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Sorties de la Semaine - Page 113

  • Grand écran: "Chanson douce" vire à la ballade horrifique. Avec Karin Viard impressionnante

    chanson-doucewebok.jpgPaul et Myriam ont une fille de cinq ans, Mila et un bébé de onze mois, Adam. Ne supportant plus de rester entre ses quatre murs, Myriam souhaite reprendre son travail d’avocate. Avec son mari musicien, elle se met à la recherche d’une nounou. Après en avoir vu plusieurs, ils embauchent l’expérimentée Louise, qui gagne immédiatement l’affection des bambins. Soulagés, ils pensent avoir trouvé l’oiseau rare.

    Dévouée, bienveillante, consciencieuse, toujours prête à rendre service, Louise ne tarde pas à occuper une place qui ne doit pas être la sienne au sein de la famille et du couple, pénétrant dans leur intimité. Comme une araignée, elle tisse sa toile, étend son emprise. Et progressivement, se révèle toujours plus inquiétante sous sa quasi perfection.

    Chanson douce de Louise Borleteau est adapté du roman éponyme de Leïla Slimani, lauréate du Prix Goncourt en 2016. Il est lui-même basé sur un tragique fait divers survenu à New-York en 2012. Au tout début, on pense curieusement à La main sur le berceau bien qu’en réalité l’oeuvre n’ait rien à voir avec le film de Curtis Hanson. En fait, avec cette folie qui s’installe, créatrice d’une tension extraordinairement palpable, il s’apparente plutôt à La cérémonie de Claude Chabrol et au Locataire de Roman Polanski. Deux références pleinement revendiquées  par la réalisatrice.

    Sur un scénario coécrit par l’acteur Jérémie Elkaïm, Lucie Borleteau, auteur de Fidelio, L’odyssée d’Alice, en fait un opus un peu hybride, au carrefour des genres, chronique sociale, drame, tragédie psychologique, thriller, en plongeant le spectateur dans le cauchemar. Evitant soigneusement le sensationnalisme.

    L’angoisse vient du fait que tout est vrai. La cinéaste reproduit la force du roman, bien qu’elle ait décidé de ne pas en respecter l’ordre chronologique. Elle augmente ainsi le suspense et le sentiment d’horreur qui atteint un paroxysme que l’on redoute sans vouloir y croire.

    1045740.jpgLa réussite de Chanson douce tient également évidemment à ses comédiens, Leïla Bekti, de plus en plus présente sur grand écran, Antoine Reinartz et surtout Karine Viard, remarquable dans le rôle de cette femme toxique, complexée, névrosée et glaçante, délaissée, en proie à la solitude, en manque d’affection, vivant dans une sorte de taudis. On découvre une partie de son quotidien sordide dans des scènes de train qui ne figurent pas dans le roman, mais que Lucie Borleteau a imaginées afin de donner un ancrage sociologique à son héroïne.

    C'est d'ailleurs Karin Viard qui a voulu acheter les droits, comme elle le dit dans divers interviews. Après avoir lu le livre, elle a appelé un producteur pour qu’il les achète pour elle. Quand Lucie Borleteau a remplacé Maïwenn, désireuse d’adapter le roman mais s’était finalement retirée de l’aventure, Karin a suivi toutes les étapes d’écriture et précise qu’elle a notamment donné son avis sur les scènes où Louise est en-dehors de l’appartement familial.

    De passage à Genève lors du GIFF, Lucie Borleteau nous en dit plus sur cette Chanson douce qui vire inéluctablement à la ballade horrifique. "Adapter un prix Goncourt, c'était un gros défi. Surtout celui-ci. A dire vrai, c’est mon producteur qui me l’a fait lire. J’ai donc commencé dans l’optique d’en faire un film. Je l’ai dévoré d’une traite. Ce livre est un conte maléfique et magnétique qui m’a laissé une forte sensation de vertige, l’idée d’un puits sans fond que j’ai essayé de retranscrire à l’écran. Jérémie Elkaïm a fait des choix radicaux, condensés. Je suis partie de son texte et j’ai rajouté des choses qui m’avaient marquées et me manquaient".

    278346.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgVous avez trahi la chronologie du roman en plaçant la scène du début à la fin.

