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le blog d'Edmée

  • Grand écran:"The Narrative" raconte la version du trader Kweku Adoboli, désigné comme seul coupable lors du scandale UBS de 2011

    Tant que Kweku Adoboli, un trader londonien d'origine ghanéenne rapporte des millions à UBS, son avenir s'annonce radieux.  Mais en 2011, lorsque le jeune homme envoie un mail, où il se déclare seul responsable d’une perte de 2,3 milliards de dollars, tout bascule. Son nom fait les gros titres et il devient le symbole du scandale. Accusé d’avoir causé seul cette perte colossale lors d'opérations spéculatives, il est condamné pour fraude à sept ans de prison. Après avoir purgé la moitié de sa peine, il est expulsé au Ghana en 2018

    Avec The Narrative, Bernard Weber et Martin Schilt remettent en question le récit habituel des événements, en racontant la version de Kweku Adoboli, son parcours de bouc émissaire. En reconstituant le procès au Ghana basé sur les procès-verbaux originaux, les deux réalisateurs explorent les zones d’ombre, les responsabilités systémiques et le rôle des médias. Leur documentaire décrypte ainsi les mécanismes de la communication de pouvoir.

    Présentant sa version des événements, le documentaire se penche également sur les années de tentative de reconstruction de cet homme, revenu dans son Ghana natal, après avoir été confronté à un système financier impitoyable, et à une narration qui l'a dépeint comme le seul coupable.

    Dr passage à Genève, Bernard Weber nous raconte la genèse de ce documentaire passionnant. Il a pris corps lorsqu’il y a eu l’énormissime perte à UBS et qu’un jeune trader en a pris la responsabilité. Une démarche folle, totalement inhabituelle. "Avec Martin Schilt, il a alors voulu savoir qui était cet homme et ses motivations profondes..

    Comment avez-vous rencontré Kweku Adoboli ?

    Nous avons commencé à faire des recherches en 2012. Puis on a eu l’occasion de lui à travers ses avocats lorsqu’il était en prison. Dès qu’il est sorti, en 2015, on l’a rencontré à Londres. Où on a passé beaucoup de temps. On a fait des interviews avec lui, des bouts de tournage, pour voir ses réactions face caméra. On a tout de suite constaté que c’était un type charmant, intelligent, brillant. Il ne faisait pas d’esbroufe mais essayait de trouver des réponses. C’était le protagoniste idéal. Le film lui doit énormément.

    Quelle a été sa réaction? A-t-il accepté de suite?

    Pas vraiment. Au début tout le monde lui courait après pour faire des sujets. Mais c’était toujours le même narratif et il restait traumatisé par toute cette campagne de dénonciation   On a discuté de ce qu’on pouvait proposer. Et on a constaté que ça fonctionnait entre nous. II a décidé de nous rejoindre quand il s’est rendu compte que nous allions prendre notre temps.

    Pourquoi reconstituer le procès au Ghana en suivant les procès-verbaux originaux ?

    D’abord Kweku ne peux pas voyager. Il est interdit de séjour dans tout l’espace Shengen et aux Etats-Unis  Ensuite, au début, on voulait faire de l’animation, mais ça ne marchait pas. Donc on s’est décidé pour une reconstitution sur place, où on a convié ses proches, pour une sorte de lecture d’une pièce de théâtre. J’ai essayé de mettre les personnes en condition, de créer une ambiance

    Comment casser l'image d’Adoboli comme unique coupable, souvent dépeint de manière sensationnaliste par les médias?

    Il fallait montrer ce qui avait eu lieu. Que le procès était coaché par la banque, qu’on s’est arrangé pour que les haut-gradés ne viennent pas. En gros personne ne se souvenait de rien et Kweku était seul coupable à la fin. Certes on ne peut pas dire qu’il est innocent. A un moment donné, il était un trader important, avec un vrai statut. Et il perdu le contrôle Mais la banque est aussi responsable. Elle l’a encouragé. Kweku n’a jamais eu de chance. Il faut dire qu’il cherchait toujours à éviter les conflits et que pour lui, s’adapter était primordial en ne se retrouvant qu’avec des Blancs. Cette capacité d’adaptation est un peu la cause de sa faillite. Il voyait la banque comme une grande famille. Il n’a pas compris qu’il était dans une sorte de jungle.

    Vous mettez en cause la justice d’Etat, soulignant les inégalités et les zones d'ombre du procès initial. 

