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le blog d'Edmée

  • Grand écran: "Les échos du passé", une fresque singulière, exigeante, riche, mais souffrant d'une certaine lourdeur

    Une ferme isolée d’Europe de l’Est, pas très loin de la future frontière avec la RFA. Alma, une fillette, Erika, une pré-adolescente, Angelika, une adolescente et Lenka, une jeune femme, y vivent à quatre époques différentes. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs existences semblent se répondre.

    Avec ce drame intergénérationnel, Mascha Schilinski, 41 ans, offre le regard de ses héroïnes sur les différentes facettes de la condition féminine, du début du 20e à nos jours. Leurs récits en voix off dévoilent leurs rêves ef leurs pensées. La réalisatrice allemande montre surtout, entre abus, inceste ou stérilisation forcée, la violence faite aux femmes sous immuable domination patriarcale et les traumatismes qui en résultent, transmis de mère en fille. De l'éclairage à la bougie pour Alma, au téléphone portable de Lenka les décors et les vêtements changent, mais les comportements machistes n’évoluent guère.  

    Cette ambitieuse fresque historique, à la fois puissante, singulière, exigeante, déroutante, un rien spectrale et horrifique, souffre toutefois d’une certaine lourdeur, proche de l’ennui. On regrettera également, en dépit d’une esthétique riche, une mise en scène labyrinthique, passant trop souvent du flashback au flashforward.. Elle n’en a pas moins permis à Mascha Schilinski de décrocher, avec Sirat d’Olivier Laxe, le Prix du jury, au dernier Festival de Cannes. Les échos du passé a par ailleurs été choisi pour représenter l’Allemagne aux Oscars. Haut du formulaire

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 janvier.

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  • Grand écran: "Le pays d'Arto", voyage en Arménie en compagnie de Camille Cottin

    Céline (Camille Cottin) se rend pour la première fois en Arménie pour régulariser la mort de son mari. Elle doit retrouver son acte de naissance, afin que leur fils puisse hériter de sa nationalité. Mais elle découvre qu’Arto lui a menti pendant des années. Il a fait la guerre, pris une autre identité et est considéré comme déserteur par ses anciens amis. Céline entreprend alors un voyage dans son passé.. Au fil de son enquête, elle va rencontrer plusieurs personnes dont des anciens combattants et de jeunes militants.
     
    Le pays d’Arto est le premier long métrage de fiction de l’Arménienne Tamara Stepanyan. La réalisatrice, issue du documentai, entreprend un travail de mémoire  en nous emmenant dans un pays fracturé, défiguré par les catastrophes et les guerres. Derrière l’histoire personnelle d’un homme, se dévoilent les secrets et les traumatismes cachés d’une nation où le drame perdure dans une quasi indifférence mondiale.
     
    En mettant sobrement en scène a quête identitaire de son héroïne, Tamara Stepanyan livre un film proche du road movie. Digne, vrai, émouvant en dépit de quelques maladresses, il est porté par une excellente Camille Cottin, qui propose une interprétation touchante, délicate et sensible.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 décembre.

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  • Grand écran: fascinants, bouleversants, intrigants, amusants, mes films préférés de 2025

    Chaque année, il est difficile de ne sélectionner que quelques films parmi les nombreuses sorties. Mais il faut bien choisir. Alors voici, entre drame, comédie, thriller, témoignage, émancipation, mes favoris plus ou moins dans l'ordre.

    Nouvelle vague

    Le réalisateur américain Richard Linklater retrace en noir et blanc le tournage mouvementé  d’À bout de souffle, rendant ainsi un hommage émouvant, plein d’énergie, d’humour et d’amour à Jean-Luc Godard. Irrésistible, cette restitution ludique, désinvolte, joyeuse, certes un brin subjective, mais extraordinairement rigoureuse est une grande réussite, due également à ses comédiens. A commencer par Guillaume Marbeck, formidable en Godard dont il a parfaitement saisi le comportement, l’allure, le phrasé, l’accent, les mimiques, le potentiel comique. Il se l’approprie sans le singer, un exploit.. Joey Deutch se montre tout aussi bluffante en Jean Seberg.

