Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

le blog d'Edmée - Page 64

  • Grand écran: Yolande Zauberman à la recherche de "La Belle de Gaza". Un documentaire passionnant

    Avec Would You Have Sex With an Arab? (2011), Yolande Zauberman explorait la dissymétrie du désir entre Israéliens et Palestiniens Avec M (2018), immersion choc dans le milieu juif ultra-orthodoxe, la réalisatrice française suivait Menahem, un trentenaire qui avait été violé, enfant, par des membres de la secte extrémiste Neturei Karta, dont il était ensuite sorti. 

    De retour, la cinéaste clôt sa Trilogie nocturne avec La Belle de Gaza. Elle s’intéresse, cette fois, à d’autres exclues de la société, en opérant une plongée fascinante dans le monde méconnu des femmes trans d’origine palestinienne à Tel-Aviv. Une ville où, dira l’une d’elles, on peut être ce qu’on veut, vivre comme on veut, aimer comme on veut et qui on veut.

    Dans ce nouveau documentaire éclairant, édifiant et achevé, il est important de le souligner, avant la tragédie du 7 octobre, Yolande Zauberman part sur les traces de celle qu’elle appelle «la Belle de Gaza». Aperçue lors du tournage de M elle aurait quitté garçon l’enclave palestinienne à pied dans le but d’aller achever sa transition dans la capitale israélienne.

    Pour la trouver, la cinéaste sillonne la rue Ha-Tnufa, située dans un quartier populaire. Elle y rencontre cinq femmes, dont certaines se prostituent. Discutant avec elles, prétexte à une série de portraits croisés émouvants, authentiques, elle leur montre des images de la fameuse «Belle». Vont-elles la reconnaître? Serait-ce Nathalie, qui cache son visage derrière un voile à résille pailleté, par peur d’être reconnue? Peut-être… Elle est surtout heureuse d’avoir réalisé son rêve et aimerait retourner chez ses frères. «Mais ils me tueraient.»

    Des enfances marquées par la violence

    Alors, légende urbaine ou réalité que cette Belle de Gaza et son chemin parcouru? Peu importe. Il s’agit davantage d’une grande marche symbolique vers la liberté de genre. L’essentiel, c’est d’explorer et de raconter le quotidien de ces personnages attachants, parfois victimes d’expéditions punitives. Comme le relève une musulmane bédouine qui se dit soldate de Dieu, «J’ai découvert le côté sombre de l’humanité et la façon dont les hommes maltraitent les femmes». Toutes racontent par ailleurs une enfance de garçon marquée par la violence, les humiliations, les interdits religieux et sociaux.

    Au plus près de ses protagonistes, dont elle préserve la dignité, Yolande Zauberman tient aussi à nous guider vers la lumière, en s’attardant sur la magnifique et solaire Talleen Abu Hanna, chanteuse et actrice très connue issue de la minorité palestinienne, sacrée Miss Trans Israël en 2016. Une première. Elle a même retrouvé sa famille et vit près de ses parents. Pour Yolande Zauberman, qui nous livre un film passionnant, humaniste, en forme de lettre d’amour pour ses héroïnes, «la Belle de Gaza» évoque avant tout la possibilité de devenir ce qu’on est, d’où que l’on vienne et quoi que l’on croie.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 juin.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire 0 commentaire
  • Festival de Cannes:"Anora" de Sean Baker décroche la Palme d'or. On aime

    C’était l’un des grands favoris. Greta Gerwig et ses huit complices ont donc succombé eux aussi à cette l’histoire «pleine d’humanité  qui les a envoûtés et brisé le cœur". Sean Baker raconte la rencontre explosive entre une stripteaseuse de Brooklyn, accessoirement escort et le fils d’un oligarque russe. Le courant passe trop bien entre la volcanique Anora préférant qu’on l’appelle Ani (géniale Mikey Madison) et  Vanya, andouille immature qui ne pense qu’à la fête.
     
