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le blog d'Edmée

  • Grand écran: Agnès Jaoui ménage la chèvre et le chou dans "L'objet du délit". Une comédie chorale plutôt laborieuse

    Le film suit les coulisses de la préparation de l'opéra Les Noces de Figaro. Une accusation d'agression sexuelle éclate au sein de la troupe, mettant en péril la production et forçant chacun à prendre position. Du moins l’attend-on. Signée Agnès Jaoui, cette comédie chorale veut explorer les mouvements féministes, le racisme ordinaire, le choc des générations, l’évolution du patriarcat et l'impact du mouvement #MeToo.

    L'objet du délit est son premier film en solo après la disparition de son compagnon artistique Jean-Pierre Bacri et cela se sent. Manque de férocité, de piquant, de subtilité, de finesse. En voulant jongler avec tous ces thèmes conzemporains, Agnès Jaoui perd le fil de son récit et nous avec. D’abord, elle ne prend pas franchement parti et, pour esquiver la complexité et la violence réelle des débats actuels, choisit une résolution consensuelle, façon théâtre de boulevard,

    Cette absence de point de vue permet de ne pas prendre de risques sur des sujets brûlants. A l’image du sexisme et du racisme mal traités sous l’angle du vaudeville, comme de simples ressorts comiques, avec des répliques qui tombent à plat. La réalisatrice s’insurge mollement, renvoyant dos à dos pour s’en débarrasser le vieux macho sûr de son bon droit et la jeune militante rebelle. Tous deux aussi insupportables l’un que l’autre.

    Enfin les comédiens cantonnés dans des personnages caricaturaux (dont notamment Daniel Auteuil ou Eye Haïdara), ne sont du coup pas au mieux de leur forme. A commencer par Agnès Jaoui elle-même dans le rôle d’Hannah, une cantatrice arrogante qui défend plutôt «le droit d’importuner», soit la vision d'une époque révolue. Le reste est à l’avenant avec le vieux metteur en scène dépassé, la jeune activiste radicale, le maestro odieux avec ses intolérables caprices. Sans oublier le béotien qui découvre l’opéra et en tombe amoureux. Du déjà vu en beaucoup mieux dans Le goût des autres.

    Bref. L’objet du délit se révèle aussi laborieux qu’artificiel. Logique. Ménager la chèvre et le chou avec une équipe à côté de la plaque ne pouvait pas faire des étincelles.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 mai.

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  • Festival de Cannes: "Fjord", une deuxième Palme d'Or un rien décevante pour le Roumain Cristian Mungiu

    Le président Park Chan-wook et ses jurés ont tranché. Au terme d’une compétition très ouverte, la 79e édition du Festival de Cannes, qui ne nous a pas franchement fait grimper aux rideaux, s'est achevée avec la consécration de Cristian Mungiu, pour son film Fjord. Déjà médaillé d’or en 2007 pour Quatre mois, trois semaines, deux jours, le réalisateur roumain rejoint le club fermé des double palmés comme Francis Ford Coppola, Bille August, Emir Kusturica, Shohei Imamura, les frères Dardenne, Michael Haneke, Ken Loach et Ruben Östlund.

    Cette Palme relativement inattendue nous déçoit. On aime bien le film mais pas jusqu’à la récompense suprême qu’on aurait tant voulu voir remportée par Emmanuel Marre pour Mon salut. Le Français doit se contenter du Prix du scénario. Et on ne vous parle pas des inconditionnels de Hope, dont l’auteur Na Hong-jin repart les mains  vides.

    Pour en revenir à Fjord, Cristian Mungiu livre une chronique sociale en s’intéressant aux réactions suscitées par un couple roumano-norvégien, évangélique installé dans un village au bord d’un fjord. Très pieux, il est soupçonné de maltraiter ses enfants, provoquant un emballement administratif aberrant. Tout en refusant de prendre parti, l’auteur installe rapidement une tension entre les parents, les voisins et la protection de l’enfance, fondée sur la peur du jugement, la rigidité des valeurs et l’impossibilité du dialogue.

