Dans la Beauce des années 1980, Christophe, 11 ans, grandit au sein d'une famille d'agriculteurs aimante mais taiseuse, sous l'autorité d'un père incapable d'exprimer ses émotions. Alors que l'exploitation familiale subit de plein fouet les mutations industrielles, le corps de Christophe commence mystérieusement à pencher et même à tomber, l'obligeant à porter un lourd corset métallique doté d'une mentonnière. Une entrave physique qui fait directement écho au carcan économique et psychologique qui asphyxie les siens.
Devenu la risée de l'école, Christophe, par ailleurs écarté des tâches agricoles à cause de son handicap et se sentant rejeté, s'évade grâce à son imagination débordante, une passion naissante pour l'orgue d'église et sa rencontre avec Clara. Ado rebelle incarnant l'émancipation face aux rigidités du système, elle lui ouvre le champ de tous les possibles.
Ce bijou d’animation franco-belge, au style visuel à base de pastels, d'encre de Chine et d'aquarelle est signé Louis Clichy. Coréalisateur de deux Astérix animés avec Alexandre Astier, il s'est inspiré de sa propre enfance pour proposer un récit d’apprentissage émouvant et sensible, qui résonne avec la crise du monde paysan des années 80.
Cette aventure humaine célébrant le courage, la détermination, le dépassement de soi, est rythmée par des choix musicaux particulièrement éclectiques. L'univers sonore de l'œuvre fait ainsi cohabiter la musique classique et sacrée de Bach et Fauré avec le célèbre Ouragan de Stéphanie de Monaco, la chanson favorite du père de Christophe.
Cette chronique rurale authentique, doublée d’une quête initiatique pleine de tendresse, d'humour et de poésie, a décroché le Prix spécial du jury dans la section cannoise Un certain regard, avant d’être triplement primée au Festival international du film d'animation d'Annecy
«Le Corset», 90 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 14 octobre.