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le blog d'Edmée

  • Grand écran: "Soudain", drame franco-japonais léger et grave, plein d'humanité et de poésie. Avec un duo d'actrices solaires

    Marie-Lou (Virginie Efira) est la directrice dévouée d'un établissement pour personnes âgées en banlieue parisienne. Elle se bat pour imposer l'Humanitude. Cette philosophie de soins exigeante est basée sur l'écoute, le regard et la dignité des résidents. Elle comprend notamment des séances déroutantes de massages de pieds, objets de toutes les attentions.  

    A force de se démener, Marie-Lou se trouve bientôt au bord du burn out. Sa vie repend son sens lorsqu'elle rencontre Mari (Tao Okamoto) une dramaturge nippone en phase terminale d’un cancer, de passage à Paris. Leur rencontre fortuite donne naissance à une amitié fusionnelle et bilingue lors  de longues promenades nocturnes le long de la Seine, où elles évoquent à la fois la mort et les rigidités du système de santé.

    Premier film du Japonais Ryūsuke Hamaguchi tourné en France. Soudain se révèle aussi singulier que poignant, évitant tout pathos ou mélodrame exagéré en dépit de son sujet. Ce long métrage humaniste de plus de trois heures s'inspire librement du livre documentaire Kyū ni guai ga waruku naru (2019), qui rassemble la correspondance épistolaire réelle entre une philosophe en fin de vie et une anthropologue médicale japonaise.

    Le film est principalement porté par Virginie Efira. Magnifique comme d’habitude, elle a même appris le japonais pendant plusieurs mois, et nous bluffe en délivrant de longues séquences dans cette langue qu’elle semble parfaitement maîtriser.  Face à elle Tao Okamoto livre une partition subtile, intime, pleine de grâce. Les deux jeunes femmes ont remporté le prix de l’interprétation féminine au dernier festival de Cannes.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 12 août.  

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  • Festival de Locarno: tour d'horizon entre Piazza Grande, compétition et rétrospective

    A mi-parcours du Festival, arrêtons-nous d’abord sous les étoiles. Paper Tiger de l’Américain James Gray, transfuge de Cannes où il figurait en compétition, tient la corde pour l’heure, grâce à un retour au polar new-yorkais façon années 1980. Porté par Adam Driver (photo) et  Miles Teller, le neuvième film de l’auteur explore à la fois la relation complexe entre deux frères et l'emprise de la mafia russe. S’il n’est pas spécialement inventif et novateur, ce mélodrame nous emporte pour sa mise en scène, ses excellents acteurs et la reconstitution très précise du New York des eighties.

    Frank & Louis vaut également le détour. Premier long-métrage en anglais de la cinéaste suisse-italienne Petra Volpe, il se déroule dans un pénitencier américain. L'histoire suit Frank, un détenu condamné à la perpétuité. Pour optimiser ses chances d'obtenir une libération conditionnelle, il accepte de s'occuper de prisonniers âgés et atteints de démence. Un calcul froid qui se transforme petit à petit en une émouvante relation humaine avec Louis l'un de ses codétenus.  

    On aime à la fois l’interprétation, la réalisation et la façon sensible dont l’auteure du palpitant En première ligne traite des thèmes importants comme la culpabilité et la rédemption, la vieillesse et la maladie en milieu carcéral. Ainsi que l’effet bénéfique du dévouement des prisonniers aidants, sur l'état de santé physique ou mental de leurs « patients ».

    A signaler aussi Ich ist ein Anderer (Je est un autre selon la formule de Rimbaud), réalisé par l'Allemand Felix Randau. Drame historique psychologique.il se déroule en 1952, à bord d'un train de nuit. Une journaliste (Hedda) et son mari  veulent piéger Felix Kersten, l'ancien masseur personnel du chef de la SS Heinrich Himmler.  Kersten prétend avoir profité de sa position pour négocier la libération de milliers de prisonniers des camps de concentration. Ce dont doute fortement  Hedda. La performance convaincante de ses deux protagonistes l'Autrichienne Valerie Pachner et le Danois Claes Bang contribue à la réussite de ce film, inspiré de faits et de personnages réels.  

    On n’en dira as autant de The Invite, signé Olivia Wilde, remake américain du film espagnol Sentimental. Mariés depuis longtemps  Joe (Seth Rogen) et Angela (Olivia Wilde) sont tombés dans une routine marquée par la rancœur, une communication et une vie sexuelle inexistantes. Pour briser ce train-train déprimant, Angela décide d'inviter à dîner leurs nouveaux voisins du dessus, Hawk (Edward Norton) et Pina (Penélope Cruz).

    Sans tabou, adeptes du polyamour et de l’‘échangisme, ces derniers ne vont pas tarder à inviter  leurs hôtes à  partager leurs ébats  Se voulant décomplexé, audacieux, libertin, voire indécent, le film se révèle surtout convenu, sans surprise avec son thème éculé. Cela n’a pas empêché le public conquis de manifester joyeusement son plaisir, lors de la projection sur une Piazza Grande pleine à craquer.

