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le blog d'Edmée

  • Grand écran: "Nous l'orchestre", immersion captivante, sensorielle et poétique dans la musique symphonique moi ni ki

    Pas de véritable histoire avec un scénario qui se déroule de façon classique en se terminant par un grand concert, mais une immersion technique, sensorielle et poétique en forme de déclaration d’amour à la musique. Au lieu de se borner à un reportage sur et dans les coulisses de l’Orchestre de Paris, le réalisateur Philippe Béziat opte en effet pour une démarche centrée sur l’humain, le politique, l’individualisme et le collectif.

    Révélant les secrets de la création symphonique, Nous l’orchestre, documentaire virtuose captivant, réussissant l’exploit d’être accessible à tous les publics, nous plonge ainsi au cœur de l’ensemble. Grâce à une caméra qui capte et nous fait ressentir le son des instruments, le souffle, la tension nerveuse des 120 musiciens, à la fois concentrés, crispés et complices.

    L’auteur nous laisse par ailleurs partager leurs confidences, qu’il recueille grâce à un dispositif narratif original. Pour ne pas couper la musique (qui garde constamment le premier rôle) par des interviews habituels face caméra, Philippe Béziat a choisi d’afficher les mots à l’écran sous forme de cartons, comme dans les films muets.

    Un même corps musical avec quelques... dissonances

    Montrant la manière dont des individus d’âges, de milieux, de nationalités de sexe différents  parviennent à ne former qu'un même corps musical, il ne néglige pas la complexité de les faire cohabiter, évoquant leurs doutes, leurs frustrations, voire leurs griefs  A l’image de cet homme  qui confie, à l’occasion d’une séquence humoristiquement dissonante, qu’il a parfois l’impression d’être à côté d’un mur, en parlant d’une consoeur…

    Bien que focalisée sur les musiciens, l'œuvre se révèle également passionnante lors des répétitions avec les chefs aux styles contrastés, de l’énergique directeur de la formation parisienne Klaus Mäkelä, prodige trentenaire finlandais, à l’émouvant vétéran suédois Herbert Blomstedt (97 ans), en passant par la jeune hongkongaise Elim Chan.

    La bande originale du film est construite à partir du grand répertoire symphonique des XIXe et XXe siècles, comme L'Oiseau de feu d’Igor Stravinsky, qui sert de pilier narratif. Les connaisseurs (et les amateurs) apprécieront en outre Shéhérazade de Rimski-Korsakov, Le Barbier de Séville de Rossini. Sans oublier des œuvres de Béla Bartók, Anton Bruckner, Dmitri Chostakovitch. Et bien sûr Maurice Ravel  identité sonore de l’Orchestre de Paris.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 24 juin.

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  • Grand écran: "Broken English" explore la vie de Marianne Faithfull, icône du rock disparue le 30 janvier 2025. Original et passionnant

    Jane Pollard et Iain Forsyth ont imaginé un dispositif singulier pour raconter Marianne Faithfull. Dans leur documentaire hybride, déroutant et un rien excentrique, l’icône de la culture britannique fait l’objet d’une investigation. Elle est dirigée par la présidente (Tilda Swinton) du Ministère fictif du Non oubli, flanquée d’un enquêteur, joué par George MacKay .

    Leur mission, rétablir la vérité sur la vie de Lady Marianne au moyen d’archives rares, de témoignages, de remises en question des médias de l’époque, d’extraits de vidéos, de photographies, de lettres, de témoignages de proches. Courant et banal à première vue. Mais outre des allers et retours perturbants, il y a surtout la parole de l’intéressée. Elle a accepté de participer personnellement et physiquement au projet, malgré une santé fragile dues aux séquelles d’un covid contracté en 2020 et qui l’avait plongée dans le coma. Sa présence permet de donner sa propre version des faits sur un parcours aussi mouvementé que passionnant.  

    Figure emblématique du Swinging London et de la British Invasion

    On retrouve ainsi l’artiste protéiforme, musicienne et actrice talentueuse, figure iconique des années 60 à aujourd’hui. Révélée à 16 ans avec le hit  As Tears Go By écrit par Mick Jagger et Keith Richards, elle est propulsée sur le devant de la scène en 1964. Elle devient une figure emblématique du Swinging London et de la British Invasion.  Après ses premiers succès, elle enchaîne avec d'autres tubes comme Come and Stay with me et Sister Morphine. Parallèlement, elle entame une carrière d'actrice en 1967, jouant pour Jean-Luc Godard, Patrice Chéreau et Sofia Coppola.