    Ani met un tel cœur à l’ouvrage que le gamin lui propose, contre paiement, de passer une semaine à sa disposition exclusive dans la luxueuse villa de son paternel avant de l’épouser lors d’une virée  alcoolisée à Las Vegas. Mais papa n’est pas d’accord du tout et veut faire annuler le mariage. Déjanté, jouissif, ce conte en forme de thriller newyorkais exalte notamment un super personnage féminin. (Voir aussi notre précédent article). 

    Juste avant, une Palme d’or d’honneur a été remise à George Lucas, très très longuement applaudi, par Francis Ford Coppola, l’auteur du complètement ignoré Megalopolis.  
     
    Les autres médailles
     
    Le Grand Prix du jury est allé à All We imagine As Light de l’Indienne Payal Kapadia. C’était la première fois qu’un film indien figurait en compétition depuis trente ans. 
     
    Emilia Perez de Jacques Audiard, même si on imagine sa déception,  a raflé deux prix. Celui du jury, tandis que l’une de ses héroïnes, l’Espagnole  Karla Sofia Gascon devenait la première comédienne transgenre à remporter l’interprétation féminine, récompense en l’occurrence collective qu’elle partage avec l’ensemble des actrices de cette comédie musicale, Adriana Paz, Zoe Saldana et Selena Gomez.

    Côté masculin, c’est Jesse Plemons qui est sacré meilleur acteur pour son rôle dans Kinds Of Kindness de Yorgos Lanthimos

    The Substance de la Française Coralie Fargeat, a étérécompensé du Prix du scénario. On a beaucoup aimé cette œuvre gore portée par Demi Moore. C’est un film qui parle des femmes dans le monde et la violence qui les entoure. Virée à cause de son âge, la  vedette d’une émission télévisée américaine,  ingère une substance qui la rend plus jeune et plus jolie. Une meilleure version d’elle-même en somme. De son côté le Portugais Miguel Gomez remporte le prix de la mise en scène pour Le Grand Tour.

    Vu la folle et interminable ovation  qui lui a été  réservée lors de la présentation de son film au Grand Théâtre Lumière, on pensait qu’il recevrait la Palme d’or.  Mais l'Iranien Mohammad Rasoulof a dû se contenter du Prix spécial du jury pour Les graines du figuier sauvage, une œuvre puissante où il livre une grosse  charge contre le régime dictatorial  de son pays. 

    «J’ai une pensée pour les membres de mon équipe au courage sans borne, retenus en Iran sous la pression des services secrets », a déclaré le cinéaste. «Je suis trop heureux que le film soit reconnu mais aussi très triste par la catastrophe que vit mon peuple au quotidien, sous un régime totalitaire qui l’a pris en otage…»

    Enfin la Caméra d’or récompensant un premier film, est allée à Armand, du réalisateur norvégien Halfdan Ullman Tondel.

    Dans la section parallèle Un certain regard,, le jury présidé par le Québécois Xavier Dolan a décerné son prix à Black Dog du Chinois Guan Hu, évoquant la rencontre insolite entre un motard mutique et un lévrier famélique. Avec  cette oeuvre simple et émouvante non dépourvue d’humour, le réalisateur  nous plonge dans une atmosphère singulière, envoûtante, entre chronique politique critique, étude sociale caustique, dénonciation de cruelles pratiques envers les animaux. Le tout sur fond de road movie dans un paysage lunaire, postapocalyptique, prétexte à de magnifiques images. 

    Des sélections discutables et des déceptions

    Cette 77e édition ne restera pas inoubliable en ce qui concerne la compétition. Comme toujours, certains films, comme L’amour ouf de Giles Lellouche,ou Motel Destino du Brésilien Karim Aïnouz ne méritaient pas d’y figurer et auraient été avantageusement remplacés par des films sélectionnés dans les autres catégories. On a par ailleurs été déçu par des métrages d’auteurs qu’on aime. Par exemple Marcello Mio, un film de potes paresseux signé Christophe Honoré. Ou The Shrouds de David Cronenberg, imaginant un système révolutionnaire, permettant aux vivante se se connecter à leurs chers disparus  dans leurs linceuls.