    Ce fut un choix très long. Je ne me fermais aucune porte. Mais si je restais fidèle au livre en l’occurrence, le film devenait un chemin de croix. Or, en-dehors du suspense que cela provoquait en procédant inversement, je voulais qu’on soit dans l’empathie avec tous les personnages. Y compris Louise, qui n’est pas qu’une tueuse d’enfants.

    Karin Viard se révèle d'une rare évidence en baby-sitter très dérangée.

    Pour elle c’était un désir puissant. Elle n’avait jamais incarné de personnage de ce genre. Ce qui l’intéressait c’était l’humiliation sociale, très présente aujourd’hui dans nos sociétés qui excluent les marginaux. Cette donnée est au cœur du film.

    Paul et Myriam ne savent pas trop comment faire avec cette femme apparemment si parfaite.

    Effectivement. Ils n’arrivent pas à se comporter en patrons vis-à-vis d’une simple employée. Non seulement Myriam est impressionnée, mais en plus elle retrouve une liberté grâce à elle. En outre le fait qu’elle s’occupe des enfants implique une relation affective et c’est cela qui permet à Louise de prendre petit à petit une place centrale au sein de ce foyer. Au point que le couple, perdant de vue la distance qu’il devrait conserver, lui propose de venir en vacances. Ce sont ces vacances qui représentent le moment de bascule vers la folie.

    "Chanson douce" à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 novembre.

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  • Grand écran: "Demain est à nous", l'édifiant combat de jeunes héros pour améliorer leur avenir

    3H2NY47S4QJ63QI5F34XKWI5J4.jpgIls sont jeunes, très jeunes, comme José Alfonso, 7 ans, baptisé "le petit génie écologique" du Pérou et récompensé en Suède du prix  Children For Climate. Mais il n’est pas le seul. Il y a aussi Aïssatou, Heena, Arthur, Peter, Kevin et Jocelyn... Ils viennent de Bolivie, de Guinée, d’Inde, des Etats-Unis, de France et s’engagent sur tous les fronts.

    Jamais ils ne se sont dit qu’ils étaient trop petits pour agir. Au contraire, victimes ou témoins d’injustice, de violence, ils ont décidé de se battre contre, les inégalités, la pauvreté, la violence, l’exploitation d’êtres humains, les mariages forcés, la destruction de la planète. 

    Dans son documentaire Demain est à nous Gilles de Maistre, notamment auteur de Mia et le lion blanc, évoque les solutions que proposent ces gamins, animés d'une force de caractère ed'un courage peu communs pour améliorer leur avenir.

    Comme quoi il n’y a pas que Greta Thunberg au monde. Oubliant de crier aux dirigeants de la planète qu’on leur a volé leur enfance, ces héros miniatures pleins d’imagination et d’énergie, proposent de belles initiatives, originales, utiles, certaines plus ou moins convaincantes, voire parfois utopiques, mais toutes résolument destinées à redonner de l’espoir.

    Parti à la rencontre de ces héros miniatures particulièrement entreprenants, le réalisateur en brosse des portraits touchants. On peut regretter que la forme ne soit pas toujours à la hauteur du fond. Sa démarche pédagogique n’en est pas moins aussi positive que louable.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 novembre.

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  • Grand écran: "Les éblouis" montre l'embrigadement et les dérives sectaires. Intelligent, émouvant, pudique

    les-éblouis-7-620x407.jpgCamille Lourmel, 12 ans (Céleste Brunnquell), passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille de quatre enfants. Un jour ses parents (Camille Cottin et Eric Caravaca), traversant une période difficile,  lui annoncent qu’ils vont intégrer une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité, menée par un prêtre surnommé "le berger" par ses membres.

    Ils s’y s’investissent au point que leur vie change radicalement.  A contrecœur, Camille est contrainte de se sacrifier, en acceptant un nouveau mode de vie remettant en cause ses projets, ses aspirations, ses envies.

    Privée de ses cours de cirque, cette activité étant incompatible avec la relation que ses fidèles doivent avoir avec le Christ selon le "berger", elle ne tarde pas à découvrir que la communauté en question est en réalité une secte.  

    La question du libre arbitre

    Dans un conflit de loyauté envers ses parents, l’adolescente va devoir lutter pour se retourner contre eux, affirmer sa liberté, protéger ses frères et sœur de leurs mauvais choix et les sauver seule d’une dérive à connotation sexuelle. La question du libre arbitre est ainsi au cœur du film.

