Figure montante de la scène américaine, plutôt connu pour ses provocations sur les réseaux sociaux et habitué aux polémiques, Jordan Firstman propose, avec Club Kid, une œuvre à la fois festive, drôle et touchante, où il pose un regard tendre sur la scène queer new-yorkaise. Réalisateur et scénariste, il y joue également le premier rôle, celui de Peter, organisateur avec Sophie (Cara Delevingne) de fêtes déjantées, amateur de relations sexuelles débridées, décomplexées et dealer à ses heures.
C’est d’ailleurs ainsi que cette lettre d’amour à la culture de la nuit commence, en 2016, avec une immersion dans les folles soirées gay underground, rythmées par la house music hurlante, tandis que les clubbers se livrent frénétiquement à tous les excès.
Un virage radical
Mais tout yant une fin, grand saut vers le futur. Désormais trentenaire, Peter voit sa carrière prendre l’eau pour cause de consommation excessive de drogues en tous genres. Complètement largué après plus d’une décennie de noubas sous substances, il peine à se secouer. Et croit être victime d’une hallucination, le jour où Edison (Kirby Howell-Baptiste), une vague connaissance de club d’avant, débarque à l’improviste chez lui avec Arlo (le talentueux Reggie Absolom), 10 ans. L’enfant n’est autre que… le fils de Peter, dont il ignorait l’existence. Et dont la mère, la seule femme avec qui il ait couché de sa vie, mais sans en avoir le moindre souvenir, s’est suicidée.
Réévaluer sa vie
Virage radical pour le teufeur abasourdi, réalité oblige. De comédie potache, le film bascule vers la «dramédie», explorant le contraste entre le tourbillon du clubbing et l’apprentissage de responsabilités inattendues. D’abord catastrophé, l’égoïste et superficiel Peter ne veut pas entendre parler d’Arlo. Puis décide de se prendre en main et de réévaluer sa vie face à la situation créée par l’arrivée de cet adorable gamin, intelligent, fou de musique et rêvant de devenir DJ. Une passion qui va aider à construire leur relation.
Certes, l’évolution de l’éternel fêtard vers un père conscient de son devoir peut sembler un rien rapide, mais on croit à la façon dont une véritable affection filiale se tisse entre ces deux caractères opposés Tout en évoquant une forme de rédemption chaotique pour Peter, Jordan Firstman, qui se donne à fond dans son rôle, évite le côté mélo de cette paternité tardive et de ses aléas douloureux, grâce à sa sincérité, son sens de l’humour et de l’autodérision.
On rappellera que l’œuvre, sélectionnée en mai dernier dans la section Un certain regard au Festival de Cannes, a décroché le Grand Prix du jury et celui du public au festival de Deauville.
«Club Kid», 126 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 novembre..