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Grand écran: "Digger", outrancière comédie politique noire et dystopique. Avec Tom Cruise méconnaissable


Le réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu nous fait découvrir Digger Rockwell, un magnat du pétrole sexagénaire et excentrique, qui provoque une catastrophe écologique mondiale en forant l’Arctique, avant de se poser en sauveur de l'humanité. L’auteur propose une satire féroce et outrancière de l’Amérique contemporaine, de son pouvoir et de sa masculinité toxique. Il utilise la mise en abyme comme moteur narratif pour subvertir le genre traditionnel du film catastrophe hollywoodien.

Après une trentaine de minutes passées à suivre les excès grotesques d’un Digger vociférant, on découvre avec surprise qu'on est en réalité en train de regarder la répétition d'une pièce de théâtre intitulée Fossil Fools, qui se joue dans un futur proche, caniculaire et étouffant. Le film bascule ainsi constamment entre le pastiche d’un opus cataclysmique et les coulisses de la création artistique,

On apprécie la critique du gouvernement américain dépeint d’une manière ubuesque et ridicule, à l’image d’un président (John Goodman) vulgaire, colérique, malade et totalement déconnecté. Tout comme on salue l’aspect technique et visuel de cette farce politique et environnementale riche en rebondissements. Ce qui n'exclut toutefois pas  le côté assez lourdingue et indigeste.

Métaphore du capitalisme sauvage

Le film est porté par Tom Cruise en surrégime dans le rôle de Digger, sorte de condensé caustique de figures comme Trump et Musk. Il coche toutes les cases de la caricature du super riche dérégulateur, mégalomane et cynique. Son obsession pour le forage à outrance, sa rhétorique agressive face aux dirigeants mondiaux rappellent le style trumpiste. L'aspect Musk se manifeste par l'arrogance hyper-capitaliste du milliardaire de la tech et sa folie des grandeurs. Il faut toutefois nuancer. Digger ne se limite en effet  pas à une simple imitation, dans la mesure où il est avant tout une métaphore du capitalisme sauvage et débridé.

Mais le plus fascinant de cette comédie noire et dystopique c’est que Tom Cruise, abandonnant son habituel statut de héros d'action, est physiquement méconnaissable. Une métamorphose spectaculaire particulièrement réussie, à l'aide de plusieurs prothèses (gros ventre, double menton, rides profondes, bajoues, cheveux blancs clairsemés). Un détail piquant: âgé de 64 ans au moment du tournage, l'une des stars hollywoodiennes les plus en forme a pourtant dû considérablement se vieillir, pour jouer un homme censé avoir… 65 ans.

«Digger», 129 minutes, à l’affiche dans ls salles de Suisse romande depuis mercredi 30 septembre.

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