    Dossier 137

    Inspirée de faits réels, l'oeuvre nous ramène à la nuit du 8 décembre 2018, au moment des manifestations des Gilets jaunes. Infiltré au sein de l’IGPN, la police des polices. Dominik Moll propose un drame captivant, très documenté, porté par la toujours brillante Léa Drucker. Evitant tout manichéisme, Moll ne juge pas, ne dénonce pas, mais démontre la difficulté de faire reconnaître les violences policières par la hiérarchie et le pouvoir politique. Au fil de l’intrigue, il s’interroge sur le rapport du pays avec ses citoyens, le mépris de classe, le dogme du maintien de l’ordre, le sens et le poids des images. Une enquête à suspense pleine de tension, de fausses pistes et de pressions syndicales.  

    L’étranger

    François Ozon revisite en noir et blanc L’étranger d’Albert Camus, paru en 1942. Il nous ramène en 1938 à Alger et suit l’énigmatique Meursault (Benjamin Voisin). Après avoir enterré sa mère sans manifester la moindre émotion, ce dernier se laisser entraîner dans des affaires louches et finira, sans qu’on sache trop pourquoi, par tuer un Arabe sur une plage. Remarquable, Benjamin Voisin se glisse dans la peau de cet homme à la passivité perturbante. Mutique, détaché de tout, il n’éprouve rien, ne montre rien. Tout lui est égal.. Il sera certes condamné à la peine capitale pour son crime, mais son absence totale de remord et son incapacité à pleurer sa mère ne seront pas étrangères à la terrible sanction   

    Une bataille après l’autre  

    Dans une course poursuite burlesque, haletante,  Bob (Leonardo DiCaprio) ancien révolutionnaire désabusé et paranoïaque, expert en explosifs, remue ciel et terre pour sauver sa fille des griffes de son ennemi juré, un colonel suprémaciste blanc (Sean Penn), qui refait surface après 16 ans. Ce film, librement inspiré d’un roman de Thomas Pynchon, permet à Paul Thomas Anderson de mêler film d’action, thriller politique et drame intime. Le réalisateur s’ingénie à brouiller les postes pour livrer une critique acerbe de l’Amérique contemporaine sur fond d’humour grinçant. Les deux comédiens rivalisent de talent face à la virtuosité du réalisateur.

    Un simple accident

    Visage de la résistance à la répression dans son pays, Jafar Panahi poursuit le portrait de la dictature iranienne. Avec Un simple accident, tourné clandestinement, il signe un récit politique passionnant et bouleversant, couronné à Cannes en mai dernier par la Palme d’or. Un jour, son héros pense identifier celui qui l’a torturé et brisé sa vie lors de son incarcération. Déterminé à se venger, il le suit, l’enlève le lendemain et menace de l’enterrer vivant dans le désert. Mais il a un doute… Entre thriller et road movie, Jafar Panahi propose, dans cette œuvre forte et audacieuse, un fascinant dilemme moral doublé d’une attaque frontale contre le régime. 

    La petite dernière

    Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde entre fêtes, copains et copines. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle se détache de sa famille, de ses traditions et s’éveille à l’homosexualité. Hafsia Herzi, qui a décroché la Queer Palm à Cannes, brosse un portrait tendre et sensible de son héroïne, en livrant avec pudeur, évitant les clichés et les préjugés, un vibrant récit d’émancipation sexuelle et sentimentale. On y découvre la magnétique Nadia Melliti, prix d’interprétation féminine sur la Croisette.. 

    Enzo

    Issu d’un milieu bourgeois intellectuel  de la Ciotat, Enzo a choisi de faire un apprentissage de maçon. Contre toute attente, car l’ado de 16 ans, formidablement incarné par Eloy Pohu, n’est guère adroit de ses mains. Mis Il veut se cogner au réel et se sent bien sur le chantier, qu’il vit comme une utopie. Sa rencontre avec un collègue ukrainien plus âgé le trouble et lui laisse entrevoir un autre avenir. Entre transmission, rupture, rapport de classe et à l’identité sexuelle, ce quatre mains signé Laurent Cantet et Robin Campillo est un film d’initiation, touchant. beau, sensible et épuré. A la fois choc des mondes et fusion des univers de ses deux réalisateurs. I

