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le blog d'Edmée

  • Festival: Everybody's Perfect propose un copieux programme cinéma et célèbre l'esprit cabaret

    Devenu incontournable dans le paysage culturel genevois, Everybody’s Perfect conforte sa réputation grandissante, en s’entourant de plusieurs collaborations artistiques, événementielles, institutionnelles et associatives majeures. La directrice Sylvie Cachin se réjouit d’ailleurs d’un contact surprise initié par de jeunes journalistes souhaitant travailler dans le cadre du festival pour en parler. Un bémol toutefois: le soutien moindre de la Ville. «Officiellement elle a coupé partout, mais nous sommes les premiers à y passer.»

    Pour sa 13 édition qui se déroule du 9 au 18 octobre, le menu cinéma est copieux: 34 longs métrages et 39 courts, venant de 25 pays couvrant les cinq continents. Pour les longs, 24 fictions dont 13 premiers films et 10 documentaires. De tous genres et styles, ils s’articulent autour de différents thèmes, «A Way of Life», «Territoires», «Echos», ou encore «Parcours émancipés». Dans ces œuvres majoritairement inédites en Suisse, on trouve «des sourires malicieux, des échappées belles, des mots spirituels, des effeuillages audacieux», énumère Sylvie Cachin, qui ajoute: «On a choisi un parti, celui d’en rire».

    En ouverture, Strange Journey: The Story Of Rocky Horror, documentaire réalisé par Linus O’Brien, retrace l’histoire extraordinaire de la comédie musicale culte de son père, Richard O’Brien. Le film explore les débuts du spectacle dans l’Angleterre du début des années 1970 jusqu’à son immense succès théâtral à Londres, Los Angeles et New York. Une célébration de la transgression, de la culture queer et de la liberté d’être soi-même.

     En clôture, on découvrira  Stop That Train, de l’Américain Adam Shankman. Une grosse bouffonnerie, avec un célèbre casting de drag queens, qui forment l’équipage d’un train à grande vitesse dont les freins ont lâché…Entre les deux, des perles à ne pas manquer, évoquant la quête identitaire, l’amour sous pressions, l’Intersexuation, le féminisme, la drogue et le sexe, ou encore l’éveil lesbien

    Le cabaret au cœur du festival

    Art aux multiples dimensions et vertus, le cabaret fait aujourd’hui partie intégrante d’Everybody’s Perfect. Et plus encore cette année, où il en explore l’essence subversive, la charge politique et la transgression des codes. Le festival présentera notamment Diamanda Callas, chanteuse parisienne travestie gothique et égotique, pour une performance exceptionnelle avec l’orchestre Geneva Camerata lors de la soirée d'ouverture le 10 octobre. à La Gravière. Il y aura aussi un cabaret politique littéraire et musical d'Emilie Pictet autour de Marlene Dietrich, avec Lady Ricart au piano, suivi du show de Mascare, poète sonore, artiste subversive et DJ, avec la chanteuse Bili Bellegarde et des invités surprises, le 16 octobre au Groove. Le programme recèle encore d’autres spectacles, des séances de dédicaces, des dialogues à trois voix et des fêtes inédites. À l’image de cette soirée de danse country, le 15 octobre au Groove, comme dans les westerns, en ligne et à deux, mais surtout, en version queer!

    Everybody’s Perfect, du 9 au 18 octobre, principalement à la Maison des Arts du Grütli. Programme complet et billetterie sur everybodysperfect.ch

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  • Grand écran: "L'espèce explosive", métaphore déjantée des tensions sociales, de nos pulsions et de nos désirs. Interview de sa réalisatrice Sarah Arnold

    Dans le nord-est de la France, des sangliers prolifèrent et ravagent des terres agricoles, tandis qu’une élite cynégétique entretient volontairement le gibier afin de préserver le prestige de ses chasses privées. Au milieu de cette guerre entre agriculteurs ruinés et riches chasseurs, Brun, un céréalier au bord de la failliteil . Poussé à bout par un notable du coin, il lui tire dessus et disparaît dans la nature.

    Un an plus tard, un gendarme corse est muté dans cette campagne qui lui est totalement étrangère pour reprendre les investigations sur le meurtre, Alors qu’on pourrait penser à un film policier rural classique, sa réalisatrice Sarah Arnold le transforme en une fable burlesque, politique, sur la violence sociale, le désir, mêlant humour noir et invasion de sangliers pour raconter une société sur le point d’exploser.

    L’histoire se déroule dans une région rurale aux paysages rudes, un territoire de contrastes et de débordement, faisant écho au tempérament indomptable du sanglier et à la trajectoire de ses personnages. L’enquête policière sur la disparition de Brun se double ainsi d'une enquête psychanalytique, mettant en scène un duo dysfonctionnel, incarné par le gendarme corse Fulda Orsini (Alexis Manenti), personnage complexe et décalé, anti-héros  en plein burn out amoureux et existentiel- Il est flanqué de Stéphane, la psy de la gendarmerie, un électron libre catapulté dans cet univers tendu et machiste, dont elle bouscule les codes et les habitudes.

    De passage à Genève, la réalisatrice qui est née en Italie, a grandi à Zurich et vit en France, nous raconte la genèse de ce premier long métrage auquel elle pensait depuis longtemps. J’avais plusieurs histoires en tête, mais tout s’est éclairci en 2012 par la lecture d'un article dans Libération, intitulé «Campagnes à feux et à sanglier». Il relatait le conflit entre les agriculteurs et le puissant syndicat des chasseurs locaux, qui favorisent la prolifération des sangliers au détriment des cultures. Mais je me disais, c’est un film de mecs, de clans, en plus un polar, donc du genre plutôt masculin, bref, je n’y arriverai jamais. J’ai donc mis cette histoire de côté».

