Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur de géographie et d’histoire, était décapité par un terroriste islamiste, à quelques centaines de mètres de la sortie de son collège. L’abandon retrace l'engrenage tragique qui a mené à son assassinat en reconstituant ses derniers jours. Écrit par Vincent Garenq et Alexis Kebbas en collaboration avec Mickaëlle Paty, la sœur de la victime, le film s'appuie sur les enquêtes, les procès, ainsi que sur l'ouvrage Les derniers Jours de Samuel Paty de Stéphane Simon. Antoine Reinartz se glisse dans la peau de Paty avec une grande justesse, tandis qu’Emmanuelle Bercot se montre très convaincante dans le rôle de sa supérieure hiérarchique.
Tout commence donc onze jours plus tôt. Dans son cours d’instruction civique, Samuel Paty choisit de traiter la question de la liberté d’expression. Pour l’illustrer, il décide de montrer les caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo. Permettant aux élèves qui ne veulent pas voir les images, de sortir de la salle. Des discussions s’engagent entre ces derniers. Puis une adolescente – absente ce jour-là– ment à ses parents, affirmant que le prof l’a exclue du cours, discriminé la communauté musulmane et commis un blasphème en montrant des images choquantes du Prophète. Son père la croit et publie des vidéos hostiles, belliqueuses sur les réseaux sociaux, en exigeant la démission de Paty. Elles sont relayées par un prédicateur islamiste. Le feu et est allumé, l’incendie se propage jusqu’à l’issue fatale
Samuel Paty de plus en plus isolé
Avec une précision clinique, le cinéaste montre comment le professeur est de plus en plus isolé, d’où le titre, L’abandon. La directrice de l’établissement n’obtient pas la surveillance policière du collège qu’elle réclame, les autorités de l’Education nationale ne saisissent pas la gravité de la menace qui pèse sur Paty, et certains de ses collègues, un surtout, se désolidarisent lâchement de lui, redoutant les ennuis..
Lors de la projection à Cannes le film a provoqué une véritable fracture. D’un côté l’enthousiasme, l’émotion, l’ovation du public et l’éloge d’une partie de la critique. De l’autre un accueil glacial de la presse de gauche, un emballement sur les réseaux sociaux. Le long métrage est notamment qualifié de dangereux, de merde, de manichéen et de caricatural. De son côté La France Insoumise l’accuse d'instrumentalisation politique, d’islamophobie et de faire le lit du RN à l'approche des élections.
Pourtant, L’abandon demeure essentiellement honnête, factuel, avec à l’origine le mensonge d’une élève. la rumeur qui enfle et devient virale. les élèves choqués par les caricatures pour des raisons religieuses. Mais le père et le prédicateur ne sont jamais montrés comme représentatifs de l’islam et des musulmans. Et loin d’être univoque le long métrage évoque aussi des mères musulmanes qui soutiennent Paty, refusant de cautionner l’affabulation de la jeune fille.
Tout l’opprobre du monde ne changera donc pas l’histoire. L’abandon est une œuvre sobre, rigoureuse, dramatiquement intense. Un film choc très documenté, à dimension pédagogique, donnant à comprendre comment la désinformation, la manipulation des faits et les ragots en ligne peuvent mener au drame. Il rappelle aussi l’importance de la laïcité et de la liberté d’expression.
A l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 3 juin.