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Sorties de la Semaine - Page 357

  • Sortie cinéma: "The Artist Is Present", époustouflante performance

    20320370.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDeux simples chaises face à face au milieu d’une vaste pièce. Sur l’une une femme, immobile, silencieuse, sur l’autre une personne du public en relayant une autre, puis une autre et encore une autre se regardent sans parler. Au début aussi longtemps qu'elles le souhaitent. Ou le supportent. Plus brièvement ensuite, en raison de l'allongement des files et du nombre des candidats...

    Drôle d'idée, pas très affriolante a priori. Et pourtant, 750.000 visiteurs se sont rués au MoMA de mars à fin mai 2010, pour participer à l’incroyable performance imaginée par la reine du genre, Marina Abramovic (photo). C’était le sujet principal de la rétrospective, occupoant plusieurs étages, qui lui était consacrée par le célèbre musée newyorkais. 

    Certains ont attendu toute la nuit, d’autres plus de dix heures. Se précipitant dès l’ouverture des portes, pour dénicher un ticket, précieux sésame qui leur permettrait d’occuper la chaise vide tant convoitée et d’engager un échange muet, les yeux dans les yeux, avec l’artiste. 

    Trois mois, six jours par semaine, sept heures et demie par jour

    Inimaginable en sachant que la majorité des gens passent rarement plus de 30 secondes devant un tableau, aussi célèbre soit-il. Plus incroyable l’exploit physique et mental de l’artiste, 63 ans alors, vêtue d’une très longue robe rouge sang ou blanche comme neige, restée assise sous le feu des projecteurs et de la foule sans boire, manger, ou bouger pendant trois mois, six jours par semaine, sept heures et demie par jour.

    L’oeuvre et l’artiste, 63 ans alors, figurent au centre de The Artist Is Present, un premier film signé Matthew Akers. Après s’être documenté pendant dix mois sur les moindres faits et gestes de l'existence de Marina Abramovic, il dresse un portrait intimiste et inédit. L'accompagnant avant, pendant et après la rétrospective, s’appuyant sur des entretiens avec elle, ses collaborateurs, ses amis et ses fans, il nous laisse découvrir une icône glamour venue de Belgrade.

    Provocante, séduisante, produisant un travail hors norme depuis quarante ans, elle est connue pour utiliser sans limite son propre corps comme moyen d’expression et se livrer à des mises en scène audacieuses, voire choquantes, où domine la nudité. Très controversée, qualifiée d’alternative, elle rejette cette étiquette et veut que la performance soit une véritable forme artistique.

    Extraordinaire, sinon concluante, celle menée au MoMA s’est pour le moins révélée surprenante en regard de l'étonnant nivellement social qu’elle a provoqué, mêlant des gens de tous genres, de tous âges, de tous milieux et de toutes origines.

    Radical, hynotique, dérangeant, ce "dialogue direct des énergies" a par ailleurs déclenché des émotions rares chez beaucoup des vis-à-vis de Marina Abramovic, allant du sourire lumineux aux larmes, tout en passant par d'autres manifestations de sldération, de souffrance, de bonheur, de plaisir, d’apaisement. Montrant par là que le public était partie intégrante de l’accomplissement d'une oeuvre qui ne se distingue pas de sa vie.  

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès le 28 novembre.

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  • Sortie cinéma: "Au-delà des collines" laisse entrer le diable au couvent...

    28c669c4-3303-11e2-8b8c-bebc0bbc3090-493x328[1].jpgEn 2007 Cristian Mungiu décrochait la Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. En mai dernier, il revenait sur la Croisette avec Au-delà des collines pour nous plonger, pendant 2h30, dans le rude quotidien d’un couvent orthodoxe. Séduisant à nouveau le jury, il  remportait le prix du scénario, tandis que ses deux héroïnes principales, Cosmina Stratan (à droite sur la photo) et Cristina Flutur étaient sacrées meilleures actrices.
     
    Alina, une jeune Roumaine de 25 ans, vient voir Voichita, son amie d'enfance avec qui elle a eu une petite relation amoureuse à l'orphelinat. Elle la supplie de rentrer avec elle en Allemagne. Mais la vie de Voichita a bifurqué sous l’influence d’un pope hirsute, ultra rigoriste, aux méthodes d’un autre âge. Depuis leur séparation, c’est à Dieu qu’elle s’est donnée. Un rival de taille. Alina décide quand même de rester un peu, dans  l’espoir de convaincre son amie de changer d’avis. En vain. 

    Entre prières et corvées domestiques, la jeune femme a du mal à se plier aux règles dans ce monde clos, silencieux, sans électricité, perdu dans un paysage hivernal, désolé, désert.