    Suicide assisté, quête existentielle et randonnée mortelle

    Côté compétition, l’enthousiasme n’est pas trop au rendez-vous. Rassemblant des films du monde entier, 17 en l’occurrence, cette importante section est censée proposer quelques pépites. Mais ce cru 2026 demeure pour l’instant et comme d’habitude le parent pauvre du festival.

    On retiendra toutefois  Violence du corps de l’autre du réalisateur québécois Denis Côté, un habitué de Locarno notamment lauréat d’un Léopard d’or en 2005. Le cinéaste s’intéresse au parcours de Mira (Larissa Corriveau), une jeune femme solitaire sillonnant les routes à la rencontre de gens désespérés ou condamnés, avec qui elle a noué d’étranges pactes de mort. Elle les assiste pour une mort digne, en leur laissant un poison létal à diluer dans un verre d'eau. Sans attache, elle s’arrête en forêt chez Madeleine et Ludo, gourou un peu louche. Troublée par la rencontre d’un jeune homme exalté, elle profite de cette pause dans ses missions, pour réévaluer ses sombres contrats. Dans ce film abordant frontalement le suicide assisté, on trouve encore l’acteur français Philippe Rebbot et la comédienne Gabrielle Lazure.

    Avec Brave New Love la réalisatrice danoise Maria Bäck livre une sorte de radiographie moderne du mariage, de la maternité et des frontières de la fidélité. On y découvre Kate dans une quête existentielle du désir et de l’amour. Hypnothérapeute, épouse et mère, elle mène une double vie qui bascule lorsque son amant part pour la Grèce. Le film vaut pour La performance des acteurs et une mise en scène réaliste, teintée de mythologie, d’onirisme et d’humour.

    Intéressant également Manhunt, du Canadien Wayne Wapeemukwa. Inspiré de faits réels survenus au Canada en 2019, il suit le road trip vers le nord du pays de deux jeunes incels (contraction anglaise pour célibataires involontaires). Obsédés par les jeux vidéo de tir, ils sont sujets à des élans de dérive fasciste. Cette plongée psychologique et violente plaît pour son esthétisme, mais génère un malaise constant en raison de son ambiguïté morale

    Un mot enfin sur la rétrospective qui ne cesse, elle, de nous emballer en présentant des chefs d’œuvre. Ils ont coûté cher à leurs auteurs, suspectés de communisme. Poursuivis par la Commission des activités antiaméricaines, inscrits sur la tristement célèbre liste noire de Hollywood, ils ont été bannis des studios ou ont dû s’exiler pour pouvoir continuer à travailler. Voir ,pour plus d’infos, nos critiques dans la rubrique cinéma du site tdg.ch.

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  • Festival de Locarno: un programme ultra-riche pour cet incontournable rendez-vous cinéma

    Du 5 au 15 août Locarno devient, comme chaque année, un lieu de rencontre privilégié pour les cinéastes et les cinéphiles. Issue d’un nombre record de 7 759 films reçus, la sélection officielle de cette 79e édition se veut à la fois un espace de découverte et  un terrain d’expérimentation pour de nouvelles voix cinématographiques, selon son directeur artistique Giona A. Nazzaro. 
     
    Avec 233 films, dont 103 premières mondiales et huit premières internationales, le programme témoigne, ajoute-t-il,  d’une grande diversité, où l’audace formelle côtoie des œuvres inspirantes et fédératrices. Il  réunit par ailleurs 11 premiers longs métrages en lice pour le Swatch First Feature Award, ainsi que 19 films éligibles au Pardo for Change, une distinction qui récompense des œuvres à résonance sociale, portant sur des enjeux environnementaux, éthiques et socioculturels.
     
    À travers des films de 69 pays, tous formats confondus, cette édition confirme la place unique d’un rendez-vous incontournable, en mettant en lumière créations indépendantes, films à gros potentiel populaire et formes émergentes du cinéma de demain. L'événement compte 11 différentes sections. Zoom sur ses trois principaux piliers. 
     
    La compétition internationale
     
    Parmi les 17 films venus de Corée du Sud, Chili, Allemagne, Canada, Royaume-Uni ou Brésil en lice pour le Léopard d'or, figure une coproduction suisse, O Jacaré, dernier volet de la trilogie du cinéaste helvético-portugais Basil Da Cunha. Il mêle drame et thriller autour du butin d'un braquage dans le quartier populaire de Lisbonne Reboleira, qu’il filme depuis quinze ans.
     
    La chasse au fauve se distingue par des films forts, le plus souvent centrés sur la famille, précise Giona A, Nazzaro. Parmi eux, Alberi erranti, adapté par le réalisateur italien Salvatore Mereu d'un roman d'Alberto Capitta, dans lequel se croisent les destins de trois familles sardes.
     
