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le blog d'Edmée

  • Grand écran: dans "J'écris ton nom", De Gaulle doit se battre autant contre ses Alliés anglo-saxons que contre l'occupant allemand. Captivant

    Dans  L’âge de fer, premier volet du monumental dyptique La bataille de Gaulle, inspiré de l’ouvrage de l’historien Julian Jackson, Antonin Baudry se concentrait sur une période cruciale.. Alors que la France capitule, le général de Gaulle, déjà magistralement incarné par Simon Abkarian, s'envole seul pour Londres. Sans armée ni appui, il refuse la défaite et se lance, depuis la capitale britannique, dans un combat titanesque: convaincre les Alliés et le monde que la bataille n'est pas perdue. Couvrant des événements majeurs comme l’appel du 18 juin jusqu'à la bataille de Bir Hakeim, l’auteur proposait une fresque épique spectaculaire, mêlant guerre, drame et aventure.

    Avec J’écris ton nom, titre de la seconde partie faisant écho au poème Liberté (1942) de Paul Éluard symbolisant la Résistance, Antonin Baudry se focalise sur les années 1943 et 1944. ll délaisse les champs de bataille au profit des combats politiques, idéologiques et diplomatiques, même si on suit la division du général Leclerc (Niels Schneider) en Tunisie.  

    Le film met ainsi plus particulièrement en scène la confrontation aux dialogues percutants et historiquement rigoureux entre De Gaulle, Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, ces derniers, surtout l'Américain qui déteste le général, contestant sa légitimité. L'opus évoque aussi la création du Conseil national de la Résistance (CNR). 

    Explorant la tension psychologique d'un homme qui doit se battre autant contre ses Alliés que contre l'occupant, ce thriller captivant se singularise par des audaces scénaristiques. La première consiste à rendre l'armée allemande presque invisible, pour installer le gouvernement américain comme principal adversaire politique. Il est personnifié par un Roosevelt (Campbell Scott) désagréable, cynique, impérialiste.

    Le film met ainsi à mal l'image de libérateurs désintéressés, avec leur idée de vassalisation du pays représentée par la fameuse scène de la "nouvelle carte de France". Elle se réfère au projet de l'AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories), redécoupant notamment les frontières administratives. D’où l’importance d’un De Gaulle érigé en rempart, à la fois pour chasser les nazis et empêcher la France de devenir un protectorat américain.

    Une pétaudière de factions rivales

    J’écris ton nom se démarque par ailleurs du cinéma historique traditionnel glorifiant le côté «résistantialiste» de l'après-guerre, initié par De Gaulle lui-même pour réconcilier le pays. Brisant un tabou, Antonin Baudry se garde de montrer le mouvement clandestin tel un bloc uni et héroïque, mais le présente au contraire comme une véritable pétaudière de factions rivales, ou règne la guerre des chefs. L'oeuvre capte d'autre  art brillamment le climat de paranoïa et de méfiance réciproque, entre les communistes craignant la restauration d’un ordre bourgeois et les gaullistes redoutant l’établissement d’un régime soviétique.

    Le portrait de Jean Moulin sort aussi du cadre, apparaissant en négociateur et médiateur fatigué, contesté, tentant d'imposer l'autorité d'un De Gaulle considéré par certains leaders maquisards comme un "général de salon" éloigné.  Au sein de ce chaos, la création du Conseil national de la Résistance en mai 1943, relève du tour de force politique quasi magique. On aime cet autre regard de Baudry sur l’Histoire, même si tout n’est évidemment pas irréprochable dans ce mastodonte à la facture trop classique et célébrant un grand Charles trop parfait.

    La fusion Abkarian-De Gaulle

    Côté comédien, on saluera la performance de Simon Abkarian, habité par son personnage, porté par son obstination, voire sa colère. Tout en évitant l’imitation et la caricature, l’acteur ne s’interdit pas de libérer parfois son indéniable potentiel comique, pour humaniser davantage un De Gaulle écrasé par l’importance de sa mission. Le reste du casting français est à la hauteur avec Thierry Lhermitte, excellent en général Giraud, militaire traditionnaliste un rien douteux, mis sur la touche par le génie politique de son illustre rival.  

    Niels Schneider s’imprègne pareillement de son rôle, le général Leclerc, homme passionné, l'un des premiers héros de la France libre sur le terrain. Sans oublier Anamaria Vartolomei, qui prête magnifiquement ses traits à Livia, figure majeure de la jeunesse féminine engagée dans la Résistance intérieure.

    En revanche, à part Campbell Scott en Roosevelt, les protagonistes anglo-saxons ne séduisent guère. A l’image de Simon Russel, campant un Winston Churchill carrément clownesque avec sa perruque rousse. On regrette en outre le côté pompier de la musique composée par Théo Cascio.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 1er juillet.

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  • Grand écran: "Nous l'orchestre", immersion captivante, sensorielle et poétique dans la musique symphonique moi ni ki

    Pas de véritable histoire avec un scénario qui se déroule de façon classique en se terminant par un grand concert, mais une immersion technique, sensorielle et poétique en forme de déclaration d’amour à la musique. Au lieu de se borner à un reportage sur et dans les coulisses de l’Orchestre de Paris, le réalisateur Philippe Béziat opte en effet pour une démarche centrée sur l’humain, le politique, l’individualisme et le collectif.

