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le blog d'Edmée

  • Grand écran: "Jim Queen", comédie d’animation gay déjantée et politique, dissèque l'homophobie à un rythme d’enfer

     «Reste toi-même, les autres sont déjà pris». Tel est le credo de Jim Parfait, icône gay de la scène parisienne, influenceur et adepte inconditionnel du bodybuilding. Pour cette star barbue et hyper baraquée des réseaux sociaux, la vie se résume à faire de la muscu le jour est de clubber la nuit. Et puis, horreur, il voit l’un de ses précieux abdos disparaître. Suivi d’un autre, et d’un autre encore…  Terrifié il court aux urgences pour découvrir qu’il contracté l’hétérose, une mystérieuse épidémie sexuellement transmissible courant depuis une semaine, qui transforme les gays en hétéros. Ces derniers développent soudain une obsession pour la monogamie et un désir irrépressible de reproduction.

    Adulé jusqu’ici, Jim Parfait, modèle superficiel et égocentrique, se fait rejeter par tout le monde.  A  l’exception de Lucien, un éphèbe timide de 23 ans, secrètement amoureux de lui. Mais ce premier follower, antithèse absolue de l’idole déchue, est sous la coupe d’une mère tyrannique, par ailleurs ministre de la Santé. Intolérante et réactionnaire, elle lui fait du chantage affectif pour l’empêcher de sortir en boîte et avouer qu’il est gay. Un mot honni qui met dans une rage folle cette incarnation de la queerphobie, antagoniste principale férocement caricaturée.

    Mais le caractère abusif de sa mère, le rendant incapable de faire son coming out, va finalement pousser Lucien à fuir le domicile familial, ce qui nous vaut une incursion rocambolesque parmi les différentes tribus du Marais (twinks, musclés, bears, drag queens, instagays). Le jeune homme s’associe ensuite à Jim, le rêve de son existence. Ensemble ils vont parcourir les lieux pour tenter de trouver le docteur Ragoult, détenteur du remède miracle au virus qui menace l'univers queer.

    A la fois quête émancipatoire et allégorie percutante des discriminations de la culture queer, Jim Queen, premier long métrage des studios Bobbypills, est signé des réalisateurs français Marco Nguyen et Nicolas Athané. Qui s’amusent donc à inverser les normes sociales, pour disséquer l’homophobie notamment gouvernementale et institutionnelle, tout en dénonçant violemment les thérapies de conversion et l’homonormativité.

    Autodérision poussée à l’extrême

    Irrévérencieux, trash, coloré, flashy, inventif, cette comédie d’animation déjantée aux dialogues grinçants et au rythme d'enfer, pousse l’autodérision à l’extrême en détournant les clichés, les insultes ou les fantasmes complotistes qui entourent la communauté. Il mise ainsi beaucoup sur l'accumulation de jeux de mots osés comme la solution fionale, la recherche de la chloroqueer, allant jusqu'à évoquer la «Gaystapo », milice dont la mission est de reconvertir de force les homos contaminés par l’hétérose.

    Les auteurs  s’attaquent ainsi également aux discriminations internes au milieu queer, brossant un portrait critique de ses propres dérives. Utilisant l’absurde et le loufoque pour démontrer que le rejet, d’où qu’il vienne, repose toujours sur le refus de l’altérité et de la vulnérabilité. En égratignant tout le monde, Jim Queen se présente comme une œuvre plus profonde et politique qu’elle n’en a l’air. Un miroir cinglant en somme.

    Et on n’oubliera pas les prestations vocales dans cette satire pop aux accents de comédie musicale façon Disney transgressif.  A commencer par Alex Ramires dans le rôle de Jim Parfait et Jérémy Gillet dans celui de Lucien. Quant à Philippe Katerine prêtant sa voix à… la Prostate, il est comme toujours irrésistible.

     A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 juin.

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  • Grand écran: "L'abandon" raconte les onze derniers jours de Samuel Paty. Un film choc, rigoureux, intense

    Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur de géographie et d’histoire, était décapité par un terroriste islamiste, à quelques centaines de mètres de la sortie de son  collège. L’abandon retrace l'engrenage tragique qui a mené à son assassinat  en reconstituant ses derniers jours. Écrit par Vincent Garenq et Alexis Kebbas en collaboration avec Mickaëlle Paty, la sœur de la victime, le film s'appuie sur les enquêtes, les procès, ainsi que sur l'ouvrage Les derniers Jours de Samuel Paty de Stéphane Simon. Antoine Reinartz se glisse dans la peau de Paty avec une grande justesse, tandis qu’Emmanuelle Bercot se montre très convaincante dans le rôle de sa supérieure hiérarchique.

