Juste avant le coup d'État de 1973 au Chili, le vétéran de 72 ans Chris (John Malkovich) et son plus jeune partenaire Lee (Sam Rockwell), agents de la CIA excentriques, sont envoyés par leur officier traitant MJ, Steve Buscemi) de Santiago vers l'île de Pâques. Officiellement pour se reposer une semaine en attendant le déclenchement imminent du putsch..
En réalité Lee a pour mission de surveiller Chris qui, atteint d’un cancer et se sachant condamné, a entrepris d'écrire ses mémoires. Perdant tous ses filtres, il commence à révéler de lourds secrets politiques aux touristes et va jusqu'à demander à Lee de l'aider à mourir, plaçant ce dernier dans un terrible dilemme entre devoir, affection et une promesse faite
l'amitié indéfectible et complexe entre les deux hommes constitue ainsi le cœur de Wid Horse Nine, comédie d'espionnage noire, que son réalisateur le Britannique Martin McDonagh compare à un western crépusculaire. L’île de Pâques. sert de cadre au film, le second seulement à y avoir été entièrement tourné. Ce lieu chargé de mystère est censé apporter une dimension mystique majeure, les célèbres statues géantes confrontant la petitesse et la vanité des complots des deux agents à l'immensité de l'Histoire. Mais en réalité c’est juste l’idée, car l’auteur ne fait malheureusement pas grand-chose de ce décor unique. Tout comme le sort du Chili et le coup d'État de 1973 ne servent que de prétextes pour explorer la crise existentielle de Chris et Lee.
Côté acteurs, Martin McDonagh utilise à fond la diction traînante, les explosions soudaines, les sourires machiavéliques de John Malkovich comme ressort comique. L’arrogance théâtrale et le comportement excessif de son personnage sont sa façon de faire face à l’absurdité et au vide de sa vie. Mais le comédien finit par fatiguer à force de cabotiner, de confesser des crimes géopolitiques monstrueux avec un sourire béat. Face à lui, Sam Rockwell, faire-valoir moustachu et perpétuellement affamé, adopte un jeu beaucoup plus physique. Direct et ancré dans le réel. Il souligne les tics de langage et les tirades pompeuses de Malkovich .Ce qui n’a pas empêché le jury de la Mostra de le sacrer meilleur acteur en septembre dernier.
«Wild Horse Nine», 118 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 novembre