    Révélant les secrets de la création symphonique, Nous l’orchestre, documentaire virtuose captivant, réussissant l’exploit d’être accessible à tous les publics, nous plonge ainsi au cœur de l’ensemble. Grâce à une caméra qui capte et nous fait ressentir le son des instruments, le souffle, la tension nerveuse des 120 musiciens, à la fois concentrés, crispés et complices.

    L’auteur nous laisse par ailleurs partager leurs confidences, qu’il recueille grâce à un dispositif narratif original. Pour ne pas couper la musique (qui garde constamment le premier rôle) par des interviews habituels face caméra, Philippe Béziat a choisi d’afficher les mots à l’écran sous forme de cartons, comme dans les films muets.

    Un même corps musical avec quelques... dissonances

    Montrant la manière dont des individus d’âges, de milieux, de nationalités de sexe différents  parviennent à ne former qu'un même corps musical, il ne néglige pas la complexité de les faire cohabiter, évoquant leurs doutes, leurs frustrations, voire leurs griefs  A l’image de cet homme  qui confie, à l’occasion d’une séquence humoristiquement dissonante, qu’il a parfois l’impression d’être à côté d’un mur, en parlant d’une consoeur…

    Bien que focalisée sur les musiciens, l'œuvre se révèle également passionnante lors des répétitions avec les chefs aux styles contrastés, de l’énergique directeur de la formation parisienne Klaus Mäkelä, prodige trentenaire finlandais, à l’émouvant vétéran suédois Herbert Blomstedt (97 ans), en passant par la jeune hongkongaise Elim Chan.

    La bande originale du film est construite à partir du grand répertoire symphonique des XIXe et XXe siècles, comme L'Oiseau de feu d’Igor Stravinsky, qui sert de pilier narratif. Les connaisseurs (et les amateurs) apprécieront en outre Shéhérazade de Rimski-Korsakov, Le Barbier de Séville de Rossini. Sans oublier des œuvres de Béla Bartók, Anton Bruckner, Dmitri Chostakovitch. Et bien sûr Maurice Ravel  identité sonore de l’Orchestre de Paris.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 24 juin.

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  • Grand écran: "Broken English" explore la vie de Marianne Faithfull, icône du rock disparue le 30 janvier 2025. Original et passionnant

    Jane Pollard et Iain Forsyth ont imaginé un dispositif singulier pour raconter Marianne Faithfull. Dans leur documentaire hybride, déroutant et un rien excentrique, l’icône de la culture britannique fait l’objet d’une investigation. Elle est dirigée par la présidente (Tilda Swinton) du Ministère fictif du Non oubli, flanquée d’un enquêteur, joué par George MacKay .

    Leur mission, rétablir la vérité sur la vie de Lady Marianne au moyen d’archives rares, de témoignages, de remises en question des médias de l’époque, d’extraits de vidéos, de photographies, de lettres, de témoignages de proches. Courant et banal à première vue. Mais outre des allers et retours perturbants, il y a surtout la parole de l’intéressée. Elle a accepté de participer personnellement et physiquement au projet, malgré une santé fragile dues aux séquelles d’un covid contracté en 2020 et qui l’avait plongée dans le coma. Sa présence permet de donner sa propre version des faits sur un parcours aussi mouvementé que passionnant.  

    Figure emblématique du Swinging London et de la British Invasion

    On retrouve ainsi l’artiste protéiforme, musicienne et actrice talentueuse, figure iconique des années 60 à aujourd’hui. Révélée à 16 ans avec le hit  As Tears Go By écrit par Mick Jagger et Keith Richards, elle est propulsée sur le devant de la scène en 1964. Elle devient une figure emblématique du Swinging London et de la British Invasion.  Après ses premiers succès, elle enchaîne avec d'autres tubes comme Come and Stay with me et Sister Morphine. Parallèlement, elle entame une carrière d'actrice en 1967, jouant pour Jean-Luc Godard, Patrice Chéreau et Sofia Coppola.

    Mais cette fille de bonne famille, cultivée, égérie des Rolling Stones, cataloguée ex de Mick Jagger, s’est aussi abîmé les cordes vocales par des années de drogue, qui l’ont en outre poussée à vivre comme une SDF dans le quartier londonien de Soho. Elle en a toutefois fait un atout, traversant le folk, la new wave, le jazz et le blues de sa voix grave, rauque, éraillée et cassée. D’où Broken English, titre du documentaire repris du fameux album de sa renaissance en 1979, après une longue absence liée à sa descente aux enfers.

    Si on est séduit par le côté original de l’opus, on l’est encore davantage par la légende de la musique et du rock britannique. On aime sa présence forte, son authenticité, son humour, son  autodérision, sa manière de réagir aux différentes images. Marianne Faithfull offre par ailleurs une ultime performance au côté de Nick Cave et Warren Ellis, dans ce film qu’elle n’aura pas vu . Peu après sa participation au tournage, elle meurt d’un cancer et d’un emphysème le 30 janvier 2025.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 17 juin.

     

     

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