    En effet on questionne l’équité de la justice britannique. Son système c’est la bagarre. En Suisse par exemple, le juge cherche à trouver la vérité. Là-bas c’est le combat entre l’Etat qui accuse et le défendeur. La castagne entre les avocats. Et on a intérêt à pouvoir s’en payer de bons. Il n’y a pas de justice comme on l’entend ici.

    Vous évoquez aussi la tentative de reconstruction personnelle de Kweku.

    On espère qu’il pourra faire la paix avec ce qui lui est arrivé. Mais aujourd’hui, il ne va pas bien. Il est dans une situation super précaire, n’a presque pas de revenus. Il vend des smoothies. On lui a proposé un travail dans la finance, mais trop désillusionné, il a refusé.  

    Au départ, aviez-vous cherché à contacter UBS?

    Non. Nous avons pris le parti de raconter la version  de Kweku et comment lui et ses amis ont vécu cette période. Il nous paru inutile d’offrir une plateforme à la banque pour entendre des platitudes.

    «The Narrative», à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 22 avril.

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  • Grand écran: "A voix basse" explore le secret et le silence autour de l'homosexualité en Tunisie

    Leyla Bouzid, 42 ans, est née et a grandi en Tunisie, entre un père cinéaste et une mère doctoresse. C’est là qu’elle tourne son premier film A peine j’ouvre les yeux, montrant une jeunesse avide de liberté sous le règne finissant du dictateur Ben Ali. Avec le second, Une histoire d’amour et de désir réalisé en France, elle évoque l’éducation érotique d’un étudiant parisien d’origine algérienne. Dans le troisième, A voix basse, elle opère une jonction entre les deux pays. La caméra suit Lilia (Eya Bouteraa), ingénieure française trentenaire de retour en Tunisie pour l’enterrement de son oncle Daly, mort de façon soudaine et suspecte.

    Son corps ayant été retrouvé nu dans la rue, des questions liées à sa vie privée et à son orientation sexuelle, se posent en effet pour la police. Et pour la famille, qui préfère pourtant fermer les yeux sur un pan de son existence qu’elle souhaite effacer, faire comme si de rien n’était. Le mot tabou «gay» n’est ainsi prononcé que très tard dans le film.

    De son côté, Lilia avance également masquée. Débarquant à Sousse avec sa compagne Alice, elle la cache en la laissant à l’hôtel. Elle assume sa relation, mais hésite à la révéler à son entourage. En quête d’acceptation, elle aimerait en parler, surtout à sa mère Wahida (Hiam Abbass), mais ne sait pas trop comment s’y prendre face à cette femme sévère.

    Mettre fin au silence et à la honte

    Tout en se penchant sur leur relation, Leyla Bouzid développe surtout son sujet en abordant le secret autour de l’homosexualité considérée comme une tare, une maladie, dans cette famille fermée, représentative d’une société homophobe. Les conversations menées plus particulièrement entre plusieurs générations de femmes, sont tendues. Le poids des non-dits plombent l’ambiance.

    Malgré tout, Lilia est déterminée à mener l’enquête sur les circonstances glauques du décès de  Daly, pour tenter de mettre fin au silence, à la honte. Cela permet à Leyla Bouzid de décrire, en arrière plan, la condition précaire des gays entre interdits, dissimulations, doubles vies, menaces de mort, condamnations par la loi. Elle en profite également pour souligner, avec simplicité, les différences fondamentales entre la France et la Tunisie sur la question.  

    Porté par la grande Hiam Abbass et la quasi débutante Eya Bouteraa, taiseuse mais intense, le film séduit par le refus de l’aspect démonstratif. Observatrice perspicace des rapports humains, son auteure préfère s’approcher des visages et des corps en privilégiant l’intime, les gestes, les regards les attitudes. Procédant avec délicatesse, sensibilité, discrétion, Leyla Bouzid n’en livre pas moins une œuvre à portée politique. On lui reprochera cependant des dialogues parfois pédagogiques, voire apprêtés, et un traitement trop superficiel des personnages secondaires.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 avril.  

