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le blog d'Edmée

  • Grand écran: "De la Comédie-Française", une oeuvre riche, joyeuse, trépidante, mêlant autodérision et tendresse. Interview

    Coréalisée par Martin Darondeau et Bertrand Usclat, De la Comédie-Française nous immerge dans les coulisses mouvementées de la prestigieuse institution. Un lieu où se côtoient différents milieux et personnalités, mais qui sont tous sur le même bateau. L'intrigue suit Nina (magnifique Pauline Clément), une sociétaire ultra stressée, qui a trois heures pour sauver sa première mise en scène de Macbeth.

    Hélas, les imprévus se multiplient. Allant de l’actrice principale coincée en Bretagne à la gestion d’un bébé, en passant par des conflits d’ego, des caprices de stars, des soucis techniques, des problèmes de badges et des pétages de plomb. Mais Nina doit absolument affronter cette cascade de catastrophes. D’abord conciliante, arrangeante, gentille, elle va apprendre à s’imposer au fil des minutes, pour que le rideau se lève. Car à la Comédie-Française peu importent les difficultés, il est totalement exclu d’annuler une représentation.

    Hommage aux 400 salariés de la Maison de Molière

    Révélés notamment sur Internet et dans des programmes courts, Martin Darondeau et Bertrand Usclat, auxquels se sont jointes Pauline Clément et Clémence Dargent pour l’écriture du scénario, ont travaillé avec de véritables membres de la troupe de la Comédie-Française pour garantir l’authenticité dans tous les domaines. Ils les ont ainsi rencontrés à de nombreuses reprises dans le but de mieux connaître les habitudes de travail de chacun, nourrissant le récit de faits réels, de situations insolites, de potins et d’anecdotes.

    Tout en rendant un vibrant hommage aux 400 salariés de la Maison de Molière (comédiens évidemment, mais aussi régisseurs, éclairagistes, costumiers, maquilleurs, responsables de la billetterie…), les deux auteurs proposent une comédie riche, joyeuse, sociétale, efficace, trépidante. Bouclée tambour battant en 75 minutes, mêlant autodérision et tendresse, elle séduit autant par son excellente interprétation, que par ses dialogues, son rythme et son humour.

    Un premier long métrage  

    "C’est une comédie résolument populaire. On n’a pas besoin de connaître le théâtre, avoir des références, pour prendre du plaisir. Mais au-delà du rire qu’elle déclenche, on espère surtout transmettre notre amour du spectacle vivant". De passage à Genève, Martin Darondeau nous raconte l’origine de cette aventure, un premier long métrage pour lui et Bertrand Usclat, ainsi qu’une première à l’écran pour la Comédie-Française.

    «On travaille depuis longtemps sur des sketches avec Pauline Clément, qui est donc sociétaire de la Maison. Un jour la Comédie lui a dit que si elle avait envie de proposer quelque chose, elle était la bienvenue. Elle nous en a parlé et à l’origine, ce devait être une série. Et puis c’est devenu un long métrage grâce à la disponibilité exceptionnelle de la salle Richelieu en raison de travaux. Mais le temps était compté. Elle n’était libre qu’en juin. Ce fut alors une course contre la montre. Un tournage totalement inhabituel de 15 jours. Un pari fou… ou pas».

    Bertrand Usclat et vous venez du théâtre. Vous évoluez en terrain connu.

    En effet. On parle d’un milieu qu’on affectionne et on fait du cinéma avec nos armes. En écrivant ce qui nous amuse, dont ici les différentes situations chaotiques, absurdes, sous pression, évoquées selon les individus. En grossissant le trait, voire en poussant le curseur à l’extrême On crée alors une galerie de personnages archétypiques, drôles, exacerbés, crédibles, et on tisse l’ensemble pour mettre en lumière tous ceux qui oeuvrent au bien-être de l’institution.

    Rien ne se passe comme prévu à trois heures du lever de rideau. L’un des ressorts comiques c’est cette histoire de badge que la metteuse en scène a oublié et qui l’empêche, au début, d’entrer dans la Comédie alors que tout le monde la connaît.

    C’est Pauline qui l’a provoqué. Un truc universel. On a tous connu une institution où on est coincé si on n’a pas son badge. Mais derrière cette plaisanterie se cache la réalité d’un endroit prônant la précision, le collectif, l’exigence.  

    Sans oublier la discipline.

    Elle est en effet carrément militaire. Les acteurs issus du théâtre partagent une rigueur particulière. Les premiers jours on nous a dit qu’on pouvait travailler jusqu’à 17 heures. Et l’heure d’est l’heure. Il y a un protocole que chacun respecte. C’est pour cela que la Maison tourne depuis 400 ans. 

