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Cinéfil - Page 3

  • Festival de Cannes: de Justine Triet à Marco Bellochio en passant par Jonathan Glazer, les candidats sérieux à la Palme d'or

    Alors qu’il reste une demi-douzaine de candidats en lice pour la Palme d’or  je n’ai pas encore éprouvé de véritable coup de cœur. En revanche j’ai de grandes préférences. A l’image d’Anatomie d’une chute (photo) de la Française Justine Triet, qui a justement provoqué l’émoi sur la Croisette. 

    Dans ce film à procès mais pas seulement, la réalisatrice brosse le portrait d’une écrivaine que tout accuse de la mort de son mari. Mais ne s’agirait-il pas d’un accident, ou d’un suicide ? La réalisatrice multiplie les pistes pour semer le doute chez les spectateurs qu’elle met dans la peau des jurés. 

    C’est brillant et formidablement interprété par la comédienne allemande Sandra Hüller, qui pourrait bien décrocher le prix d’interprétation. D’autant qu’on la retrouve dans The Zone Of Interest de Jonathan Glazer, un autre favori.

    Filmer l'horreur sans la montrer 

    Dans son adaptation du roman de Martin Amis, le Britannique filme l’horreur de la Shoah sans la montrer. Ce n’en est que plus effroyable. Pour mieux immerger le spectateur , le film débute en privilégiant l’ouïe à la vue avant de suivre le quotidien de Rudolf Höss un commandant d’Auschwitz et de sa famille, dont la jolie maison aux jardins fleuris  est mitoyenne du camp.

    La vie est idyllique On joue dans la piscine, on pique-nique, au bord de la rivière. Volontairement ignorante des horreurs qui se passent à sa porte, Madame essaie un manteau de fourrure en faisant la moue, trie des vêtements et s’amuse de la découverte d'un objet « ingénieusement » dissimulé dans un tube de dentifrice Tandis que de l’autre côté du mur des milliers de Juifs meurent dans d’atroces souffrances. Absolument glaçant.

    Dix ans après Winter Sleep, qui lui avait valu la Palme d’or, le Turc Nuri Bilge Ceylan revient avec Les herbes sèches. Une œuvre très (trop) longue, qui nous emballe pourtant et qui nous emmène une nouvelle fois en Anatolie dans un village isolé recouvert de neige.  On y rencontre Samet, professeur de dessin qui rentre de vacances en espérant sa mutation à Istanbul. 

    Malheureusement, il est confronté à une accusation de comportement inapproprié envers une collégienne, de même qu’un collègue qui est aussi son colocataire. L’affaire donne lieu à une enquête qui retarde son éventuel départ. Pour autant cette dénonciation ne sera pas prétexte à la réalisation d’un film policier, mais permettra à Nuri Bilge Caylan de mieux cerner le mal-être et la mélancolie de Samet, à qui le talentueux Deniz Celiloglu prête son visage.

    Infatigable cinéaste italien 

    Candidat également sérieux à la récompense suprême. Marco Bellochio qui se penche encore une fois sur l’histoire tourmentée de son pays. Avec L’enlèvement, il propose un drame historique lyrique et puissant, situé en 1858 et qui se déroule dans le quartier juif de Bologne. 

    Les soldats du pape débarquent chez la famille Mortara pour enlever leur fils de 7 ans Edgardo, sous prétexte qu’il a été baptisé en secret et qu’il doit recevoir une éducation catholique. Ravagés, ses parents tentent l’impossible pour le récupérer. Religion, pouvoir, résistance, mensonge, injustice, autant de thèmes abordés avec maestria par l’infatigable cinéaste italien 

    A retenir également Les feuilles mortes du Finlandais Aki Kaurismaki qui sait comme personne tout nous raconter sur l’amour, la solitude, la société, le travail, le monde extérieur, en moins d’une heure et demie. Un véritable record à Cannes, surtout cette année.

    Palmé d’or comme Nuri Bilge Ceylan, le Japonais Hirozaku Kore-eda ne convainc en revanche pas autant que d’habitude avec Monster. S’il filme toujours admirablement l’enfance, il nous perd en route avec une intrigue inutilement tarabiscotée autour d’une affaire de harcèlement scolaire, vu de trois angles différents. 

    Todd Haynes, dont on attendait beaucoup, après son incomparable Carol de 2015, déçoit lui aussi avec May December. Pour son retour, il propose un drame romantique où il dirige Natalie Portman et Julianne Moore, la première convainquant la seconde de, star déchue, de la rencontrer pour mieux l’interpréter sur grand écran.  Une réflexion un peu chichiteuse sur le jeu de miroir entre la comédienne et son rôle.  

    Sean Penn et son cure-dents

    Plus ou moins en queue de peloton, on citera  Black Flies, du Français Jean-Stéphane Sauvaire, qui nous plombe avec une série d’interventions d’ambulanciers, toutes sirènes hurlantes. Elles sont entrecoupées de scènes répétitives sur le quotidien perturbé de ces hommes qui consacrent leur vie à sauver celle des autres. On se demande bien ce que fait ce film en compétition, sinon que Sean Penn  y tient le haut de l’affiche. Mais qu’il est exaspérant à mâchouiller son cure-dents du début à la fin de ce pensum! 