    Mais bon. Vive le Festival de Cannes quand même et à l’année prochaine!

    Lien permanent Catégories : Cannes dans Chassé-Croisette 0 commentaire 0 commentaire
  • Festival de Cannes: "Anora" de Sean Baker talonne "Emilia Perez" de Jacques Audiard pour la palme des critiques

    Le match est plié, annonçaient en gros les critiques français après le passage d’Emilia Perez, le thriller musical queer en espagnol de Jacques Audiard. Depuis mardi, ils tremblent pour leur favori. Car voici qu’un autre prétendant sérieux Sean Baker, vient à son tour d’électriser la Croisette avec Anora. Révélé à Sundance en 2015, avec Tangerine le réalisateur américain avait remporté le prix du jury au Festival américain de Deauville

    De retour à Cannes où il avait été sélectionné en 2017  la Quinzaine pour  The Florida Project puis en compétition il y a deux ans avec Red Rocket, le réalisateur américain reste très sexe en mettant en scène la rencontre entre une stripteaseuse de Brooklyn et le fils d’un oligarque russe. 

    Le courant passe entre la volcanique Anora préférant qu’on l’appelle Ani (géniale Mikey Madison) et le pourri gâté Vanya, une andouille immature genre tête à claques tout juste sorti des jupes de sa maman et qui ne pense qu’à la fête. Enthousiaste, Ani met un tel cœur à l’ouvrage que le gamin lui propose, contre paiement, de passer une semaine à sa disposition exclusive dans la luxueuse villa du papa avant de l’épouser lors d’une virée  alcoolisée à Las Vegas. Une aubaine financière pour elle et une Green Card pour lui. 

    Tout baigne et on redoute une resucée, si l’on ose dire en l’occurrence, de Pretty Woman. Heureusement non, car les choses tournent mal. Furax, le richissime paternel veut faire annuler le mariage et envoie trois gros bras, un prêtre orthodoxe, une grosse brute et un molosse idiot pour intimider Ani et la convaincre de divorcer en lui offrant 10.000 dollars. 

    Mais la jeune femme a le répondant correspondant à son prénom (grenade en ouzbek). Elle ne se laisse pas faire, s’accroche avec rage à son statut marital ce qui nous vaut une série de scènes explosives. Ainsi qu’une course-poursuite à la fois burlesque et chaotique. pour retrouver Vanya, qui a lâchement disparu. Plutôt jouissive, cette comédie déjantée qui fait la part belle à un beau et personnage féminin. Alors Palme d’or pourquoi pas, en dépit de séquences répétitives et d'une durée excessive de l'oeuvre?  Mais en tout cas, on ne risque rien à parier sur un prix d’interprétation. 

    Des litres de sang sur la Croisette…

    En compétition, on a aussi beaucoup aimé The Substance de la Française Coralie Fargeat. Marchant sur les traces de Julia Ducournau, qui avait décroché la Palme d’or en 2021 pour Titane, elle nous propose un film gore porté par Demi Moore, reine de l’aérobic à la télévision. 

    Hélas, la date de péremption pour une animatrice, c’est 50 ans. Et pile le jour de cet anniversaire fatidique, tout s’arrête pour Elizabeth Sparkle, dont l’arrondi fessier et autres signes visibles de l’âge ne plaisent plus à son boss (Dennis Quaid). 

    Désespérée, elle se laisse tenter par un message, lui garantissant qu’une mystérieuse substance, qui va lui permettre de se retrouver jeune et belle. Soit une meilleure version d’elle-même, composée de deux corps, l’ancien et le nouveau. Et c’est ainsi que sort de son dos  Sue (Margaret Qualley), une déesse à la plastique de rêve qui va récupérer son job.

    Mais évidemment, il y a une marche à suivre. Et si on ne respecte pas scrupuleusement les instructions, tout finit dans le sang, dont  Coralie Fargeat tapisse abondamment l’écran dans un long final complètement dingue.   

     

    Lien permanent 0 commentaire 0 commentaire