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le blog d'Edmée

  • Festival de Locarno: le Léopard d'or à "You Don't Belong Here" du Roumain Florin Serban

    La 79e édition du Festival de Locarno s’est achevée samedi soir avec la remise du Léopard d’or au film roumain You Don’t Belong Here. Ce drame de Florin Serban marque le retour du réalisateur au long métrage après huit ans d’absence. Focalisé sur une relation père-fils, il évoque l’effondrement du monde d'un médecin-chef, confronté à la double vie nocturne et à la dérive meurtrière de Ioan, son rejeton.

    Ce Léopard, Florin Serban le voulait et a tout fait pour l’avoir, avec un film calibré festival. On salue toutefois l’écriture, la singularité, la rigueur de la mise en scène et l’interprétation. Teodor Butanescu, qui  joue Ioan, a d’ailleurs reçu une mention spéciale. L’œuvre a également remporté le premier Prix du jury des jeunes, ainsi que le Prix Europa Cinemas Label.

    The Riverbank des Brésliliens Matheus Farias et Enock Carvalho a décroché le Prix spécial du Jury. L’ histoire, qui se déroule principalement dans les mangroves de Recife, lieux de drague gay, explore le conflit entre la moralité évangélique, les désirs cachés, la culture queer et les tensions de la violence institutionnelle. Le Léopard (très convenu) de la meilleure réalisation a été attribué au Sud-Coréen Hong Sangsoo pour Nowhere to Lay My Eyes, chronique intimiste et minimaliste sur deux jours, centrée sur des retrouvailles familiales. L'opus a également valu à son actrice Kim Minhee un prix d’interprétation. Monica Belllucci en a raflé un autre (et là c’est une vraie blague!) pour Ketticè de l’Italien Giovanni Tortorici.

    Plus que mérités en revanche, le Léopard d’or de la section Cinéastes du présent et le Prix de la première oeuvre pour The Illusion of an Everlasting Summer de l’Argentine Alessandra Sanguinetti. Remarquable documentaire, il a été tourné sur plus de 25 ans, suivant deux cousines de leur enfance dans la pampa argentine jusqu'à l'âge adulte.

    Signalons enfin que le Prix du public a été décerné à la réalisatrice italo-suisse Petra Volpe pour Frank & Louis. L'histoire suit Frank, condamné à la perpétuité. Pour optimiser ses chances d'obtenir une libération conditionnelle, il accepte de s'occuper de prisonniers âgés et atteints de démence. Il nouera petit à petit une émouvante relation avec Louis l'un de ses codétenus.  

    Les salles ont fait le plein dans les différentes sections

    Le Festival de Locarno a réussi sa 79e édition, remplissant les salles des différentes sections avec des films forts, exigeants, poétiques côté concours, intéressants, divertissants voire plus sur la Piazza Grande. Alliant les thèmes de la famille, du rapport aux arbres, de l’urgence écologique, au glamour sous les étoiles. Avec notamment la présence d'Isabelle Huppert, de Sandrine Kiberlain, Virginie Efira, Isabella Rossellimi, Olivia Wilde, Darren Aronofsky, ou James Gray.

    Et on n’oubliera pas la remarquable rétrospective Red & Black-Hollywood Left and the Blacklist explorant le cinéma américain de gauche, marqué par le maccarthysme à travers une cinquantaine d'œuvres. Avec des films engagés, des créateurs exilés, sur liste noire, des résistants à la censure, des classiques revisités, illustrant la terrible répression gouvernementale contre l'industrie hollywoodienne. Autant de chefs d’oeuvre captivants, édifiants, bouleversants, sous tension, qui ont attiré une foule enthousiaste (on a rarement vu autant de monde au Grand Rex) et dont on vous a passionnément parlé dans la rubrique cinéma du site tdg.ch.

    Et pour finir vivement le 80e, qui se tiendra du 4 au 14 août 2027!

     

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  • Festival de Locarno: la chasse au Léopard d'Or est terminée. Qui va mettre le fauve en cage?

    La compétition internationale s’est achevée avec The House On The Moon (image). Le Singapourien Nelson Yeo revisite le mythe traditionnel chinois de la déesse Chang-Er d'une manière inédite et singulière. La divinité part à la recherche de son amant l'archer Hou Yi, célèbre pour avoir abattu les soleils, mais qui a disparu au cours d’une mission visant à sauver l’astre mourant. Chang-Er se lance alors dans un périlleux voyage vers la face cachée de la lune, en compagnie d’un bandit terrien qui s’est écrasé accidentellement dans son monde.

    Nelson Yeo s'inspire du cinéma de Hong Kong des années 1990 pour créer une ambiance magique et poétique dans des décors à la fois anciens et futuristes.. A la frontière des genres, ce film à dimension métaphorique mêle mythologie asiatique, science-fiction et une touche d’arts martiaux. Tout en illustrant le choc des cultures et le besoin planétaire de connexion. Nelson Yeo, qui avait remporté le Léopard d’Or dans la section Cinéastes du présent en 2023 avec son premier long métrage Deaming & Dying plaira-t-il au jury, présidé par le réalisateur belge Fabrice Du Welz? Pourquoi pas ?

