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Sorties de la Semaine - Page 358

  • Sortie cinéma: "Thérèse Desqueroux", le dernier défi de Claude Miller

    20183107.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgSpécialiste de l’adaptation littéraire, Claude Miller, mort le 5 avril dernier, avait décidé pour son dernier film de porter à l'écran Thérèse Desqueroux, le chef d’œuvre de François Mauriac. Publié en 1927, le roman avait déjà tenté Georges Franju et avait valu à Emmanuelle Riva le prix d’interprétation à la Mostra de Venise en 1962.

    Un double défi à relever pour Claude Miller, qui a fait appel à Audrey Tautou pour incarner la fascinante Thérèse. Personne ne remplacera Emmanuelle Riva, mais le choix se révèle plutôt judicieux, la comédienne se montrant convaincante dans le rôle de cette avant-gardiste de l'époque à l'allure un peu austère, de cette intello qui a lu quelques livres, élevée par un père radical, exaltée mais froide, mère indifférente, pleine d‘idées folles mais décidée à les refouler et croyant vraiment que le mariage allait la rendre heureuse. 

    Avide de liberté, elle ne tarde pourtant pas à étouffer sous le poids des conventions bourgeoises dans l’environnement de ces Landes où on arrange les mariages pour unir les terres et allier les familles. Elle tente, sans le haïr vraiment, d’empoisonner son mari Bernard à l’arsenic. Pour éviter l’éclatement du scandale et alors que tous la savent coupable, Bernard, de connivence avec son beau-père et l'avocat, la disculpe devant le tribunal qui prononce un non-lieu.

    Le roman commence tandis que le procès se termine. Puis, le narrateur opère un retour en arrière pour évoquer le parcours de Thérèse, suggérant ce qui l’a poussée à cette tentative de meurtre. La jeune femme se rappelle alors son adolescence joyeuse avec la jeune Anne, le mariage avec  son demi-frère, sa déception sentimentale en se voyant réduite à la maternité, sa cruelle intervention pour détruire l’amour qu’Anne voue à un bel étudiant juif bordelais en vacances, la naissance de sa fille…
     
    Et surtout le jour où elle surprend son mari, stressé par un gros incendie menaçant leur maison, à avaler deux fois la dose d’un médicament à base d’arsenic. Ces doses qu’elle augmentera chaque jour, jusqu’au moment où le médecin découvre une ordonnance falsifiée et porte plainte.…
     
    Hostile au flash back, Claude Miller a lui complètement renversé la structure, estimant que l’histoire était parfaitement racontable d’une façon linéaire. Qu’elle en prenait même de la force et permettait de se sentir plus proche de Thérèse. Il a pris d’autres libertés avec le livre, à commencer par le personnage de Bernard, qu’il rend moins brutal, moins rustre, moins dur, moins moche.

    Alors que le rôle était tenu par Philippe Noiret il y a cinquante ans, c’est Gilles Lellouche qui s’y colle. Il surprend par une bonne interprétation, presque à contre-emploi, de ce mari hypocondriaque, attaché aux valeurs familiales, qui dans le fond semble aimer sa femme et préfèrera le faux-témoignage à la souillure de son nom.

    Ce remake de Thérèse Desqueroux, d’une facture très académique, n’est pas le meilleur de Claude Miller. Mais tout acquis à Thérèse, il porte un éclairage et un regard intéressants sur la condition féminine dans les années 20. Donnant aussi très envie de (re)lire le roman de Mauriac et de (re)voir l’adaptation de Franju.

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès le mercredi 21 novembre.

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  • Sortie cinéma: Gad Elmaleh, requin de la finance dans "Le Capital" de Costa-Gavras

    20283496.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDocumentaires et fictions se multiplient depuis le début de la crise sur l’univers impitoyable de la finance. Toujours prompt à mettre le doigt là où ça fait mal, à s’enflammer contre les dérives  de la dictature grecque (Z), du communisme (L’aveu) ou  de  l’Eglise (Amen), Gosta-Gavras le rebelle ne pouvait laisser passer l’occasion de  nous livrer à son tour son brûlot contre les excès désastreux du capitalisme sauvage. Un sujet qu’il avait d’ailleurs déjà abordé dans Le couperet.

    Adaptant le roman éponyme de Stéphane Osmont, le réalisateur évoque ainsi,dans Le Capital, l’ascension de Marc Tourneuil, un valet de banque aux dents longues, prêt à tout pour grimper  les échelons quatre à quatre. Il n’en aura pas franchement besoin, puisqu’il est soudainement propulsé au sommet d’un des plus grands établissements européens par son patron tombé gravement malade. Du coup, évoluant dans une nasse aux forts relents mafieux, il devient la cible privilégiée des autres requins avides de se débarrasser de lui au plus vite.  

    Pour le rôle de cette petite ordure uniquement motivée par le pouvoir et la jouissance que lui procurent l’argent, mais curieusement censée forcer la sympathie, Costa-Gavras a choisi Gad Elmaleh, acteur comique à contre-emploi donc, que tout le monde ou presque s’accorde à trouver excellent, sinon carrément génial. Ce n’est pas vraiment le cas dans la mesure où, se muant en espion façon James Bond dans les réunions des pontes, il paraît souvent à côté de son sujet. Et il ne lui suffit pas non plus de prendre un air sérieux pour se montrer convaincant.

