Reposant sur une rivalité communautaire et foncière Salvation du réalisateur turc Emin Alper, récompensé par un Ors d’argent à la dernière Berlinale se déroule dans une vallée isolée de son pays. le retour d'un clan exilé ravive une rivalité ancestrale entre deux villages, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Quand les habitants du bas (les Bezari) , reviennent pour récupérer leurs terres. Ils se heurtent aux habitants du haut (les Hazeran), qui occupent désormais ces parcelles et refusent de les céder Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, Emin Alper filme cette hostilité comme une métaphore du nationalisme et de la dérive populiste.
Le conflit est exacerbé de l'intérieur par deux frères. Ferit (le cheikh) incarne une figure d'autorité traditionnelle qui privilégie la diplomatie. Face à la réapparition des anciens voisins, il prône le dialogue, la recherche d'une coexistence pacifique pour éviter que le sang ne coule à nouveau. Mesut personnage central et illuminé rejette au contraire violemment cette approche qu'il assimile à de la faiblesse.
Rongé par la méfiance, la rancœur et la paranoïa, il refuse toute concession territoriale. Il est porté par des visions et des rêves cauchemardesques qu'il interprète comme des présages ou des messages divins. Persuadé d'avoir reçu une mission sacrée, il va défier l'autorité de son frère pour prendre la tête de la communauté. Cette rivalité pour le pouvoir spirituel et politique va précipiter les villageois dans un engrenage de violence et une vendetta sanglante
Une mécanique de radicalisation et de populisme
À travers la rébellion de Mesut contre Ferit, Emin Alper, à qui on doit notamment le magistral Burning Days, utilise le motif fratricide pour illustrer une mécanique de radicalisation et de populisme. menant au crime. Un regret pourtant dans ce puissant western politique oriental, parabole d’une Turquie autoritaire et des dérives extrémistes : le style pesant, étouffant oppressant, opaque de ce huis-clos à ciel ouvert entre deux clans rivaux sur fond de querelles foncières et de fanatisme religieux, Un univers masculin toxique étouffant dont les femmes sont exclues Les rares présentes sont reléguées au second plan, subissant virilisme et brutalité patriarcale
Un bémol également concernant la répétition des scènes d’hallucination et des délires paranoïaques de Mesut. Cette insistance onirique alourdit le récit, comme d’ailleurs la focalisation sur la fabrication de la haine de l'autre, la légitimation collective de la violence au nom d'un prétendu salut. Tout cela finit par tourner en rond et desservir la portée universelle du film.
«Salvation», 120 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 16 septembre.