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  • Festival de Locarno: Melgar en route pour un Léopard

    fernand.jpgAccueil critique enthousiaste et ovation lors de la projection publique de Vol Spécial, le nouveau documentaire de Fernand Melgar. Une première à laquelle a finalement décidé d’assister la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey.

     

    Trois ans après La forteresse traitant des conditions d’accueil des requérants d’asile en Suisse et qui lui avait valu un Léopard d’or dans la section «Cinéastes du présent », le réalisateur vaudois, aligné en compétition officielle, a de bonnes chances de décrocher un nouveau Léopard. Reste à savoir de quel métal il sera fait.

     

    Dramatique fin du parcours

     

    Cette fois, il boucle la boucle en évoquant l’autre bout de la chaîne. La fin du parcours migratoire C’est en effet au centre genevois de détention administrative de Frambois, l’un des ving-huit à travers le pays où se joue définitivement le sort des demandeurs déboutés ou des clandestins, que Melgar a planté sa caméra.

     

     Invisible, discrète, elle montre des gens qui, comme des milliers d’autres chaque année, sont emprisonnés sans procès ni condamnation dans l’attente du  renvoi inéluctable. Un attente stressante et sous tension qui peut durer jusqu’à vingt-quatre mois. Le crime de ces étrangers dont certains vivent en Suisse depuis des années, ont des enfants, travaillent, paient des impôts: résider illégalement sur le territoire.

     

    Immergé pendant neuf mois à Frambois où on lui a laissé toutre liberté, Fernand Melgar raconte le drame de chacun, suivant le parcours tragique de Serge, Alain, Ragip ou Geordry. Pour  mieux nous laisser pénétrer avec lui dans cet univers carcéral, il filme à hauteur d’homme, qu’il s’agisse des détenus ou de leurs gardiens.

     

    L’humiliation de l’entravement

     

    Jusqu’à l’expulsion fatale, se tissent entre eux des liens. D’amitié, de haine, de gratitude, de respect, d’amertume. Des relations qui se terminent le plus souvent dans le désespoir. Car aucun détenu  ne veut quitter volontairement la Suisse. Et ceux qui refusent finissent par subir l’humiliation de l’entravement. Une pratique d'une rare brutalité qui a déjà causé la mort de trois personnes  

     

    Menottés, ligotés à une chaise, casqués, munis de couches- culotte, ils sont installés de force dans les avions. C‘est ce que l’on appelle les vols spéciaux qui peuvent durer jusqu’à quarante heures. Des scènes que Melgar n’a pas été autorisé à filmer. Pour lui c’est évidemment là que le bât blesse.   

     

    Profondément humain, son documentaire n’en est pas moins intense et bouleversant, donnant à voir sans jugement ni commentaire. C’est sa force. Melgar se défend de faire un film militant. «Mon cinéma est là pour mettre un visage sur les choses, pour rappeler des destins brisés par des lois infâmes».

     

    En salles dès le 21 septembre. A noter aussi que Fernand Melgar et son équipe ont suivi les expulsés chez eux et ont continué à les filmer. Ces portraits feront l’objet d’un webdocumentaire coproduit par la RTS et Arte, début 2012.  

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  • Festival de Locarno: passion, science-fiction et sexe à l'américaine

    amourjeune.jpgSi la course au Léopard d’Or n’avait pas trop bien commencé, elle s’est arrangée au troisième jour du Festival. Outre Vol Spécial de Fernand Melgar sur les requérants d’asile expulsés dont nous parlerons demain en compagnie du cinéaste, deux  autres films se font remarquer. A commencer par Un amour de jeunesse, qui clôt une trilogie de la jeune et talentueuse réalisatrice française Mia Hanson-Love.

     

    Elle propose une oeuvre en trois actes aux accents rohmériens, qui commence en 1999. C’et l’hiver à Paris. Camille, 15 ans, romantique et possessive, voue une folle passion à Sullivan, 19 ans. Il dit l’aimer, mais alors que personne d’autre n’existe pour la jeune fille, il  refuse d’être tout pour elle. Il décide de partir en Amérique du Sud, promettant d’écrire. Les lettres s’espacent, puis cessent. Désespérée, Camille fait une tentative de suicide au printemps.

     

    Trois ans plus tard, elle a changé de look, coupé ses cheveux et suit un cours d’architecture. Plongée dans son travail pour se libérer de Sullivan, elle tombe  amoureuse de Lorenz, son  professeur. Il est plus âgé qu’elle mais ils semblent avoir une relation solide. En 2007 pourtant, Camille croise Sullivan réapparu par hasard. Ils deviennent amants avant que Camille se décide enfin à tourner définitivement la page.

     

    Un film à la fois léger et profond, plein d’originalité et de grâce en dépit d’un sujet rebattu sur la passion adolescente et le triangle amoureux. Inspiré, nourri et habité de sentiments vécus par son auteur, il montre une héroïne qui se transforme et évolue au contact de deux hommes qui ne jouent pas l’un contre l’autre.

     

    Tout en donnant une importance singulière à l’architecture, une discipline qui la stimule, Mia Hansen-Love a choisi Lola Créton (photo)pour le rôle de Camille. Bouleversante et solaire, elle donne la réplique à Sebastian Urzendowsky, étonnant dans une interprétation un peu fausse et décalée.