    Un mot encore sur le choix des acteurs

    Très simple. On a pris le tiers de la troupe originale. Donc tous les rôles, y compris les plus modestes sont interprétés par des sociétaires ou pensionnaires de la Comédie française. Tous ont dit oui. A l’image de Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, ou Marina Hands, qu’on voulait absolument. Et bien sûr Pauline Clément, dont on a eu envie de creuser le personnage. Forcée de concilier vies professionnelle et privée, elle va finalement montrer, face aux nombreux obstacles à surmonter, une grande force intérieure derrière une apparence fragile.

    "De la Comédie française" à l’affiche dans les salles romandes, dès mercredi 22 juillet. A noter que le film a quasiment tout raflé au Festival de l'Alpe d'Huez.

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  • Grand écran. "L'Odyssée", péplum noir monumental, spectaculaire, en forme de tragédie psychologique et métaphorique

    Visage, flotte, guerre, homme, idée, ruse… C’est par ces mots-clés percutants, martelés par le barde de la cour Travis Scott et résumant de façon théâtrale les grands thèmes de l‘histoire, que commence L'Odyssée, le poème épique d’Homère réinventé par Christopher Nolan. Blockbuster le plus attendu de de l'année, ce péplum noir, monumental, se distingue nettement du divertissement de base hollywoodien.

    Dans cette œuvre spectaculaire, à la hauteur de son extraordinaire ambition, le réalisateur traite l’épopée d'Homère comme une tragédie psychologique, métaphorique, narrativement structurée en une succession de flashbacks. On y suit Matt Damon dans le rôle d'Ulysse, sur qui repose tout l’opus. Chargé par le chef suprême Agamemnon de mener le siège de Troie, le roi a été contraint de quitter sa reine Pénélope (Anne Hathaway) et son fils Télémaque (Tom Holland)

    Descente aux enfers

    De nombreuses années ont passé depuis le départ d’Ulysse. En son absence, les prétendants ont envahi le palais d’Ithaque, pressant Pénélope de se marier avec l’un d’eux. Plus particulièrement Antinoos (Robert Pattinson), qui se voit bien monter sur le trône. Pendant que Pénélope tisse sans fin le linceul funéraire de son beau-père pour gagner du temps et rester fidèle à son époux, et que Télémaque recherche un père qu’il n’a jamais connu, Ulysse et ses hommes entament leur dangereux périple pour rentrer chez eux. Une véritable descente aux enfers où ils doivent lutter contre les éléments, les créatures mythiques et affronter le courroux des dieux eux-mêmes, comme Poséidon et Hélios.

    Un récit imprégné de magie et de mythes

    Dans le premier film de l’histoire du cinéma entièrement tourné en IMAX, qu’il s’agisse de scènes d’action au gigantisme échevelé ou de petits moments intimes, Christopher Nolan, fidèle à ses thèmes fétiches, quête d'identité, vengeance distorsion du temps, propose un film exigeant, radical, crépusculaire, dans de somptueux décors naturels grecs, islandais, sahariens.  

    Le récit est par ailleurs imprégné de magie et de mythes. Cela nous vaut des épisodes horrifiques, violents, organiques, symboliques. A l’instar de la scène du cyclope, qui dévore les soldats d’Ulysse. Ou celles des sirènes dont le chant attire les hommes vers leur perte, de la magicienne Circé qui les transforme en porcs, du piège de Charybde, monstre marin aspirant les navires et Scylla une redoutable créature à six têtes arrachant les marins du pont du bateau. Sans oublier, dans un registre infiniment moins brutal, la nymphe Calypso retenant Ulysse par amour pendant sept ans sur son île.

    Des comédiens au top

    Matt Damon se révèle excellent en Ulysse, anti-héros brisé, patient, tenace, endurant, doté d'une grande intelligence, mais impuissant face aux éléments. Anne Hathaway campe formidablement une reine rusée, habile, consciente de sa position dangereuse, à la fois vulnérable et farouchement déterminée à ne pas céder aux prétendants et à protéger son fils. Incarné par un Tom Holland, qui livre lui aussi une prestation habitée, entre colère et frustration. Pas autant cependant que Robert Pattinson, prétendant belliqueux, intrigant et arriviste, qui fait parfois de l’ombre à Matt Damon.  

    Quelques bémols

    Tout en admirant la virtuosité de Christopher Nolan, on regrette le côté cérébral, analytique, philosophique de son film, au détriment de l’émotion. Evitant l’approche sensorielle, énigmatique, le réalisateur nous tient à distance. Tout comme il privilégie, à son habitude, un scénario verbeux et des dialogues trop explicatifs, didactiques. On n’est pas non plus fanatique de la bande son constante, immersive, épuisante. Le  compositeur Ludwig Göransson a choisi d'illustrer le voyage d'Ulysse en mêlant de façon enragée, plombante, agressive, choeurs et instruments grecs anciens.

    Controverse douteuse

    On notera enfin la petite polémique sur l'utilisation de dialogues en anglais contemporain et celle, beaucoup plus douteuse, sur le choix de l’actrice mexico-kenyane Lupita Nyong'o pour incarner Hélène de Troie. Cette option a provoqué de vifs débats sur les réseaux sociaux, mêlant infidélité mythologique et réactions racistes. Mais il suffit de savoir qu’ils ont notamment été initiés et attisés par des personnalités comme Elon Musk pour les balayer.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 15 juillet.