    La trilogie d’Oslo

    Rêves, Amour, Désir ont trois films norvégiens liés par leurs thèmes mais qui peuvent se voir dans n’importe quel ordre. Réalisés par Dag Johan Haugerud, ils explorent les relations humaines à Oslo. Notre préférence va à Amour. Se retrouvant par hasard sur un ferry qui les ramène à Oslo, deux célibataires endurcis, Marianne, oncologue hétéro et Tor, son collègue infirmier gay,  parlent d’érotisme, de leurs aspirations, de leurs désillusions. Discutant de leur conception de l’engagement à travers les récits épicés de leurs histoires mutuelles, ils disent refuser l’enfermement dans une relation durable. L’amour va pourtant débarquer dans leur vie, leur laissant entrevoir, chacun de son côté, la possibilité du couple.

    En première ligne

    La réalisatrice suisse Petra Volpe nous plonge dans l’impitoyable univers hospitalier, évoquant le poids mental et l’engagement dans l’ombre de soignants épuisés par de trop nombreuses tâches, qui les mettent notamment face au risque d'erreur professionnelle. A l’image de Flora. Bienveillante, compatissante, attentive, empathique, en dépit des problèmes qui ne cessent de surgir, elle est  incarnée par la remarquable Leonie Benesch, qui contribue grandement à la belle réussite du film. Plus vraie que nature, elle impressionne par sa justesse, sa sûreté, son adresse et sa précision des gestes.

    All That’s Left Of You

    Entre saga familiale et fresque historique, la réalisatrice, actrice et scénariste américaine d’origine palestino-jordanienne de 48 ans, réunit trois générations pour nous faire comprendre les événements qui ont façonné la Palestine de 1948 à 2022. Avec All That's Left Of You (Ce qu'il reste de nous), magnifique portrait qui examine les relations entre un grand-père, un père, un fils et l'héritage du traumatisme transmis à chacun, elle livre un témoignage puissant et poignant sur les souffrances et la résilience de tout un peuple.

    L‘agent secret

    Brésil, 1977. Marcelo, un homme d’une quarantaine d’années fuyant un passé trouble, arrive dans la ville de Recife où le carnaval bat son plein. Il vient retrouver son jeune fils et espère y construire une nouvelle vie. C’est  compter sans les menaces de mort qui planent au-dessus de lui. Telle une réponse à la résurgence des dérives autoritaires et à la nostalgie de «l’ordre ancien», L’agent secret de Kleber Mendonça Filho exorcise les démons d’avant et rend hommage, dans une quête de liberté et de contestation, à ceux qui ont le courage de faire les poubelles de l’Histoire pour avertir les inconscients du présent.

    Love Me Tender

    Dans sa volonté d’indépendance, Clémence a tout lâché. Sa carrière d’avocate pour devenir écrivaine, son mari pour vivre sa sexualité. Mais tout bascule chez cette bourgeoise devenue précaire, quand elle annonce à Laurent, son ex, qu’elle est lesbienne et qu’il décide alors de lui retirer la garde de Paul, leur fils de huit ans. Dévastée, Clémence va devoir se battre pour cet être qu’elle adore. Ce deuxième long métrage d’Anna Cazenave Cambet repose de bout en bout sur les épaules d’une Vicky Krieps impressionnante de justesse, dans sa façon de faire face à la violence de la justice et à l’homophobie ambiante.

    Rebuilding

    Dusty a tout perdu, son ranch, son troupeau, dans un incendie qui a détruit un coin du Colorado. Ruiné, ravagé, il doit se secouer et redonner un sens à sa vie. Explorant l’Amérique profonde, Rebuilding, second long-métrage de Max Walker-Silverman est inspiré de la propre vie du cinéaste, qui a vu la maison de sa grand-mère détruite par un feu de forêt. C’est un film dense, simple, émouvant mais sans pathos, parfois déchirant mais sans misérabilisme. A la fois triste et optimiste, il révèle un excellent Josh O’Connor dans le rôle de Dusty, fermier taiseux, solitaire, pudique, ,désarmant dans sa volonté de se reconstruire.

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