Documentaire choc réalisé par les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, Naza explore de manière clandestine l'utilisation de l'intelligence artificielle et la banalisation des «dommages collatéraux » (dont le titre en hébreu est l'acronyme) par l'armée israélienne à Gaza.
Coproduit par The Guardian, supervisé par Jonathan Glazer, notamment auteur du magistral Zone Of Interest, les auteurs articulent leur film autour d’un dispositif minimaliste et implacable, donnant une intensité rare aux témoignages anonymes de 24 appelés et officiers du renseignement militaire israélien
Tournés exclusivement de nuit sur les toits de Tel-Aviv, les entretiens sont menés face à l'animateur principal dont on distingue vaguement le profil. Face à lui, les lanceurs d'alerte restent dans le noir Les réalisateurs choisissent par ailleurs d’utiliser des voix désincarnées, monotones, modifiées numériquement pour d’évidentes raisons de sécurité, face aux menaces du gouvernement de Benjamin Netanyahu.
Le résultat est saisissant et l'horreur s'installe, confrontant le spectateur à la normalisation du massacre Tandis que ces voix calmes presque robotiques racontent de l'intérieur la mécanique des bombardements à Gaza depuis le 7 octobre 2023, la caméra offre un contraste puissant sur la vie nocturne et paisible de Tel-Aviv.
Dans sa dernière partie, le long métrage bascule brutalement en entrant directement dans l’enclave palestinienne. Une rupture narrative et visuelle bouleversante, marquée par les images réelles d'un père appelant son fils et cherchant désespérément sa famille dans les décombres. Un contrepoint ultime aux silhouettes anonymes et intangibles des soldats, sur les toits de Tel-Aviv
Document historique majeur
Oeuvre glaçante indispensable et profondément dérangeante, preuve de l’existence persistante d’une autocritique et d’une opposition démocratique dans la société civile israélienne, Naza s'impose comme un document historique majeur. il a été salué par une formidable standing ovation à la dernière Mostra de Venise, d’où il est reparti avec le Prix spécial du jury.
En Israël en revanche, le film est sans surprise l’objet d’un rejet massif de la part des institutions et d'une large partie de l'opinion publique. Le qualifiant de «trahison», de «propagande mensongère», le ministre de la Culture Miki Zohar, a vivement attaqué les deux cinéastes, allant jusqu'à réclamer l'ouverture d'une enquête sur leurs sources et leur déchéance de nationalité
«Naza », 80 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 30 septembre.