     

    Science-fiction atypique 

     

    Toujours en compétition mais un poil en-dessous, Another Earth, premier long-métrage de l’Américain Mike Cahill, co-auteur du scénario avec son actrice principale Brit Marling. Alors que la Terre se découvre une planète jumelle, les chemins de Rhoda Williams, jeune étudiante prometteuse au MIT et John Burroughs, compositeur au sommet de sa carrière, se croisent à l’occasion d’une tragédie qui va modifier leurs vies.

     

    Ce film atypique et déroutant, sans effets spéciaux, joue à la fois sur la science fiction avec l’apparition d’une deuxième Terre laissant supposer que nous existerions parallèlement, ainsi qu’une histoire d’amour compliquée entre un homme en morceaux et la jeune fille qui a détruit sa vie en quête de pardon. Un mélo qui séduit en dépit de son côté moralisateur et de quelques scènes franchement nazes.

      

    Pas autant toutefois que sur la Piazza Grande, qui  joue la futilité avec Friends With Benefits. Une daube américaine de Will Gluck qui se laisse pourtant voir malgré Justin Timberlake. Une chasseuse de têtes newyorkaise et son principal candidat débarqué de San Francisco sont immédiatement attirés l’un par l’autre. Mais ils définissent aussitôt une règle stricte. Du sexe, rien que du sexe pour le fun et surtout pas de sentiments. A d’autres, comme vous pouvez l’imaginer…   

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  • Festival de Locarno: entre politique et pellicule

    didier.jpgGros événement culturel helvétique de l’année, le festival de Locarno ouvert mercredi soir est aussi, comme disent les Anglais, « the place to be » pour les politiques. Surtout en cette année électorale.

     

     Le conseiller fédéral Didier Burkhalter a donc profité du traditionnel risotto du Monte Verità pour annoncer que Berne mettrait un peu plus de beurre dans la pellicule entre 2012 et 2015. Les subventions pourraient ainsi être augmentées en fonction du succès des films (entrées en salles et accueil dans les festivals). Par ailleurs la révision des régimes d’encouragement au cinéma prévoit un soutien renforcé à l’élaboration des scénarios et aux coproductions à l’étranger.

     

    Calmy-Rey jette un froid

     

    Tandis que le ministre de la Culture amenait quelques sourires chez les professionnels de la branche, la présidente Micheline Calmy-Rey a elle déçu Fernand Melgar. Contrairement à ce qui avait été annoncé, elle n’assistera pas à la première de son film Vol Spécial, où trois ans après La forteresse, le réalisateur suisse poursuit sa croisade en se penchant sur le renvoi des sans papiers et les requérants d’asile déboutés.

     

    Mais si les politiques accaparent comme toujours les journalistes à l’aube de la quinzaine locarnaise, les festivaliers s’adonnent à d’autres plaisirs. Notamment sur la Piazza Grande  où Magali Noël a poussé la chansonnette avant la projection gratuite d’Amarcord de Fellini, pour assister le lendemain au message de bienvenue, par vidéo interposée, de Kirk Douglas, sans doute le nonagénaire le plus célèbre de la planète.

     

    Tout cela avant que Super 8 ne lance véritablement  la manifestation. Après cette incursion remarquée, pleine d’action et d’émotion dans l’univers de Spielberg signée J.J. Abrams, changement radical de ton et pas pour le mieux avec Headhunters du Norvégien Morten Tyldum.

     

    Roger Brown, petit par la taille mais redoutable requin dans son métier de chasseur de têtes, accessoirement voleur de tableaux pour arrondir ses fins de mois, devient la proie d’un candidat à qui il pensait dérober un Rubens. Pour lui le coup du siècle. Mais l’auteur, voulant prouver que le polar scandinave ne se réduit pas à Millenium a raté le coche avec cette adaptation d'une rare invraisemblance et  ridiculement sanguinolente de l’excellent roman de son compatriote Jo Nesbo.

     

    Réussite du Bâlois Tim Fehlbaum, mais laborieux début en compétition

     

    Premier passage au long-métrage à l'inverse réussi pour le jeune cinéaste bâlois Tim Fehlbaum avec Hell, un film de science-fiction apocalyptique, très tendance depuis quelques années. Il a d’ailleurs été coproduit par le spécialiste du genre Roland Emmerich, fan des courts de l’auteur.

     

    Le soleil a transformé la terre en désert aride où seuls ceux qui se protègent de sa lumière aveuglante ne sont pas morts. A l’image de Marie, de sa sœur Leonie et de Phillip, qui roulent vers les montagnes en espérant y trouver de l’eau. En chemin ils embarquent Tom, qui s’y connaît en mécanique. Pris dans une embuscade, tous quatre vont connaître l’enfer pour survivre.

     

    Côté compétition, on reste pour l’instant autant sur sa soif que nos voyageurs. Qu’il s’agisse de Beirut Hotel de Danielle Arbid qui permet surtout à Charles Berling, avocat soupçonné d’espionnage de coucher avec une voluptueuse Libanaise. Ou de Best Intentions du Roumain Adrian Sitaru, qui nous soule avec son héros. Déjà névrosé à la base, ce fils unique disjoncte complètement lorsque que sa mère est transportée à l’hôpital.

     

    Plus insupportable c’est difficile. Bonne nouvelle pourtant, nous n’en sommes qu’au début de l’aventure.     

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