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  • Grand écran: "L' Affaire Marie-Claire", un procès hors norme pour changer le regard sur l'avortement. Interview

    Novembre 1972. Au tribunal de Bobigny, un procès exceptionnel secoue la France .Marie-Claire Chevalier (Saül Benchetrit), 16 ans, se découvre enceinte à la suite d’un viol. Issue d'un milieu modeste, elle obtient l'aide de sa mère (Cécile de France) pour recourir à un avortement clandestin. Quelque temps plus tard elle est dénoncée par son propre violeur! Arrêtée, Marie-Claire se retrouve sur le banc des accusés aux côtés de sa mère et des femmes qui l'ont soutenue.  

    Elles choisissent pour avocate la célèbre militante féministe Gisèle Halimi (Charlotte Ginsbourg)) qui fait un pari fou en leur demandant de ne pas plaider coupable. Pour que la honte change de camp. Gisèle va alors pour la première fois, lors d’ne plaidoirie déterminante, historique et hors du commun, accuser et attaquer la loi, au risque de tout perdre. Ce procès a contribué à faire évoluer le regard de la société française sur l’avortement et à ouvrir la voie à sa dépénalisation de l’IVG, trois ans plus tard, avec la loi Veil.

    Un combat décisif

    Edifiant, ce drame judiciaire passionnant se révèle d’’utilité publique, Réalisé par Lauriane Escaffre et Yvo Muller, L'Affaire Marie-Claire retrace ce combat décisif en privilégiant une mise en scène sobre, empreinte de retenue, évitant le sensationnalisme et le voyeurisme pour laisser toute la place à la puissance des protagonistes. Bien que l’issue soit connue, les auteurs parviennent à créer du suspense. Ainsi qu'une intensité émotionnelle.à laquelle contribuent largement les deux actrices principales. Combative, tenace, à la fois fragile et forte, Charlotte Gainsbourg fait face à Cécile de France, bouleversante de dignité, de courage, d’intelligence..

    Mettre en avant la ténacité, l'audace des femmes

    Rencontrés à Genève, Lauriane Escaffre et Yvo Muller nous racontent leur volonté de revenir sur ce procès retentissant, plus de 50 ans après. Ils connaissaient l’histoire de Gisèle Halimi et celle du procès de Bobigny, qui les a toujours fascinés. Mais c’est en lisant un article racontant la rencontre entre l’avocate et Paul Milliez, le médecin catholique venu témoigner au procès. que le déclic s’est produit.

    «Nous avons voulu mettre en avant la ténacité, l’audace, la sororité. l'altruisme de ces femmes. Elles ont eu la conscience politique de la stratégie audacieuse de Gisèle Halimi. A l’image de la mère de Marie-Claire, qui risquait cinq ans de prison et l’assistance publique pour sa fille, en cas d’échec"..

    Il y avait également le fait que ce procès résonne encore fortement aujourd’hui. «Tant que les droits des femmes restent  bafoués, le retracer demeure d’actualité.  La vigilance s'impose face à ce que l’on croit acquis, mais qui peut être remis en cause du jour au lendemain".

    Le film à procès a toujours fasciné les deux cinéastes

    Lauriane Escaffre et Yvo Muller rêvaient par ailleurs de se confronter au film à procès, un genre qui les a toujours fascinés. «On l’a construit comme un thriller. Nous avons en plus eu l’occasion de tourner dans la véritable salle d'audience du tribunal de Bobigny. S’y retrouver a représenté un grand moment pour toute l’èquipe".

    Les deux cinéastes évoquent aussi le choix des comédiennes. "Pour Gisèle, il nous fallait la fronde, la vulnérabilité, mais aussi  la détermination.  Alors qui mieux que Charlotte Gainsbourg? Nous avons tout de suite pensé à elle. Elle se révèle posée, ferme, calme, inébranlable. C’était pareil pour Cécile de France dans le rôle de Michèle Chevalier. Elle est noble, réservée, fine, ne s’excuse pas. Elles se sont en outre montrées très investies et enthousiastes, prêtes à nous écouter sur le plateau. Pour incarner Marie-Claire, on a en revanche vu une quarantaine de filles avant de retenir Saül Benchetrit. Qui a rapidement confirmé son talent d’actrice".

    «L’Affaire Marie-Claire», 102 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 novembre.

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