    Les noms des autres primés sont plus ou moins conformes, dans le désordre ou dans d’autres catégories, aux rumeurs qui couraient sur la Croisette. Ainsi qu’à nos pronostics. Les  voici.  Grand prix du jury : Minotaure d'Andreï Zviaguintsev.  Prix du scénario: Emmanuel Marre pour Notre salut. Prix de la mise en scène: Los Jarvis pour La Bola Negra» et Pawel Pawlikowski pour Fatherland. Prix d'interprétation féminine : Virginie Efira et Tao Okamoto pour Soudain de Ryusuke Hamaguchi. Prix d'interprétation masculine : Emmanuel Macchia et Valentin Campagne pour Coward de Lukas Dhont. En revanche on a du mal à comprendre le Prix du jury qui est allé à L'aventure rêvée de Valeska Grisebach. On n’a pas tenu les 167 éprouvantes minutes, évoquant les tribulations d’une archéologue, se retrouvant progressivement au cœur d'une société criminelle. .

    Enfin la Caméra d'Or, qui récompense un premier film, est allée à Ben'imana de Marie-Clémentine Dusabejambo. L’œuvre nous ramène au Rwanda en 2012. Après le génocide des Tutsis, des tribunaux populaires sont mis en place pour apporter justice et réconciliation.

    Et voilà, c’en est fini de Cannes 2026, qui a proposé pas mal de bons films, mais pas de ceux qui vous font courir comme des dératés d’un bout à l’autre de la Croisette de crainte de rater le chef d’oeuvre. Pour résumer pas de gros coups de cœur et la constatation, comme d’habitude, que des longs métrages des sections parallèles auraient avantageusement remplacé, en compétition, des sélectionnés frisant la médiocrité.

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  • Festival de Cannes: en attendant la Palme d'Or du jury, voici la nôtre: "Notre salut" d'Emmanuel Marre. Avec le génial Swann Arlaud

    Avec des personnalités aussi différentes, que l’Américaine Demi Moore, la Belge Laura Wandel, la Chinoise Chloé Zhao, l’Irlando-Ethiopienne Ruth Negga, le Britannique Paul Laverty, l’Ivoirien Isaach de Bankolé, le Suédois Stellan Skarsgård, et le  Chilien Diego Cespedes, difficile de prévoir quelle Palme d’Or va sortir du chapeau de ce jury présidé par le Sud-Coréen Park Chan-wook. Va-t-il user de son influence pour pousser Hope, de son compatriote Na Hong-Jin, comme l’espèrent les inconditionnels du cinéaste? Mystère.

    En attendant le verdict lors de la cérémonie de clôture ce soir, à nouveau animée par la comédienne Eye Haïdara, on vous livre notre Palme d’Or de cette 79e édition.. Il s’agit de Notre salut du Français Emmanuel Marre. Evoquant la banalité du mal, il nous offre un regard inédit sur la collaboration, inspiré de la vie de son arrière-grand-père, fonctionnaire à Vichy pendant la guerre.

    Septembre 1940, Au lendemain de la débâcle, le régime de Pétain se met en place. Fauché, sans contact, loin de sa famille, Henri Marre, qui va fêter ses 50 ans, débarque à Vichy.  Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes pour relever la France.  

    Tout en suivant le quotidien de fonctionnaires participant, persuadés de bien faire, à la mise en place du système qui a conduit à la complicité criminelle avec les nazis, le film montre des êtres médiocres, mais dévorés d’ambition. Voyant dans cette sorte de régime, l'occasion rêvée de combler leur désir de revanche sociale. Et qui, comme Henri Marre, vont tomber du mauvais côté de l'Histoire. Un film vertigineux, parlant d’aujourd’hui, puissamment réalisé, et génialement interprété par Swann Arlaud.

    Mais il n’y a pas que la Palme d’Or.  Voici nos favoris pour le reste du palmarès. Grand Prix du Jury : Soudain du Japonais Ryusuke Hamaguchi. Prix du jury. Paper Tiger, de l’Américain James Gray. Prix du scénario:  Coward du Belge Lukas Dhont. Prix de la mise en scène : Minotaure du Russe Andreï Zviaguintsev, Prix d’interprétation masculine : Swann Arlaud pour Notre salut. Prix d’interprétation féminine: Virginie Efira  pour Soudain.

    Cela dit, le critique ne fait que proposer. La tension monte...

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