    Et pourquoi l’avez-vous ressortie ?

    Tout à coup j’ai vu une image de sanglier resurgir, telle une métaphore de nos pulsions, de nos désirs, de ce qui déborde. Pour moi, cette guerre entre chasseurs et agriculteurs illustrait les mécanismes invisibles du pouvoir et le hold up social.

    Vous avez dû vous livrer à pas mal de recherches

    J’ai rencontré des chasseurs très chouettes, qui mangent le gibier qu’ils tuent, sont contre la chasse business ou de loisir pour les accros de la sauvagerie. J’ai aussi fait un stage d’une semaine à la gendarmerie. Là, c’était moins cool. J’avais un peu peur, même si l’inspecteur qui m’a accueillie était sympa. Mais on n’est pas du même coté de la barricade. Il fallait que je tienne ma langue

    Vous nous embarquez dans enquête complètement déjantée

    J’avais envie de travailler sur le ridicule. Faire sérieusement un film qui ne se prend pas au sérieux. Je. ne crois pas à l'héroïsme. J’aime les gens qui galèrent, font de leur mieux. J’aime les humains imparfaits à l'image du gendarme Fulda. Ce sont eux l’espèce explosive, pas les sangliers

    Vous vous êtes nourrie du cinéma d'auteur français et américain, comme Patricia Mazuy, les frères Coen et surtout Hal Harrley, dont vous êtes fan.

    J’adore son sens du dialogue absurde et je me suis en effet inspirée d’un de ses personnages secondaires, un gendarme très perturbé qui vient de se faire larguer Un misogyne de façade comique et grotesque, à la fois  touchant et dégoûtant. J’ai rencontré Alexis Manenti en 2020. C’est un acteur très provocateur, aux origines corses. Un mâle dominant que j’avais envie de transformer.

    Le rôle féminin a-t-il été écrit pour Ella Rumpf ?

    Non. Je l’ai trouvée en dernier. Je connaissais son caractère. J’ai fait de essais avec beaucoup d’actrices mais Ella était une évidence. On se retrouvait dans la politique, le cinéma, le côté suisse. Elle est un peu moi. Mais l’homme et les sangliers aussi

    Vous accordez une très grande importance aux dialogues et à la musique.

    Effectivement. Ce sont de véritables duels verbaux. Je prends mon plaisir dans le film quand les mots claquent. En ce qui concerne la musique, il était important de ne pas faire de la mélodie. J’ai travaillé pendant des mois pour composer une bande originale avec des morceaux de jazz, de rap ,de hip hop. De façon à ne pas pouvoir classer le film.

    L’espèce explosive, 95 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 octobre

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  • Grand écran: "Naza", la mécanique glaçante des frappes à Gaza. Une oeuvre aussi indispensable que dérangeante

    Documentaire choc réalisé par les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, Naza explore de manière clandestine l'utilisation de l'intelligence artificielle et la banalisation des «dommages collatéraux » (dont le titre en hébreu est l'acronyme) par l'armée israélienne à Gaza.

    Coproduit par The Guardian, supervisé par Jonathan Glazer, notamment auteur du magistral Zone Of Interest, les auteurs articulent leur film autour d’un dispositif minimaliste et implacable, donnant une intensité rare aux témoignages anonymes de  24 appelés et officiers du renseignement militaire israélien

    Tournés exclusivement de nuit sur les toits de Tel-Aviv, les entretiens sont menés face à l'animateur principal dont on distingue vaguement le profil. Face à lui, les lanceurs d'alerte restent dans le noir  Les réalisateurs choisissent par ailleurs d’utiliser des voix désincarnées, monotones, modifiées numériquement pour d’évidentes raisons de sécurité, face aux menaces du gouvernement de Benjamin Netanyahu.

    Le résultat est saisissant et l'horreur s'installe, confrontant le spectateur à la normalisation du massacre Tandis que ces voix calmes presque robotiques racontent de l'intérieur la mécanique des bombardements à Gaza depuis le 7 octobre 2023, la caméra offre un contraste puissant sur la vie nocturne et paisible de Tel-Aviv.  

    Dans sa dernière partie, le long métrage bascule brutalement en entrant directement dans l’enclave palestinienne. Une rupture narrative et visuelle bouleversante, marquée par les images réelles d'un père appelant son fils et cherchant désespérément sa famille dans les décombres. Un contrepoint ultime aux silhouettes anonymes et intangibles des soldats, sur les toits de Tel-Aviv

    Document historique majeur

    Oeuvre glaçante indispensable  et profondément dérangeante, preuve de l’existence persistante d’une autocritique et d’une opposition démocratique dans la société civile israélienne, Naza s'impose comme un document historique majeur. il a été salué par une formidable standing ovation à la dernière Mostra de Venise, d’où il est reparti avec le Prix spécial du jury.

    En Israël  en revanche, le film est sans surprise l’objet d’un rejet massif de la part des institutions et d'une large partie de l'opinion publique. Le qualifiant de «trahison»,  de «propagande mensongère», le ministre de la Culture Miki Zohar, a vivement attaqué les deux cinéastes, allant jusqu'à réclamer l'ouverture d'une enquête sur leurs sources et leur déchéance de nationalité

    «Naza », 80 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 30 septembre.

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