    Comme les femmes, pièces rapportées dont l’auteur offre une vision outrancièrement caricaturale. A l’image de Natacha Régnier en improbable épouse sujette à une vague culpabilité face aux licenciements massifs opérés par son homme, ou de Liya Kebede, top model style pute de luxe marchant à la coke, et extorquant de substantiels cadeaux aux hommes qu’elle excite pour mieux se refuser à eux.  

    Par ailleurs, outre le fait qu’on peine un peu à se passionner pour l’aspect assez ennuyeux du milieu bancaire et le traitement compliqué de ce Wall Street à la française, Costa-Gavras rechigne à se décider entre la satire féroce, le thriller financier faussement vitriolé et la grosse farce. Pour preuve cette scène de fin où Gad Elmaleh s’écrie: "Je suis votre Robin des Bois moderne. Continuons à prendre aux pauvres pour donner aux riches!"

    Formidable de clairvoyance et de cynisme ce Tourneuil! D’autant que les actionnaires s’esclaffent, pleinement conscients du mal qu’ils font, croit-on. Mais non. Il s’agit d’une simple saillie, un bon mot pour amuser une brochette de vilains méchants, banalement ramenés à une bande de potaches turbulents et joueurs. Dommage. Même s'il se prend pour l'un d'eux en l'occurrence, le cinéaste nous a habitués à mieux.

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 14 novembre.

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  • Sortie cinéma: Avec "Après Mai", Olivier Assayas revisite les années 70

    200full-[1].jpgL’un des bons films de la semaine, Après Mai revient avec un peu de nostalgie et de mélancolie sur l’effervescence politique,  le bouillonnement des idées d’il y a quarante ans. Situé en région parisienne, il commence en 1971 avec une manifestation  réelle interdite et violemment réprimée par les CRS, en faveur des leaders de la gauche prolétarienne emprisonnés.

    Il nous emmène ensuite dans un cours de philo, puis s’attache à suivre, de France en Italie en passant par Londres, le destin de quelques lycéens utopistes, anticapitalistes. Désireux d’emboîter le pas aux  étudiants de  68, d’être aussi bien qu’eux et de se faire eux aussi entendre, ils militent à coups de tracts, d’affiches, de slogans révolutionnaires importés de Chine ou de Cuba.

    A l’image de Gilles, dont l’engagement s’oppose à ses aspirations artistiques, vouloir écrire ou peindre étant alors considéré comme petit bourgeois, tous cherchent à tracer leur route entre premières amours, premières manifs, études et choix d’un métier. De quoi permettre à Olivier Assayas d’explorer les combats, les rêves et les désillusions d’une jeunesse fervente qui fut aussi la sienne.

    Un film né de plusieurs désirs

    Rencontré récemment à Genève, le cinéaste nous explique qu’Après Mai  est né de plusieurs désirs. Dont celui de donner une sorte de prolongement à L’eau froide, œuvre très personnelle tournée en 1994, où il parlait déjà, mais d’une façon plus poétique, de sa génération. "Ce film a beaucoup compté pour moi, mais il m’était toujours resté comme un sentiment d’inachevé. Après Mai complète  sa dimension autobiographique ou celle, politique, de la décennie 70 telle que je l’ai vécue".

    En 2010, vous avez  réalisé "Carlos", excellent opus en trois parties sur le célèbre terroriste de ces années-là. Y a-t-il un rapport avec votre volonté de revisiter cette époque sous un prisme différent ?

    Effectivement, j’ai eu beaucoup du plaisir à reconstituer cette période. En plus, avec Carlos, j’ai appris de nouvelles manières de filmer, de regarder. Je les ai donc appliquées à un cinéma plus intime. Mais je précise que mes souvenirs sont fatalement subjectifs, chacun ayant vécu Mai 68 à sa manière.

    Il y a une part autobiographique dans "Après Mai". La revendiquez-vous?

    Je ne crois pas trop à l’autobiographie au cinéma. Mais disons que je me reconnais dans ces jeunes gens. Plutôt dans Gilles que dans les autres.

    Vos héros paraissent assez naïfs, prêtent même parfois à sourire. Ils fantasment sur une alliance avec les ouvriers, les paysans, prônent l’aventure et la liberté. Ils vilipendent  la bourgeoisie alors qu’ils apparaissent comme des fils et des filles à papa.

    Je n’aime pas du tout entendre la dernière partie de votre phrase. Je parle d’un lycée de banlieue où on trouvait toutes les classes sociales. Je me fiche de savoir d’où viennent mes protagonistes. Ils ont une  détestation de la consommation, un rapport très modeste au monde matériel. Aujourd’hui les gens sont beaucoup plus riches. Contrairement à hier ils sont obsédés par leur carrière, la construction d’une famille bourgeoise.

    Votre film est donc porté par l’élan d’une époque.

    Oui car il évoque un moment où le monde change, où certes l’idéologie est confuse, mais où il  y a une foi dans la révolution. Contrairement à ce qui se passe maintenant avec une génération qui vit dans un présent amorphe. Avant Mai 68 personne n’imaginait qu’un tel événement puisse se produire. C’était une révolution contre le mode de vie et les valeurs de l’époque. L’irruption du réel dans un monde rigide et qui ne voulait pas en voir la transformation.

    Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 14 novembre.

     

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