     La magie de la Piazza Grande
     
    Les projections en plein air de la Piazza Grande restent incontournables. Il y en aura également dix-sept. En ouverture, Les yeux verts du duo français Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, là encore un drame familial qui oscille entre réalité et monde onirique. On verra par ailleurs le dernier-né de la réalisatrice italo-suisse Petra Volpe, Frank & Louis, racontant l’amitié en prison entre deux détenus. Il s'agit du premier film en anglais de l’auteure, qui nous avait emballés l’an dernier avec En première ligne.
     
    A découvrir l’insolite Ich ist ein Anderer (Je est un autre) de l’Allemand Félix Randau. En 1952, une journaliste et son mari tendent un piège dans un train à Felix Kersten, l'ancien masseur personnel du chef des SS Heinrich Himmler. Le film explore la frontière floue entre le héros et l'opportuniste, incarnant l'idée que « l'autre » cache une facette sombre.
     
    Tandis que Martin Scorsese (Taxi Driver) et David Lynch (Sailor et Lula) sont de la partie, James Gray (Paper Tiger) et Rafiki Fariala (Congo Boy) jouent les transfuges de Cannes sous les étoiles. Ni vue ni connue, comédie franco-belge de Marc Fitoussi explorant les coulisses du cinéma, fera la clôture.
     
    Les festivaliers pourront en outre voir dans le cadre d'Histoire(s) du cinéma Soudain du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, et redécouvrir le western Danse avec les loups (1990) de Kevin Costner, dans une version restaurée 
     
    La Rétrospective se penche sur la chasse aux sorcières
     
    Comme toujours très attendue, la Rétrospective, riche d’une quarantaine d’œuvres, se penche sur la chasse aux sorcières. Alors que la guerre froide entre les États-Unis et l'Union soviétique constituait un élément déterminant de la politique mondiale, des voix d'extrême droite au sein du système politique américain dénonçaient l'infiltration communiste d'Hollywood. Paniquée, l'industrie instaura une liste noire qui brisa des carrières, contraignit des artistes à adopter des pseudonymes, étouffa la liberté d'expression et força des créateurs à s'exiler à l'étranger.
     
    Red & Black-Hollywood Left and the Blacklist (Rouge et Noir-Hollywood de gauche et la Liste noire) propose une nouvelle analyse de cette époque répressive. Le programme met en lumière des films marquants de réalisateurs, scénaristes et acteurs aussi divers que John Garfield, Joseph Losey, Dalton Trumbo, Dorothy Parker, Richard Wright et Charles Chaplin, et retrace les origines et les conséquences de la chasse aux sorcières anticommuniste aux États-Unis, en Europe et au-delà.
     
    Couvrant fictions, documentaires, actualités et courts métrages des États-Unis, de Grande-Bretagne, d'Espagne, d'Italie, de France, du Mexique et d'Argentine, Red & Black réunira des restaurations numériques et des copies d'archives pour une étude inédite du cinéma de cette période, avec en ouverture une projection spéciale du film Broken Arrow (1950) de Delmer Daves, écrit par le scénariste non crédité Albert Maltz (l'un des célèbres Hollywood Ten). Un ouvrage de référence accompagnera le projet, et pour la première fois un podcast retracera l'histoire et le contexte de l'ère du maccarthysme.
     
    Entre talents émergents, hommages et invités
     
    Et voici quelques infos de plus. Dans la catégorie des talents émergents, la Suisse est représentée par Small Talk du Genevois Mateo Ybarra. Projetée en première mondiale, la fiction documentaire évolue dans une école de bonnes manières, la dernière en activité en Suisse.
     
    Treize films sont à l'affiche hors concours, dont Ah que le bonheur est proche! du Franco-Suisse François-Christophe Marzal. Cette tragicomédie met en scène Jean-Luc Bideau dans le rôle d'un vieil acteur qui supporte très mal sa doublure. À l'occasion de la sortie du film, un hommage à l’acteur Jean-Luc Bideau pour l’ensemble de sa carrière durant le festival.
     
    Locarno honorera aussi Virginie Efira, sacrée meilleure actrice à Cannes pour Soudain, avec un Leopard Club Award. Asia Argento, figure rebelle du cinéma italien et du mouvement #MeToo, sera quant à elle distinguée pour l’ensemble de sa carrière. Tout comme le réalisateur James Gray. Son collègue Darren Aronofski recevra un Léopard d’honneur.
     
    Enfin, parmi les célébrités invitées, on notera la présence de Monica Bellucci, Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain. Petra Volpe, Hong Sang-Soo, Albert Serra.
     
    Festival international du film de Locarno, du 5 au 15 août. Plus de renseignements: info@locarnofestival.ch. Telephone 0917562121
     
     

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