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le blog d'Edmée

  • Grand écran: "A bras le corps" ou la rébellion silencieuse d'une jeune fille déterminée à gagner sa liberté

    Tableau grave, sombre, implacable d’une Suisse à la neutralité muette en temps de guerre, opposée au combat déterminé d’une frêle adolescente de 15 ans, incarnée par l’excellente Lila Gueneau, pour son autodétermination face à la redoutable hypocrisie ambiante.

    Nous sommes en 1943. Evoquant indirectement le deuxième conflit mondial, la réalisatrice neuchâteloise Marie-Elsa Sgualdo dresse en effet, dans A bras le corps, un parallèle passionnant entre la complicité, le conformisme d’un pays et ceux des habitants d’un village frontalier du Jura villageois à l’égard de cette très jeune jeune femme de ménage, violée par un ami bourgeois de la famille pour qui elle travaille. Tout comme elle a conduit des campagnards suisses à renvoyer des réfugiés juifs aux nazis, la culture de l’acceptation tranquille veut pousser Emma à vivre dans le silence et l’injustice.

    Traumatisée par l'abus subi et découvrant qu’elle est enceinte, l’adolescente fait d’abord comme de rien n’était. Ensuite, à contrecœur, elle se tourne vers son entourage. Qui lui conseille de se plier à la situation. D’accepter ce qui s’est passé, de devenir mère, d'épouser son violeur (qui la rejette), d'opter pour un homme du coin qui prendra soin d’elle et de son bébé. En clair, le mieux c’est de ne pas  faire de vagues. Mais Emma, animée d’une force insoupçonnée, va défier cette communauté rurale protestante, rétrograde, contraignante voire répressive, pour trouver sa place et cheminer courageusement vers son indépendance et la joie de vivre. Même si la vie reste rude.  

    Une réussite que ce premier long métrage résolument féministe au titre anglais plus adéquat à notre avis de Silent Rebellion, qui bouleverse sans jamais tomber dans le mélodrame ou le pathos. Il a récolté sept nominations pour le Prix du cinéma suisse, à l’image de Bagger Drama, du réalisateur bernois Piet Baumgartner. La cérémonie aura lieu le 27 mars à Zurich.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 février.

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  • Grand écran: "No Other Choice", satire grinçante de la société en forme de comédie macabre et absurde

    You Man Su, cadre dans l’industrie du papier, est un quadra plein d’énergie, heureusement marié, père comblé de deux enfants, propriétaire de deux chiens et d’une jolie maison, dont la vie bascule lorsqu’il perd son job. Obsédé par l’idée de retrouver un poste équivalent dans l’usine qui vient de le licencier, il est prêt à tout pour retrouver son statut social. 

    No Other Choice est une adaptation par le réalisateur sud-coréen Park Chan Wook, d’un polar de l’auteur américain Donald Westlake, The Ax (en français Le couperet), qui avait déjà inspiré Costa Gavras en 2005. Il ouvre sur une scène de famille carrément idyllique. Enthousiaste, You Man-su, incarné par l’icône incontournable du cinéma asiatique Lee Byung-hun, prépare un barbecue, embrasse sa femme ses enfants, ses deux chiens, en leur disant «J’ai tout». On a soudain comme un petit doute sur la pérennité de cette joie débordante. 

    Un plan machiavélique

    En effet, il est renvoyé sans ménagement à cause de restructurations brutales à l’américaine. L’IA est passée par là. You Man-su n’arrive plus à maintenir son train de vie bourgeois. La famille doit se serrer la ceinture. Elle économise sur tout, se sépare des chiens, résilie l’abonnement Netflix. Toujours chômeur au bout d’un an, You Man Su risque de perdre sa maison de son enfance, rachetée à force de travail acharné. Trop, c'est trop. Désespéré, il n’a pas d’autre choix que de mettre en oeuvre un plan machiavélique, en virant au tueur en série. Là, on change de genre, l'histoire devenant à la fois de plus en plus sordide, glauque, burlesque, rocambolesque.

    Entre thriller, drame social, familial, comédie macabre et absurde, le talentueux Park Chan-wook, notamment auteur du vampirique Thirst, ceci est mon sang en 2009, de l’érotique Mademoiselle en 2016, du noir et romantique Decision to Leave, Prix de la mise en scène à Cannes en 2022, signe une satire grinçante, caustique et bienvenue de la société en général et  sud-coréenne en particulier. Il s’élève avec force contre la cruauté du monde de l’entreprise, parfois fatale aux ouvriers, ainsi que les dérives du capitalisme à l’heure des nouvelles technologies.

    On admire par ailleurs, comme toujours chez le cinéaste, l’élégance de la réalisation, le soin apporté à l’image. Deux bémols pourtant. Le film traîne inutilement en longueur et Park Chan-wook pousse trop souvent son charismatique héros au cabotinage excessif. Des outrances qui finissent par nuire au propos.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 février.

     

     

     

     

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  • Grand écran: avec "A pied d'oeuvre", Valérie Donzelli propose un captivant drame social. Porté par l'excellent Bastien Bouillon

    Dans son huitième long métrage, la réalisatrice française Valérie Donzelli raconte l’histoire vraie d’un photographe à succès qui laisse tout tomber pour se consacrer à l’écriture et découvre la pauvreté. Le film est adapté du livre autobiographique de Frank Courtès, A pied d'oeuvre, best seller publié en France en 2003. Le rôle principal Paul Marquet (pour Courtès), a été confié à Bastien Bouillon. Acteur cher à Valérie Donzelli, il a collaboré à plusieurs avec la cinéaste, notamment dans La guerre est déclarée. 

    La rébellion de Paul contre un monde qui ne lui convient plus ne plaît pas à tout le monde Surtout pas à son agente (Virginie Ledoyen), loin d’être convaincue de la réussite de son poulain dans la littérature. Cela n’empêche pas Paul de persévérer dans son choix. Il quitte son bel appartement et s’installe dans un cagibi en sous-sol, tout juste meublé d'un lit et d'une table. 

    Mais il doit bien trouver un job en attendant d’accoucher d’un bouquin qui rapporte. Comme il est miraculeusement doué de ses mains, Paul s’inscrit sur une plateforme en ligne de bricoleurs à la demande, Et se livre à divers travaux parfois épuisants chez des inconnus, pratiquant des tarifs de plus en plus bas pour emporter le morceau face à une concurrence féroce. Il s’enfonce dans la précarité, mais ses petits boulots ont l'avantage de lui laisser du temps pour écrire. Et même de rencontrer des gens  intéressants… 

    En faisant du processus artistique une sorte de dépassement de soi,  Valérie Donzelli très inspirée propose un sobre et captivant drame social, en évitant de susciter la pitié pour son héros. Au contraire, elle compose un personnage un peu paumé, fauché, mais opiniâtre, sympathique, voire carrément craquant. Bastien Bouillon, qui a subi une transformation physique impressionnante, a perdu plus de dix kilos pour s'approprier le rôle de manière réaliste. Opération réussie. Le comédien se montre particulièrement crédible dans cet intello, décidé à entreprendre un vrai parcours du combattant pour tenter de percer et gagner sa liberté. Reste à savoir si le chemin choisi sera le bon…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 février.

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