant autour d’un royaume, entretiennent une relation complexe.
Parfaitement incarnées par les deux comédiennes, elles se livrent un duel au sommet à distance, convergeant vers un unique et long face à face dans une blanchisserie, tout en affrontant trahisons, manipulations et complots masculins destinés à leur montrer où est véritablement leur place.
Sa mise en scène est assez conventionnelle, mais Josie Rourke, très tendance, décrit ainsi la difficulté d’être une femme, reine de surcroît, dans une société réglée par et pour les hommes. Du coup ils se révèlent tous aussi fourbes que lâches sous le regard manichéen de la réalisatrice qui a par ailleurs tendance à béatifier une Marie Stuart, devenue la grande victime d’une vaste conspiration.
A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 février.
Bien qu’il ne révèle rien que l’on ne sache déjà, tout ayant déjà été publié, Grâce à Dieu de François Ozon sur le scandale de pédophilie dans l’Eglise lyonnaise, se trouvait sous la menace de deux assignations. Mais lundi, la justice a donné son feu vert à la sortie du film mercredi en salles, nonobstant la demande de report du prêtre Preynat, accusé d’agressions sexuelles sur des enfants, mais pas encore jugé.
Auteur important, prolifique, éclectique (L’amant double, Frantz, Jeune et jolie, Une nouvelle amie, Potiche, Sous le sable, Huit femmes, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, Le temps qui reste…), il signe un film fort, politique, engagé. C’est l’un de ses meilleurs, sinon le meilleur. Il a décroché le Grand prix du jury à la Berlinale.
Le point de vue des victimes
Un drame en trois actes
Film franco-germano-turc signé Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, notamment centré sur l'exclusion, Sibel suit une femme de 25 ans. Cette sauvageonne habite avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes qui dominent la Mer noire en Turquie. Muette, elle s’exprime dans l’ancestral langage sifflé de la région, moyen de communication de vallée en vallée, retranscrivant à travers les sons toutes les syllabes de la langue turque.