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le blog d'Edmée

  • Eclectique, incontournable, Nathalie Baye, actrice emblématique du cinéma français, est morte. Elle avait 77 ans

    Tout le monde l'aimait. La comédienne Nathalie Baye, dans un état de santé préoccupant depuis l’été dernier, est morte à son domicile parisien vendredi 17 avril, de la maladie à corps de Lewy, une grave affection neurodégénérative. Elle avait 77 ans. Son décès suscite une vivre émotion et les hommages saluant ses cinquante ans de carrière, son talent et sa personnalité, affluent de tous bords. 

    Figure emblématique du cinéma français, très éclectique, discrète, classique, solaire, elle n'hésitait pas à casser son image pour varier les plaisirs et se laisser aller à sa fantaisie. Des comédies sentimentales aux drames intenses, du cinéma d’auteur aux film populaires, de prostituée à paysanne, l’incontournable actrice a ainsi tourné dans une centaine de films. La plupart sous la direction des plus grands.

    Née en 1948, elle commence à jouer à 22 ans, dans un épisode de l'émission télévisée Au théâtre ce soir.  Elle est révélée au public en 1973 dans La nuit américaine de François Truffaut, qu’elle retrouvera en 1978 dans La chambre verte. Sept fois nommée pour le César de la meilleure actrice, elle rafle la statuette à deux reprises (La balance en 1983, Le petit lieutenant en 2006) . Elle emporte également deux fois le César du second rôle. Pour Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard en 1981, puis l’année suivante pour Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre.  

    Ancienne compagne de Philippe Léotard, Nathalie Baye fait partout la Une en dehors du grand écran en entamant une relation avec Johnny Hallyday. Ils s'étaient rencontrés en 1982 lors d'une émission de télévision. En novembre 1983, elle donne naissance à leur fille Laura. En 1986 elle se sépare de l’idole des jeunes. Nathalie Baye est alors un peu plus rare au cinéma, lui préférant le théâtre. Mais elle revient en force dans la décennie 90, avec Un week-end sur deux de Nicole Garcia et Venus Beauté (Institut) de Tonie Marshall en 1991, ou encore  Une liaison pornographique de Frédéric Fonteyne qui lui vaut d’être sacrée meilleure actrice à la Mostra de Venise en 1999..

    Dans les années 2000 elle multiplie les tournages (25 longs métrages), avec notamment un tour à Hollywood pour une petite collaboration avec Steven Spielberg dans Arrête-moi si tu peux en 2002. Elle poursuit avec La fleur du mal de Chabrol en 2003, puis décroche un quatrième César en 2006, pour sa magistrale interprétation d'une policière alcoolique dans le drame de Xavier Beauvois, Le petit lieutenant, En 2016, Xavier Dolan l'engage dans Juste la fin du monde. En 2017 elle donne la réplique à sa fille Laura dans Les gardiennes de Xavier Beauvois.

    En 2019, elle incarne une suspecte charismatique dans Criminal : France, mini-série de Frédéric Mermoud. qui l'avait également choisie pour Moka, en compétition à Locarno trois ans plus tôt. Ses derniers films seront Haute Couture de  Sylvie Ohayon en 2021 et La nuit du verre d’eau de Carlos Chahine en 2023. Elle est également apparue dans le documentaire Godard seul le cinéma cette même année.

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  • Grand écran: "Juste une illusion", plongée émouvante, tendre et joyeuse dans les années 80

    Avec Intouchables, (l’un des plus gros cartons du cinéma français avec près de 20 millions d’entrées, Le sens de la fête, Hors normes, Samba, Nos jours heureux, autres jolis succès au box office, le tandem Olivier Nakache et Éric Toledano passent pour les Midas de la pellicule hexagonale. De retour, ils risquent bien de poursuivre leur quête de bonne fortune avec Juste une illusion, leur oeuvre la plus personnelle et la plus intime, qui nous plonge dans leur enfance.

    Cette comédie dramatique nous ramène en effet au milieu des années 80, pour raconter le quotidien de la famille Dayan en banlieue parisienne. Explorant la vie de la classe moyenne, les auteurs abordent la sociologie d’alors, le chômage, l'adolescence.t

    Portrait de famille où on a tendance à dissimuler des choses, le film est vu à travers les yeux du fils cadet Vincent (Simon Boublil), 13 ans. En quête d’identité, plein de questions et de doutes sur l’amitié, la religion, le désir et l’amour, il tente de trouver sa place. Tandis que son grand frère Arnaud (Alexis Rosenstiehl), un rebelle fan de rock,  planque l’argent de ses petits trafics, Vincent se fabrique un personnage pour séduire une camarade de classe. Ou camoufle, dans un jeu d'échecs, une cassette porno volée avec ses potes dans un vidéo-club. 