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  • Grand écran: dans "J'écris ton nom", De Gaulle doit se battre autant contre ses Alliés anglo-saxons que contre l'occupant allemand. Captivant

    Dans  L’âge de fer, premier volet du monumental dyptique La bataille de Gaulle, inspiré de l’ouvrage de l’historien Julian Jackson, Antonin Baudry se concentrait sur une période cruciale.. Alors que la France capitule, le général de Gaulle, déjà magistralement incarné par Simon Abkarian, s'envole seul pour Londres. Sans armée ni appui, il refuse la défaite et se lance, depuis la capitale britannique, dans un combat titanesque: convaincre les Alliés et le monde que la bataille n'est pas perdue. Couvrant des événements majeurs comme l’appel du 18 juin jusqu'à la bataille de Bir Hakeim, l’auteur proposait une fresque épique spectaculaire, mêlant guerre, drame et aventure.

    Avec J’écris ton nom, titre de la seconde partie faisant écho au poème Liberté (1942) de Paul Éluard symbolisant la Résistance, Antonin Baudry se focalise sur les années 1943 et 1944. ll délaisse les champs de bataille au profit des combats politiques, idéologiques et diplomatiques, même si on suit la division du général Leclerc (Niels Schneider) en Tunisie.  

    Le film met ainsi plus particulièrement en scène la confrontation aux dialogues percutants et historiquement rigoureux entre De Gaulle, Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, ces derniers, surtout l'Américain qui déteste le général, contestant sa légitimité. L'opus évoque aussi la création du Conseil national de la Résistance (CNR). 

    Explorant la tension psychologique d'un homme qui doit se battre autant contre ses Alliés que contre l'occupant, ce thriller captivant se singularise par des audaces scénaristiques. La première consiste à rendre l'armée allemande presque invisible, pour installer le gouvernement américain comme principal adversaire politique. Il est personnifié par un Roosevelt (Campbell Scott) désagréable, cynique, impérialiste.

    Le film met ainsi à mal l'image de libérateurs désintéressés, avec leur idée de vassalisation du pays représentée par la fameuse scène de la "nouvelle carte de France". Elle se réfère au projet de l'AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories), redécoupant notamment les frontières administratives. D’où l’importance d’un De Gaulle érigé en rempart, à la fois pour chasser les nazis et empêcher la France de devenir un protectorat américain.

    Une pétaudière de factions rivales

    J’écris ton nom se démarque par ailleurs du cinéma historique traditionnel glorifiant le côté «résistantialiste» de l'après-guerre, initié par De Gaulle lui-même pour réconcilier le pays. Brisant un tabou, Antonin Baudry se garde de montrer le mouvement clandestin tel un bloc uni et héroïque, mais le présente au contraire comme une véritable pétaudière de factions rivales, ou règne la guerre des chefs. L'oeuvre capte d'autre  art brillamment le climat de paranoïa et de méfiance réciproque, entre les communistes craignant la restauration d’un ordre bourgeois et les gaullistes redoutant l’établissement d’un régime soviétique.

    Le portrait de Jean Moulin sort aussi du cadre, apparaissant en négociateur et médiateur fatigué, contesté, tentant d'imposer l'autorité d'un De Gaulle considéré par certains leaders maquisards comme un "général de salon" éloigné.  Au sein de ce chaos, la création du Conseil national de la Résistance en mai 1943, relève du tour de force politique quasi magique. On aime cet autre regard de Baudry sur l’Histoire, même si tout n’est évidemment pas irréprochable dans ce mastodonte à la facture trop classique et célébrant un grand Charles trop parfait.

    La fusion Abkarian-De Gaulle

    Côté comédien, on saluera la performance de Simon Abkarian, habité par son personnage, porté par son obstination, voire sa colère. Tout en évitant l’imitation et la caricature, l’acteur ne s’interdit pas de libérer parfois son indéniable potentiel comique, pour humaniser davantage un De Gaulle écrasé par l’importance de sa mission. Le reste du casting français est à la hauteur avec Thierry Lhermitte, excellent en général Giraud, militaire traditionnaliste un rien douteux, mis sur la touche par le génie politique de son illustre rival.  

    Niels Schneider s’imprègne pareillement de son rôle, le général Leclerc, homme passionné, l'un des premiers héros de la France libre sur le terrain. Sans oublier Anamaria Vartolomei, qui prête magnifiquement ses traits à Livia, figure majeure de la jeunesse féminine engagée dans la Résistance intérieure.

    En revanche, à part Campbell Scott en Roosevelt, les protagonistes anglo-saxons ne séduisent guère. A l’image de Simon Russel, campant un Winston Churchill carrément clownesque avec sa perruque rousse. On regrette en outre le côté pompier de la musique composée par Théo Cascio.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 1er juillet.

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