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Grand écran: "Laundry", un huis-clos social qui fait du jazz un outil de résistance contre la violence de l'apartheid

L'intrigue se déroule en 1968 à Johannesburg, dans un quartier réservé aux Blancs. C'est là que les Sithole exploitent une blanchisserie artisanale qui les fait vivre. Inspirée de l’histoire de la famille maternelle de la réalisatrice Zamo Mkhwanaz,  Laundry suit Khuthala, (brillamment incarné par Ntobeko Sishi, photo), un jeune homme passionné de jazz, rêvant de devenir musicien aux Etats-Unis. Il refuse de passer sa vie à nettoyer les vêtements de la minorité blanche, comme son père Enoch. Mais il est vite tiraillé entre ses ambitions artistiques et l'obligation de sauver l’entreprise familiale menacée par l’impitoyable régime ségrégationniste sud-africain.

En effet, le récit bascule ,lorsque les lois économiques de l‘apartheid se durcissent encore, dans le but de supprimer les commerces indépendants tenus par les Noirs. Lors d’une descente policière nocturne, Enoch est arrêté, sauvagement passé à tabac et la blanchisserie mise sous scellés, menaçant la survie matérielle de la famille.

Khuthala se voit alors proposer un marché par les autorités blanches, qui le place devant un choix cornélien. Pour sauver son père et leur gagne-pain, il accepte de trahir le réseau d’opposition de ses amis les plus proches. Ce qui va finalement échouer, la soumission et le sacrifice ne suffisant jamais dans le système ultra-répressif sud-africain. Mais son geste le poussera vers une plus grande résistance.  

Théâtre des tensions raciales et des rapports de pouvoir

Dans la mise en scène de ce brûlot politique condamnant l'impunité et l'absence de réparations mémorielles, Zamo Mkhwanazi joue sur les contrastes physiques. Huis-clos social, la blanchisserie devient le théâtre des tensions raciales et des rapports de pouvoir sous l'apartheid, dont la réalisatrice fait une reconstitution sans concession. Elle évite ainsi l'écueil du happy end à l’américaine. Rejetant le manichéisme et le sensationnalisme, elle montre comment les structures totalitaires brisent la moralité individuelle. Kuthala n’agit pas par lâcheté, mais poussé par la nécessité impérative de protéger les siens. .

Brutale, la conclusion reflète la dure réalité d’une époque sombre où les grands leaders étaient emprisonnés et la dissidence écrasée. Pourtant, malgré la tragédie que vivent ses protagonistes, Laundry se termine sur une note d’espoir, symbolisée par la passion de Khuthala pour le jazz, demeurée intacte. Loin du simple divertissement, la musique, personnage a part entière du récit, devient un  espace de liberté que l’oppression, aussi violente soit-elle, ne peut étouffer.

"Laundry", 106 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 2 août.

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