    Coécrit avec le réalisateur Nicolas Silhol, Les éblouis, premier long métrage de Sarah Suco, est un film de combat intelligent, critique, émouvant, pudique. La cinéaste analyse parfaitement, à travers le regard d’une ado  forcée d'agir, les rouages des sectes, leurs techniques d’embrigadement, d’enfermement d'êtres souvent fragiles.

    B9721639057Z.1_20191119125712_000+GDMEU7HN5.1-0.jpgOn voit les Lourmel, parents vulnérables, manipulés, mettre en danger leurs enfants, prêts à suivre aveuglément ce "berger" avide de pouvoir et d'argent, brillamment interprété par un Jean-Pierre Darroussin colérique et faussement bienveillant.

    Les autres comédiens participent aussi largement à la réussite du film. A commencer par la jeune Céleste Brunnquell, saisissante dans le rôle de Camille. Eric Caravaca très convaincant en père aimant mais trop ébloui pour voir ce qui se passe, tout comme Camille Cottin, à contre-emploi en mère fragile et instable.

    Les éblouis, c’est l’histoire de Sarah Suco, actrice de théâtre et de cinéma née à Montpellier en 1981. Elle a vécu avec sa famille dans une communauté charismatique pendant dix ans et rappelle qu’il y a quelque 80.000 enfants victimes chaque année de dérives sectaires en France. Raconter cette expérience était devenu un besoin, comme elle nous le dit lors d’une interview.

    "Je voulais que le spectateur réalise ce que cela signifie que de tomber dans une secte. Mais en prenant de la distance, en transcendant le sujet. J’ai choisi de l’enrober dans du romanesque, en évitant le côté sensationnaliste, en montrant aussi que malgré les dérapages, tout n’est pas entièrement négatif. J’en ai même quelques bons souvenirs."

    Vous décrivez en effet une emprise qui se manifeste petit à petit, par étapes. Il y a une sorte de glissement.

    Oui. C’est d’ailleurs ce qui fait la complexité de la chose. On ne se rend pas compte de la dérive. Les sectes fonctionnent toutes de la même manière. Les règles deviennent de plus en plus strictes. Au début par exemple, les Lourmel sont déroutés par les rituels, mais ils s’y plient rapidement sans broncher. Sans voir la folie.

    La folie et le ridicule. On pense à ces scènes d’exorcisme, et surtout celles où les fidèles bêlent comme des agneaux pour appeler le berger. On a de la peine à y croire.

    Et pourtant c’est en-dessous de la réalité. A l’image de tout ce que je montre dans le film. Nous n’avions pas de radio, de télévision ou de portable. Je pourrais vous donner une foule d’autres exemples dont j’ai décidé de ne pas parler et qui n’empêchent pas les personnes de rester dans la communauté. On pourrait croire qu’ils sont stupides, ignorants. Ce n’est de loin pas le cas. La plupart sont cultivés, à l’image de mes parents, des gens brillants. Mais ils ont des fêlures et les responsables savent justement répondre à leurs manques, valoriser leurs compétences.

    Comment avez-vous choisi la jeune Céleste Brunnquell pour incarner votre héroïne?

    J’ai eu une immense chance de la trouver. J’ai auditionné quelques perles, mais elle était spéciale. Elle devait grandir de 12 à 15 ans et elle s'est révélée toujours juste. Elle a la grâce, l’intelligence, la force, l’écoute. Elle est à la fois enfantine et déjà femme, belle, étrange, mystérieuse et intuitive.

    Et en ce qui concerne ses parents et le "berger"?

    Pour le "berger", j’ai tout de suite pensé à Jean-Pierre Darroussin en écrivant. Il me fallait quelqu’un de charismatique et a priori sympathique. Eric Caravaca m’a tout simplement bouleversée et je l’imaginais bien en père gentil et affectueux, dont on espère qu’il va finir par ouvrir les yeux. Quant à Camille Cottin, on ne l’avait jamais vue dans ce genre de rôle, mais j’ai trouvé qu’elle était à la fois joyeuse, douce et délicate. Pourtant, quand elle a lu le scénario, elle disait qu'elle ne pourrait pas jouer cette femme car elle ne la comprenait pas. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 novembre.

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