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  • Festival de Cannes: «In Flames», les effets hallucinatoires dévastateurs du patriarcat sur une jeune Pakistanaise

    Karachi, une ville violente. Surtout pour les femmes  Agressée sans raison au volant de sa voiture par un inconnu qui lui balance un pavé dans la vitre et la traite de sale putain, Mariam, étudiante en médecine, hésite à porter plainte, en se disant que cela ne servira à rien. Ce qui révèle sa condition de vie. Mais son camarade Asad, un garçon délica, évoluéet  très attiré par elle, l’y encourage.
     
    L’amitié se transforme en un sentiment plus fort chez les deux jeunes gens, qui commencent à sorti ensemble. Mais Asad meurt dans un accident de scooter alors qu’ils rentrent de la plage  Et ce qui commence comme une romance dérive vers le fantastique et l’épouvaante,- représentant les effets que l’enfer du patriarcat a sur cette jeune femme. Malade, sujette à des évanouissements, elle fait des cauchemars et développe des symptômes hallucinatoires.
     
    Le malaise est croissant, Mariam se sentant de plus en plus piégée par des prédateurs. Y compris familiaux. Déjà vulnérables, elle et sa mère se retrouvent encore plus fragilisées après le décès du patriarche de la faimille qui les laisse dans les griffes d’un oncle odieux, prêt à les dépouiller de tout. .
     
    Ce thriller psychologico-horrifique est signé de Zarrar Kahn, rentré au Pakistan après quelques années passées au Canada. «Ma vie n’a pas changé, mais celle des femmes a totalement basculé », explique-t-il après la projection de son film où il dénonce avec virulence une société pakistanaise particulièrement répressive, où tout est dominé par les hommes. Il laisse pourtant entrevoir une lueur d’espoir... .

    "Creatura" aborde notre rapport au corps, au désir et au sexe

    Peu de gens semblent vivre une sexualité saine et apaisée. C’est du moins ce que nous montre Elena Martin Gimeno dans Creatura, après avoir travaillé avec une thérapeute et recueilli d’innombrables témoignages d’ados, de femmes, de pères, de mère, . . 

    Se donnant le rôle principal, présenté, come le précédant à la Quinzaine des cinéastes, la réalisatrice espagnole, qui connaît bibi  son sujet, aborde de manière frontale, cash et courageuse notre relation au désir, au sexe, et plus particulièrement celle, complexe et conflictuelle, qu’entretient une femme avec son propre corps. Cette femme c’est Mila, installée avec son compagnon Marcel dans une villa de la Costa Les difficultés apparaissent très vite suite à un rapport qui se passe mal et se termine en grosse dispute,

    Tout au long du film, Mila revit des expériences, souvent désastreuses et douloureuses, à travers des moments-clé marquant son éveil sexuel à trois étapes de sa vie, cinq, quinze et trente ans. Ce voyage introspectif doit l’aider à comprendre l’origine de son problème et l’amener sur la voie de la guérison. En faisant en quelque sorte  la paix avec con corps.  Plus largement Creatura incite le spectateur à faire de même, à s’accepter et à remettre en questions certaines normes sociales.sur le sujet.  

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  • Festival de Cannes: "Le procès Goldman", portrait d'un bandit militant. Fascinant

    En novembre 1975, débute le deuxième procès de Pierre Goldman. Militant d’extrême-gauche, écrivain et gangster, le demi-frère ainé de Jean-Jacques Goldman avait été condamné .en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité pour quatre braquages à main armée- Dont un ayant  entraîné la mort, en décembre 1969, de deux pharmaciennes.  S’il reconnaît les trois premiers hold-up, il clame, sinon hurle, son innocence dans ce dernier.

    Le jeune Georges Kiejman assure sa défense. Mais très vite, la relation entre ces deux juifs polonais nés en France vire à l’aigre, Goldman, qui se vit comme un martyr, rejette Kiejman en le traitant de « juif de salon », avide de gloire.  Provocateur, bruyamment soutenu au tribunal par la gauche intellectuelle dont il est devenu l’icône, il risque pourtant la peine capitale. Mais son avocat s’obstine. Finalement acquitté de ces meurtres au bénéfice du doute, Goldman sera assassiné en plein Paris en 1979. Les auteurs n’’ont jamais été retrouvés.

    Porté par d’excellents acteurs

    Cédric Kahn fait de cette affaire aussi complexe que controversée un film puissant, prenant, qui vous emporte. Et où, faute de preuves indiscutables, il privilégie un véritable match de langage pour tenter de découvrir la vérité. L’œuvre, qui met le spectateur dans la peau du juré, est portée par d’excellents acteurs. Arthur Harari incarne le futur célèbre Georges Kiejman (mort le 9 mai dernier), tandis qu’Arieh Worthalter enfile le costume de Pierre Goldman.

    Le réalisateur brasse par plusieurs thèmes dans ce long métrage reconstitué avec les articles de journaux de l’époque : judaïté, antisémitisme, racisme, côté antiflic, rôle de l’extrême-gauche, autant de sujets qui font écho à la société d’aujourd’hui. Comme dit Cédric Kahn, la France ne bouge pas....  

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