    De plus en plus minée par le désespoir, la frustration et la rage, Alina profane le mausolée, jette l’icone par terre, critique violemment le rituel. Des comportements violents qui laissent penser au prêtre qu’elle est possédée par le diable. Il s’agit dès lors de protéger la communauté. Sous le regard impuissant d’une Alina désemparée et la complicité servile des autres membres, l’intruse est séquestrée, bâillonnée, attachée à une croix…

    L’histoire, brutale, se base sur des faits authentiques qui s’étaient déroulés en Moldavie en 2005 et où une jeune nonne schizophrène fut retrouvée morte suite à un exorcisme. Cristian Mungiu dépasse ce fait divers tragique pour parler de la pratique de la religion, d’amour, de libre arbitre, et de tous ces éléments qui déterminent notre destin, comme l’endroit où l’on est né, le milieu où on évolue, l’éducation qu’on a reçue.

    Avec ce film magnifiquement porté par Cosmina Stratan et Cristina Fultur, le cinéaste roumain livre une œuvre dense, originale, sous tension, à la mise en scène à la fois simple, sobre et puissante.

    Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 28 novembre.

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  • Sortie cinéma: "War Witch" se penche sur les enfants soldats

    AFP_120218_u15qv_nguyen-mwanza-rebelle_sn635[1].jpgParticulièrement éclectique, le cinéma québécois continue à se bien porter et à surprendre. Après des films aussi différents que Monsieur Lazhar ou Laurence Anyways, War Witch s'intéresse aux enfants soldats. Jeune Africaine de 14 ans, Komona raconte sa vie à l’enfant, produit d’un viol, qu’elle porte depuis son enlèvement par une armée rebelle qui l’a obligée à faire la guerre. Le seul qui l’aide, la protège et l’écoute est le Magicien, un albinos de 15 ans qui veut l’épouser. Bravant leurs redoutables chefs, Komona et lui s’évadent pour essayer de vivre leur passion.

    Film sur la résilience, la rédemption et la quête de la lumière, War Witch ou Rebelle illustre jusqu’à l’horreur la terrible existence des enfants soldats. Au départ, le premier réflexe du réalisateur Kim Nguyen fut d'ailleurs de dénoncer cette situation. Mais tout en se nourrissant de faits réels, le jeune cinéaste québécois s’en est détaché pour proposer une histoire d’amour entre deux jeunes gens pris dans un monde de violence.

    Mais cette fable humaniste, mélange également de lyrisme, de poésie et d'apparition de fantômes, ne se veut jamais misérabiliste. Elle montre une adolescente qui, à l’image de ses petits camarades, manifeste une incroyable force et ne cesse de vouloir s’en sortir.

    Lors d'un récent passage à Genève, Kim Nguyen a évoqué son quatrième long-métrage, qui va représenter le Canada à la prochaine cérémonie des Oscars.

    Vous le portez en vous depuis une dizaine d’années. Pourquoi une si longue gestation?

    Pour plusieurs raisons, la plus simple étant qu’écrire prend du temps! Mais revenons à la base où il y a de vrais témoignages et  surtout l’histoire de ce gamin de neuf ans, en Birmanie, qui s’est réveillé un beau matin en déclarant qu’il était la réincarnation de Dieu. Suivez mes enseignements, disait-il aux soldats et vous ne mourrez pas.

    Et que leur est-il arrivé?

    Rien, ainsi qu'il l’avait affirmé. Pendant six semaines. J’ai alors fait des recherches sur les enfants soldats et décidé de situer le récit en Afrique subsaharienne. En plaçant au centre une adolescente, Komona, dont j'ai adopté le point de vue. Il s'agit d'une non-professionnelle, à l'image des autres  protagonistes, ce qui pour moi est un avantage. Ils évitent l’autoanalyse…

    Le rôle de Komona est joué par Rachel Mwanza (photo avec son réalisateur), qui a décroché l’Ours d’argent de l’interprétation à la dernière Berlinale. C’est une actrice née. Comment l’avez-vous trouvée?

    Dans la rue à Kinshasa. Pour les besoins d’un documentaire, un millier d’enfants avaient été auditionnés et quelques-uns sélectionnés, dont Rachel. Elle avait 13 ans et habitait chez un caïd qui la contraignait à voler. Du coup elle est devenue une grande bagarreuse. Et comme vous dites une actrice née. Elle a un talent fou, un naturel incroyable, n’a pas peur de la caméra. Elle est aussi d’une rare nonchalence. Elle ne se prépare pas. C’est une instinctive. Elle a transcendé le scénario.

    Vous avez choisi de tourner au Congo, où vous avez passé plus de quatre mois. Un sacré défi.

    Il est vrai que Kinshasa est une des villes les plus dangereuses du monde et nous avons souvent eu très peur. Mais ce n’était pas pour jouer les kamikazes.  Cela m’a permis de remettre nos problèmes occidentaux en perspective et de réaliser à quel point nous dépendons des ressources du tiers-monde. En l’occurrence du coltan, dont 80% proviennent du Congo. C'est un métal rare qu’exploitent les compagnies minières et qui entre dans la fabrication de nos portables. Nous sommes donc en partie responsables des conflits dans la région.

    Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 21 novembre.

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