    Il doit aussi composer avec ses parents Yves et Sandrine constamment en conflit. Très fier de son poste de cadre mais un peu mou, Yves part tous les matins avec son imper et son attaché-case, cachant qu’il s’est fait virer. Au contraire, Sandrine parvient à viser plus haut que son boulot de secrétaire, avec l’arrivée progressive de l’informatique. Ce qui n'arrange pas la situation.

    Bien écrit, le film est également très justement interprété. Autour du jeune et convaincant Vincent Boublil, Camille Cottin et Louis Garrel, qui forment un très séduisant couple de cinéma, jouent les parents. Tandis que Camille Cottin se coule parfaitement dans le rôle, Louis Garrel, presque méconnaissable, révèle un étonnant potentiel comique. Et on n’oubliera pas Pierre Lottin comme toujours remarquable, en homme à tout faire dont la virilité contraste avec l'indolence d’Yves.

    Film d'époque et récit initiatique

    Pour réaliser leur nouveau long métrage, Éric Toledano et Olivier Nakache ne se sont pas contentés de puiser dans leurs souvenirs d’enfance, mais se sont énormément documentés en visionnant des journaux, télévisés, des émissions de variétés, de jeux, Comme en témoigne avec précision la présence de ces années-là dans les décors, les costumes, les looks, la BO.

    Apôtres du vivre ensemble, créateurs de lien social, fins observateurs des rapports humains, les auteurs cultes dans leur genre livrent ainsi à la fois un film d’époque et un récit initiatique. Une feel-good comédie émouvante, tendre, imprévisible, empreinte de nostalgie drôle et joyeuse.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 15 avril.

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  • Grand écran: "Silent Friend" sublime notre relation avec les végétaux. Un ovni fascinant, poétique, sensoriel

    Décalés dans le temps, trois épisodes qui s’entremêlent constituent la trame de Silent Friend, signé de la Hongroise Ildikó Enyedi. L'oeuvre surfe sur de nombreux thèmes,  la relation de l’homme avec les végétaux, l'importance de la science qui ne nous éloigne pas forcément de la nature si elle est bien exploitée, ainsi que la lutte pour l’égalité des femmes.

    En 1908, la jeune et intelligente Grete (la Suissesse Luna Wedler), est la première femme admise à l'Université de Marburg. Tout en tentant de trouver sa place dans un milieu patriarcal qui accepte mal sa présence, elle se passionne pour la photographie. Elle s’intéresse plus particulièrement aux plantes et fait des découvertes surprenantes.

    En 1972, l’étudiant Hannes (Enzo Brumm) tombe amoureux d’une camarade qui l’initie au monde des plantes, et mène une expérience palpitante sur un géranium en pot, pour déceler ses émotions. Lorsqu'elle part en voyage, Hannes s'en occupe, le surveille de près et le trouve si captivant qu’il amorce un dialogue avec lui.

    En 2020 enfin, le prestigieux neuroscientifique chinois Tony Wong (Tony Leung Chiu-wai), qui a quitté Hong Kong pour Marburg afin d'y donner une conférence, se retrouve coincé à l’université à cause du Covid, avec un gardien taciturne et grognon. Sur internet, il découvre un projet de recherche de la biologiste Alice Sauvage (Léa Séydoux) qu’il joint par zoom et, avec son aide, va développer un lien avec le majestueux ginkgo centenaire (lSilent Friend ) du jardin botanique de l’établissement. En se demandant s'il éprouve des sentiments.

    Le ginkgo apparaît dans les différents épisodes. Magistralement réalisés, montés et interprété, ils sont visuellement adaptés à leur époque. Celui de 1908, irrésistible, se déroule par exemple en noir et blanc. Il voit notamment l’excellente Luna Wedler tenir farouchement tête à une brochette de vieux pervers, qui la testent sadiquement sur ses connaissances.

    De son côté, l’impressionnant Tony Leung, héros du cinéma hongkongais, séduit par sa performance contemplative, méditative. Il montre une douceur et une exquise finesse dans ce film d’une extraordinaire singularité et d’une rare beauté, Un ovni fascinant, poétique, sensoriel, qui donne envie d’enlacer les arbres et de faire un brin de causette matinale avec son ficus.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 avril.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire 0 commentaire