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Festival de Locarno: la chasse au Léopard d'Or est terminée. Qui va mettre le fauve en cage?

La compétition internationale s’est achevée avec The House On The Moon (image). Le Singapourien Nelson Yeo revisite le mythe traditionnel chinois de la déesse Chang-Er d'une manière inédite et singulière. La divinité part à la recherche de son amant l'archer Hou Yi, célèbre pour avoir abattu les soleils, mais qui a disparu au cours d’une mission visant à sauver l’astre mourant. Chang-Er se lance alors dans un périlleux voyage vers la face cachée de la lune, en compagnie d’un bandit terrien qui s’est écrasé accidentellement dans son monde.

Nelson Yeo s'inspire du cinéma de Hong Kong des années 1990 pour créer une ambiance magique et poétique dans des décors à la fois anciens et futuristes.. A la frontière des genres, ce film à dimension métaphorique mêle mythologie asiatique, science-fiction et une touche d’arts martiaux. Tout en illustrant le choc des cultures et le besoin planétaire de connexion. Nelson Yeo, qui avait remporté le Léopard d’Or dans la section Cinéastes du présent en 2023 avec son premier long métrage Deaming & Dying plaira-t-il au jury, présidé par le réalisateur belge Fabrice Du Welz? Pourquoi pas ?

Parmi les autres prétendants susceptibles d’attirer plus spécialement l'attention des jurés, You Don't Belong Here, drame roumain de Florin Șerban. Se déroulant dans une ville de province, il explore la culpabilité, l'amour paternel et ses limites, ainsi que les tensions sociales à travers l'histoire de Marius. Chirurgien respecté, il entretient une relation difficile avec son fils Ioan qu’il élève seul. Ce dernier se retrouve mêlé à un meurtre lors d'une virée nocturne violente avec son groupe de voyous masqués qui vandalise des voitures. Ioan est rapidement soupçonné, faisant s'effondrer le monde de son père. Florin Serban livre un film un peu trop calibré festival, mais qui séduit par sa mise en scène rigoureuse, son ambiance tendue et le jeu des acteurs.

Alberi erranti, fresque poétique réalisée par le cinéaste sarde Salvatore Mereu et écrite avec Alberto Capitta d'après son roman pourrait aussi avoir ses chances. Elle suit les destins croisés et les oppositions de trois clans, avant de basculer dans une fable politique et un plaidoyer pour le droit d'asile. Point faible, son inutile étirement sur trois heures qui finit par perdre le spectateur. Cette saga rejoint en cela d’autres oeuvres de la compétition sur la famille, ses secrets et ses dysfonctionnements, choisissant la pesanteur et la lenteur au détriment de l’intensité et de l’émotion.

On ajoutera trois opus léopardables précédemment cités: Violence du corps de l’autre du Québécois Denis Côté, Brave New Love de la Danoise Maria Bäck et Manhunt du Canadien Wayne Wapeemukwa. Verdict demain soir sur la Piazza Grande.

Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, un duo irrésistible sous les étoiles

Après Paper Tiger, Franck&Louis ou Ich ist ein Anderer, dont on vous a déjà parlé, on n‘a pas boudé notre plaisir avec Ni vue ni connue du Français Marc Fitoussi. Corinne Maclou (Isabelle Huppert) est une figurante de cinéma qui enchaîne les tournages dans l'espoir d'obtenir enfin un vrai rôle. Elle désespère de percer, lorsque sa vie prend un nouveau tournant en croisant la route d'une actrice célèbre (Sandrine Kiberlain). Une relation se noue et Corinne espère voir son rêve se réaliser, tout en doutant que cette vedette veuille véritablement l'aider à intégrer la grande famille du cinéma.

Complices et irrésistiblement comiques, les deux comédiennes qui se connaissent bien forment un duo parfait dans cette comédie jubilatoire pleine d’humour et d’autodérision, égratignant le nombrilisme et certaines aberrations du milieu. A contre-emploi, Isabelle Huppert excelle en figurante maladroite, pot de colle et vindicative, à l'opposé de ses rôles habituels. Quant à la piquante Sandrine Kiberlain, elle s’amuse avec une certaine férocité de son statut de star.

Cette satire caustique rend par ailleurs un joli hommage aux figurants, personnages de l'ombre sans qui le cinéma n'existerait pas.

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