    Parmi les autres prétendants susceptibles d’attirer plus spécialement l'attention des jurés, You Don't Belong Here, drame roumain de Florin Șerban. Se déroulant dans une ville de province, il explore la culpabilité, l'amour paternel et ses limites, ainsi que les tensions sociales à travers l'histoire de Marius. Chirurgien respecté, il entretient une relation difficile avec son fils Ioan qu’il élève seul. Ce dernier se retrouve mêlé à un meurtre lors d'une virée nocturne violente avec son groupe de voyous masqués qui vandalise des voitures. Ioan est rapidement soupçonné, faisant s'effondrer le monde de son père. Florin Serban livre un film un peu trop calibré festival, mais qui séduit par sa mise en scène rigoureuse, son ambiance tendue et le jeu des acteurs.

    Alberi erranti, fresque poétique réalisée par le cinéaste sarde Salvatore Mereu et écrite avec Alberto Capitta d'après son roman pourrait aussi avoir ses chances. Elle suit les destins croisés et les oppositions de trois clans, avant de basculer dans une fable politique et un plaidoyer pour le droit d'asile. Point faible, son inutile étirement sur trois heures qui finit par perdre le spectateur. Cette saga rejoint en cela d’autres oeuvres de la compétition sur la famille, ses secrets et ses dysfonctionnements, choisissant la pesanteur et la lenteur au détriment de l’intensité et de l’émotion.

    On ajoutera trois opus léopardables précédemment cités: Violence du corps de l’autre du Québécois Denis Côté, Brave New Love de la Danoise Maria Bäck et Manhunt du Canadien Wayne Wapeemukwa. Verdict demain soir sur la Piazza Grande.

    Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, un duo irrésistible sous les étoiles

    Après Paper Tiger, Franck&Louis ou Ich ist ein Anderer, dont on vous a déjà parlé, on n‘a pas boudé notre plaisir avec Ni vue ni connue du Français Marc Fitoussi. Corinne Maclou (Isabelle Huppert) est une figurante de cinéma qui enchaîne les tournages dans l'espoir d'obtenir enfin un vrai rôle. Elle désespère de percer, lorsque sa vie prend un nouveau tournant en croisant la route d'une actrice célèbre (Sandrine Kiberlain). Une relation se noue et Corinne espère voir son rêve se réaliser, tout en doutant que cette vedette veuille véritablement l'aider à intégrer la grande famille du cinéma.

    Complices et irrésistiblement comiques, les deux comédiennes qui se connaissent bien forment un duo parfait dans cette comédie jubilatoire pleine d’humour et d’autodérision, égratignant le nombrilisme et certaines aberrations du milieu. A contre-emploi, Isabelle Huppert excelle en figurante maladroite, pot de colle et vindicative, à l'opposé de ses rôles habituels. Quant à la piquante Sandrine Kiberlain, elle s’amuse avec une certaine férocité de son statut de star.

    Cette satire caustique rend par ailleurs un joli hommage aux figurants, personnages de l'ombre sans qui le cinéma n'existerait pas.

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  • Grand écran: "Soudain", drame franco-japonais léger et grave, plein d'humanité et de poésie. Avec un duo d'actrices solaires

    Marie-Lou (Virginie Efira) est la directrice dévouée d'un établissement pour personnes âgées en banlieue parisienne. Elle se bat pour imposer l'Humanitude. Cette philosophie de soins exigeante est basée sur l'écoute, le regard et la dignité des résidents. Elle comprend notamment des séances déroutantes de massages de pieds, objets de toutes les attentions.  

    A force de se démener, Marie-Lou se trouve bientôt au bord du burn out. Sa vie repend son sens lorsqu'elle rencontre Mari (Tao Okamoto) une dramaturge nippone en phase terminale d’un cancer, de passage à Paris. Leur rencontre fortuite donne naissance à une amitié fusionnelle et bilingue lors  de longues promenades nocturnes le long de la Seine, où elles évoquent à la fois la mort et les rigidités du système de santé.

    Premier film du Japonais Ryūsuke Hamaguchi tourné en France. Soudain se révèle aussi singulier que poignant, évitant tout pathos ou mélodrame exagéré en dépit de son sujet. Ce long métrage humaniste de plus de trois heures s'inspire librement du livre documentaire Kyū ni guai ga waruku naru (2019), qui rassemble la correspondance épistolaire réelle entre une philosophe en fin de vie et une anthropologue médicale japonaise.

    Le film est principalement porté par Virginie Efira. Magnifique comme d’habitude, elle a même appris le japonais pendant plusieurs mois, et nous bluffe en délivrant de longues séquences dans cette langue qu’elle semble parfaitement maîtriser.  Face à elle Tao Okamoto livre une partition subtile, intime, pleine de grâce. Les deux jeunes femmes ont remporté le prix de l’interprétation féminine au dernier festival de Cannes.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 12 août.  

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