    Tout commence donc onze jours plus tôt. Dans son cours d’instruction civique, Samuel Paty choisit de traiter la question de la liberté d’expression. Pour l’illustrer, il décide de montrer les caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo. Permettant  aux élèves qui ne veulent pas voir les images, de sortir de la salle. Des discussions s’engagent entre ces derniers.  Puis une adolescente  – absente ce jour-là– ment à ses parents, affirmant que le prof l’a exclue du cours, discriminé la communauté musulmane et commis un blasphème en montrant des images choquantes du Prophète. Son père la croit et publie des vidéos hostiles, belliqueuses sur les réseaux sociaux, en exigeant la démission de Paty. Elles sont relayées par un prédicateur islamiste. Le feu et est allumé, l’incendie se propage jusqu’à l’issue fatale

    Samuel Paty de plus en plus isolé

    Avec une précision clinique, le cinéaste montre comment le professeur est de plus en plus isolé, d’où le titre, L’abandon.  La directrice de l’établissement n’obtient pas la surveillance policière du collège qu’elle réclame, les autorités de l’Education nationale ne saisissent pas la gravité de la menace qui pèse sur Paty, et certains de ses collègues, un surtout, se désolidarisent lâchement de lui, redoutant les ennuis..

    Lors de la projection à Cannes le film a provoqué une véritable fracture. D’un côté l’enthousiasme, l’émotion, l’ovation du public et l’éloge d’une partie de la critique. De l’autre un accueil glacial de la presse de gauche, un emballement sur les réseaux sociaux. Le long métrage est notamment qualifié de dangereux, de merde, de manichéen et de caricatural. De son côté La France Insoumise l’accuse d'instrumentalisation politique, d’islamophobie et de faire le lit du RN  à l'approche des élections.  

    Pourtant, L’abandon demeure essentiellement honnête, factuel, avec à l’origine le mensonge d’une élève. la rumeur qui enfle et devient virale. les élèves choqués par les caricatures pour des raisons religieuses. Mais le père et le prédicateur ne sont jamais montrés comme représentatifs de l’islam et des musulmans. Et loin d’être univoque le long métrage évoque aussi des mères musulmanes qui soutiennent Paty, refusant de cautionner l’affabulation de la jeune fille. 

    Tout l’opprobre du monde ne changera donc pas l’histoire. L’abandon est une œuvre sobre, rigoureuse, dramatiquement intense. Un film choc très documenté, à dimension pédagogique, donnant à comprendre comment la désinformation, la manipulation des faits et les ragots en ligne peuvent mener au drame. Il rappelle aussi l’importance de la laïcité et de la liberté d’expression.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 3 juin.

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  • Grand écran: Agnès Jaoui ménage la chèvre et le chou dans "L'objet du délit". Une comédie chorale plutôt laborieuse

    Le film suit les coulisses de la préparation de l'opéra Les Noces de Figaro. Une accusation d'agression sexuelle éclate au sein de la troupe, mettant en péril la production et forçant chacun à prendre position. Du moins l’attend-on. Signée Agnès Jaoui, cette comédie chorale veut explorer les mouvements féministes, le racisme ordinaire, le choc des générations, l’évolution du patriarcat et l'impact du mouvement #MeToo.

    L'objet du délit est son premier film en solo après la disparition de son compagnon artistique Jean-Pierre Bacri et cela se sent. Manque de férocité, de piquant, de subtilité, de finesse. En voulant jongler avec tous ces thèmes conzemporains, Agnès Jaoui perd le fil de son récit et nous avec. D’abord, elle ne prend pas franchement parti et, pour esquiver la complexité et la violence réelle des débats actuels, choisit une résolution consensuelle, façon théâtre de boulevard,

    Cette absence de point de vue permet de ne pas prendre de risques sur des sujets brûlants. A l’image du sexisme et du racisme mal traités sous l’angle du vaudeville, comme de simples ressorts comiques, avec des répliques qui tombent à plat. La réalisatrice s’insurge mollement, renvoyant dos à dos pour s’en débarrasser le vieux macho sûr de son bon droit et la jeune militante rebelle. Tous deux aussi insupportables l’un que l’autre.

    Enfin les comédiens cantonnés dans des personnages caricaturaux (dont notamment Daniel Auteuil ou Eye Haïdara), ne sont du coup pas au mieux de leur forme. A commencer par Agnès Jaoui elle-même dans le rôle d’Hannah, une cantatrice arrogante qui défend plutôt «le droit d’importuner», soit la vision d'une époque révolue. Le reste est à l’avenant avec le vieux metteur en scène dépassé, la jeune activiste radicale, le maestro odieux avec ses intolérables caprices. Sans oublier le béotien qui découvre l’opéra et en tombe amoureux. Du déjà vu en beaucoup mieux dans Le goût des autres.

    Bref. L’objet du délit se révèle aussi laborieux qu’artificiel. Logique. Ménager la chèvre et le chou avec une équipe à côté de la plaque ne pouvait pas faire des étincelles.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 mai.

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