Chez les catholiques, on ne peut pas se marier deux fois à l’église, à moins de constituer un dossier de demande en annulation de la première union. Marguerite (Laure Calamy) n’a aucune raison de refuser cette requête de Fred (Vincent Macaigne), son ex-mari. Elle est même contente d’apprendre qu’il veut convoler avec Chloé (Mélanie Thierry), sa nouvelle compagne très portée sur la religion. Mais ce qui devait être une simple formalité se révèle plus complexe que prévu et va mener les deux ex-époux de Rouen jusqu’à Rome, avec leurs enfants et leurs nouveaux conjoints. Un voyage à la fois saugrenu, improbable et pittoresque pour les membres de cette famille recomposée.
Ce pèlerinage au Vatican oblige en effet l’ancien couple, embarqué dans une enquête sur son propre passé, à disséquer ses souvenirs face aux questions plutôt intrusives des autorités ecclésiastiques. Il s’agit de leur démontrer que leur mariage n’avait aucune raison d’être, leur expliquer pourquoi la promesse était fausse. Autant d’arguments qui ne manquent pas de faire resurgir des sentiments enfouis.
Signé Fabien Gorgeart, ce procès en nullité de mariage religieux, angle inédit et original, devient une comédie sur la famille, véritable obsession pour le cinéaste. Il aime en explorer les liens film après film. Mêlant humour, drôlerie, mélancolie et spiritualité, C’est quoi l’amour? a fait mouche, remportant le Grand Prix au festival de l’Alpe d’Huez, tandis que Laure Calamy décrochait celui d’interprétation féminine.
Rencontrés à Genève, Fabien Gorgeart et Vincent Macaigne nous en disent plus sur le film, dont l’idée a été soufflée au réalisateur par son producteur. «ll avait entendu parler d’un procès en annulation de mariage religieux dans un film ukrainien. J’y ai alors réfléchi en termes de comédie, et cela m’a titillé. Pour moi, c’était un défi de cinéma. Comment interroge-t-on son passé, le compose-t-on? J’ai poussé l’histoire jusqu’à bout, pour montrer que l’amour ne s’annule pas, mais s’accumule».
L’auteur savait qu’on ne pouvait pas se marier deux fois à l’église, mais pas qu’il y avait une porte de sortie. «Tout de suite j’ai fait des recherches, rencontré des avocats ecclésiastiques, des prêtres. Cela m’a permis de me lancer dans l’écriture du scénario. J’ai essayé d’être au plus près de la procédure pour apprendre le fonctionnement de ces enquêtes, prétexte pour moi de mettre le couple face à la validité de leur mariage. Qu’en reste-il? C’est aussi et surtout prétexte à s’interroger sur ce qu’est l’amour».
A cet égard, le cinéaste relève qu’il est beaucoup question de sexualité. «Cela m’a étonné ces questions intimes, confinant au comique, posées par des ecclésiastiques. Est-ce que l’amour était bien là au début ? Est-ce avec lui que vous avez perdu votre virginité? Combien de partenaires avez-vous eus avant l’union? C’est également là qu’on va voir si leur union est valable ».
«Les rôles me font muter»
Côté interprétation, comme c’était pour lui un couple évident, Fabien Gorgeart a écrit le film en pensant à Laure Calamy et Vincent Macaigne. Ce dernier ne connaissait pas cette histoire mais a trouvé le sujet formidable. «C’est une idée aussi folle qu’intéressante. Se promettre l’amour et divorcer devant Dieu. J’ai trouvé que c’était une bonne occasion de faire le point sur une existence passée, être en couple, avoir des enfants. Ce que c’est de refaire sa vie. En conciliant la tradition et la modernité. Et puis j’aime cette famille recomposée qui fait tout pour s’entendre, au lieu de se haïr. Elle raconte qu’il n’y a pas besoin de détruire son passé pour construire son avenir».
En tant qu’acteur, Vincent Macaigne aime faire ce qu’il comprend de l’univers de l’autre. «Les rôles me font muter. Avec Justine Triet, Martin Provost, Cédric Klapisch, J’ai toujours essayé de me mettre dans différents vêtements. C’est pareil avec Fabien. On essaye de voir comment adapter sa propre vie aux imprévus et aux changements. A des moments j’ai réussi à adopter l’énergie du film, en jouant quelqu’un qui a compris avoir raté quelque chose».
Pour le comédien, C'est quoi l'amour? fait coexister plein de cheminements différents, évoque la façon d’être ensemble d’une manière amusante. C’est une oeuvre chorale, drôle, comme Le sens de la fête. Mais c’est aussi un film profond, qui ne se moque jamais de ses personnages.
«C’est quoi l’amour», à l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 6 mai.