    Mais cette fille de bonne famille, cultivée, égérie des Rolling Stones, cataloguée ex de Mick Jagger, s’est aussi abîmé les cordes vocales par des années de drogue, qui l’ont en outre poussée à vivre comme une SDF dans le quartier londonien de Soho. Elle en a toutefois fait un atout, traversant le folk, la new wave, le jazz et le blues de sa voix grave, rauque, éraillée et cassée. D’où Broken English, titre du documentaire repris du fameux album de sa renaissance en 1979, après une longue absence liée à sa descente aux enfers.

    Si on est séduit par le côté original de l’opus, on l’est encore davantage par la légende de la musique et du rock britannique. On aime sa présence forte, son authenticité, son humour, son  autodérision, sa manière de réagir aux différentes images. Marianne Faithfull offre par ailleurs une ultime performance au côté de Nick Cave et Warren Ellis, dans ce film qu’elle n’aura pas vu . Peu après sa participation au tournage, elle meurt d’un cancer et d’un emphysème le 30 janvier 2025.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 17 juin.

     

     

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  • Grand écran: "Jim Queen", comédie d’animation gay déjantée et politique, dissèque l'homophobie à un rythme d’enfer

     «Reste toi-même, les autres sont déjà pris». Tel est le credo de Jim Parfait, icône gay de la scène parisienne, influenceur et adepte inconditionnel du bodybuilding. Pour cette star barbue et hyper baraquée des réseaux sociaux, la vie se résume à faire de la muscu le jour est de clubber la nuit. Et puis, horreur, il voit l’un de ses précieux abdos disparaître. Suivi d’un autre, et d’un autre encore…  Terrifié il court aux urgences pour découvrir qu’il contracté l’hétérose, une mystérieuse épidémie sexuellement transmissible courant depuis une semaine, qui transforme les gays en hétéros. Ces derniers développent soudain une obsession pour la monogamie et un désir irrépressible de reproduction.

    Adulé jusqu’ici, Jim Parfait, modèle superficiel et égocentrique, se fait rejeter par tout le monde.  A  l’exception de Lucien, un éphèbe timide de 23 ans, secrètement amoureux de lui. Mais ce premier follower, antithèse absolue de l’idole déchue, est sous la coupe d’une mère tyrannique, par ailleurs ministre de la Santé. Intolérante et réactionnaire, elle lui fait du chantage affectif pour l’empêcher de sortir en boîte et avouer qu’il est gay. Un mot honni qui met dans une rage folle cette incarnation de la queerphobie, antagoniste principale férocement caricaturée.

    Mais le caractère abusif de sa mère, le rendant incapable de faire son coming out, va finalement pousser Lucien à fuir le domicile familial, ce qui nous vaut une incursion rocambolesque parmi les différentes tribus du Marais (twinks, musclés, bears, drag queens, instagays). Le jeune homme s’associe ensuite à Jim, le rêve de son existence. Ensemble ils vont parcourir les lieux pour tenter de trouver le docteur Ragoult, détenteur du remède miracle au virus qui menace l'univers queer.

    A la fois quête émancipatoire et allégorie percutante des discriminations de la culture queer, Jim Queen, premier long métrage des studios Bobbypills, est signé des réalisateurs français Marco Nguyen et Nicolas Athané. Qui s’amusent donc à inverser les normes sociales, pour disséquer l’homophobie notamment gouvernementale et institutionnelle, tout en dénonçant violemment les thérapies de conversion et l’homonormativité.

    Autodérision poussée à l’extrême

    Irrévérencieux, trash, coloré, flashy, inventif, cette comédie d’animation déjantée aux dialogues grinçants et au rythme d'enfer, pousse l’autodérision à l’extrême en détournant les clichés, les insultes ou les fantasmes complotistes qui entourent la communauté. Il mise ainsi beaucoup sur l'accumulation de jeux de mots osés comme la solution fionale, la recherche de la chloroqueer, allant jusqu'à évoquer la «Gaystapo », milice dont la mission est de reconvertir de force les homos contaminés par l’hétérose.

    Les auteurs  s’attaquent ainsi également aux discriminations internes au milieu queer, brossant un portrait critique de ses propres dérives. Utilisant l’absurde et le loufoque pour démontrer que le rejet, d’où qu’il vienne, repose toujours sur le refus de l’altérité et de la vulnérabilité. En égratignant tout le monde, Jim Queen se présente comme une œuvre plus profonde et politique qu’elle n’en a l’air. Un miroir cinglant en somme.

    Et on n’oubliera pas les prestations vocales dans cette satire pop aux accents de comédie musicale façon Disney transgressif.  A commencer par Alex Ramires dans le rôle de Jim Parfait et Jérémy Gillet dans celui de Lucien. Quant à Philippe Katerine prêtant sa voix à… la Prostate, il est comme toujours irrésistible.

     A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 juin.

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