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Grand écran: "Sense And Sensibility" de Georgia Oakley, rendez-vous manqué avec l'esprit de Jane Austen

Réalisé par Georgia Oakley et scénarisé par la romancière australienne Diana Reid, Sense And Sensibility est adapté du roman éponyme de Jane Austen, son premier paru en  1811. À la mort de leur mari et père, Mrs. Dashwood et ses filles Elinor, Marianne et Margaret se retrouvent dans une situation financière précaire. Le domaine familial revient au demi-frère aîné, les obligeant à quitter leur grand manoir du Sussex, pour s'installer dans un petit cottage du Devon.

Comme dans le livre, la cinéaste oppose les caractères et les visions de l'amour des deux aînées. Elinor (Daisy Edgar-Jones) incarne la raison et la retenue, cachant sa peine et ses sentiments naissants pour le réservé, discret et très moral Edward Ferrars tandis que l’ardente Marianne (Esmé Creed-Miles) représentant la passion et l'impulsivité s'éprend du séduisant, charismatique, superficiel et peu intègre John Willoughby, avant de faire face, le coeur brisé, à la dure réalité des conventions sociales

Les adaptations des écrits de Jane Austen sont toujours décevantes à quelques exceptons près. La plupart peinent à restituer la modernité de son écriture privilégiant la vivacité du dialogue, son style incisif, son ironie mordante, sa peinture psychologique des conventions sociales de son époque. Et surtout la critique de la condition féminine, au cœur de son œuvre, qui fait d'elle une observatrice affûtée de la dépendance économique et sociale des femmes de la haute bourgeoisie au début du XIXe siècle.

Une première partie qui fait du surplace

Si Ang Lee s‘élevait presque à la hauteur de l’auteure avec son  Sense And Sensibiity sorti en 1995, ce n’est pas le cas de Georgia Oakley, même si elle s’autorise quelques libertés avec les conventions d’alors. Et veut apporter un regard neuf, en s'affranchissant de certains codes vestimentaires et capillaires stricts. Malheureusement, son film se traîne longuement, avant de nous intéresser à ce qui se passe sur l’écran.   

La première partie fait ainsi du surplace, s'attardant péniblement sur la détresse financière, le deuil de la famille Dashwood et la rudesse de leur installation dans leur modeste maisonnette, pas si modeste que ça d’ailleurs, en bord de mer. En s’étirant de la sorte, le métrage adopte une tonalité sombre et un rien misérabiliste, qui s'éloigne de la dynamique romanesque.

Il faut attendre une bonne heure pour que le film décolle et gagne enfin en tension avec les intrigues amoureuses (Elinor/ Edward et Marianne/Willlougby) qui s'accélèrent et les secrets qui éclatent. Un sursaut dramatique pourtant trop tardif pour provoquer un grand enthousiasme. En résumé, malgré une interprétation correcte et une belle photographie, Georgia Oakley manque son rendez-vous avec l’esprit de Jane Austen en proposant une version manquant d’âme, d’ironie, de rythme et de piquant.

"Sense And Sensibiity", 131 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 septembre.  

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