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  • Grand écran: "Pour le meilleur" raconte le pari fou de Philippe Croizon, l'athlète quadri-amputé. Interview

    Jeune métallo père de famille de 26 ans, Philippe Croizon voit sa vie basculer le 5 mars 1994. Ce jour-là, il reçoit trois décharges de 20.000 volts en tentant de démonter l’antenne de télé accrochée à la cheminée de sa maison. Après deux mois de coma, il se réveille amputé des quatre membres. Son avenir semble brisé. Il parvient pourtant à surmonter son handicap, surtout quand il rencontre sa future compagne Suzana Sabino, dont l’amour et le soutien inconditionnel vont transformer sa vie et lui permettre de réaliser d’inimaginables exploits sportif. Dont une traversée de la Manche à la nage en moins de 24 heures!

    Marie-Castille Mention-Schaar, qui privilégie les histoires vraies dans son cinéma, (Le ciel attendra ou Divertimento), ne pouvait laisser échapper celle-ci. Pour le meilleur est directement inspiré du parcours hors-norme de Croizon. Elle choisit d’en faire une comédie dramatique, en se concentrant sur l’histoire d’amour entre Philippe (Pierre Rabine) et Suzana (Lilly-Fleur Pointeaux), une jeune maman séparée d’un mari violent, dont la rencontre va bouleverser son quotidien.

    Une volonté d’authenticité

    La cinéaste raconte ainsi la (re)construction du couple et le gigantesque défi qu’il s’est lancé: préparer Philippe à… traverser la Manche à la nage! Elle revient sur deux années d’entraînement, où apparaissent aussi Sandrine Bonnaire, Corinne Masiero et Pierre Deladonchamps. Deux années marquées par une somme inouïe de persévérance, de doutes, d’efforts, d’encouragements, qui ont permis à ce héros de réaliser son rêve.

    Aimant donner de l’énergie et de l’espoir, la réalisatrice veut éviter le sensationnalisme, le spectaculaire ou le racoleur, en recherchant l'approche humaine, la justesse des situations, la sincérité des dialogues, la réalité des émotions et la vérité des sentiments. En un mot l’authenticité. Elle convainc toutefois plus sur le fond que sur la forme, un peu trop prévisible et classique.

    De passage à Genève, elle raconte comment elle a découvert Philippe Croizon. "Un jour, je suis tombée sur une interview où il racontait ses exploits et j’ai trouvé incroyable que personne n’ait songé à faire un film sur lui". Marie-Castille l’a alors contacté. «Il connaissait un peu mon travail et a été d’accord de me rencontrer. Lorsque je suis arrivée chez lui, j’ai vu sa compagne, Suzana. Elle m’a fascinée. Lui était dans la lumière, elle non. J’allais changer ça. Pour moi c’était évident que leur histoire serait le fil conducteur. J’ai certes été motivée par le dépassement de soi, mais encore davantage par l’amour qui lie ces deux êtres, ce que Suzana a fait pour lui. Sans elle, l’impossible n’aurait pas été possible"

    Une heureuse coincidence

    La réalisatrice ajoute que Philippe Croizon a été super content de la rencontrer. "Je pense qu’il l’attendait, ce film. Mais encore fallait-il trouver le comédien. Cela n’a pas été facile. J’ai fait des recherches sur Internet et j’ai découvert que Pierre Rabine, un sportif quadri amputé faisait de la natation et était même médaillé. Je lui ai téléphoné et nous nous sommes vus à la Roche-sur-Yon, où il a son club. Je l’ai trouvé très beau, il était partant pour des essais. Comme il n’avait jamais joué, ce n’était pas évident d’assumer un rôle principal".

    En ce qui concerne Suzana, c’est une heureuse coïncidence qui lui a permis de la trouver.  "Lilly-Fleur était dans mon premier long métrage, Ma première fois J’avais envie de retravailler avec elle, mais pas forcément dans Pour le meilleur. Quand j’ai fait des essais avec Pierre Rabine, j’ai eu besoin de quelqu’un pour lui donner la réplique et je l’ai appelée. J’ai été émerveillée par sa ressemblance physique avec le personnage, par le couple tellement naturel qu’elle formait avec Pierre. Je la voulais absolument et je me suis battue pour l’imposer".

    Marie-Castille Mention-Schaar évoque un tournage parfois difficile. Lors de la traversée de la Manche, évidemment. "Nous privilégié des conditions réelles pendant les neuf derniers jours. L’eau était froide. Mais nous avions une grosse équipe, un coach de natation pour aider Pierre. En outre son personnage était arrivé sur un rocher et il fallait en trouver un". A noter enfin que le film inclut des scènes tournées avec le matériel adapté de Philippe Croizon pour plus d'authenticité.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 avril.

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