Grand écran: "L'aventure rêvée" brosse le portrait d'une héroïne forte, refusant calmement la violence des hommes (18/10/2026)
Dans la continuité de son film précédent Western la réalisatrice allemande Valeska Grisebach poursuit son exploration de l’ex-bloc de l’Est avec L’aventure rêvée, récompensé par le Prix du Jury à Cannes, Mettant en scène des protagonistes non professionnels, dont Veska, son héroïne, elle recrée la vie, l’atmosphère et l’histoire d’une région où, après la chute du Mur, le mirage néolibéral a provoqué magouilles et gansgstérisme.
À Svilengrad, ville frontalière au sud de la Bulgarie, au point de rencontre entre la Grèce et la Turquie, Veska, archéologue dans la cinquantaine, dirige les fouilles d'un château médiéval. Elle retrouve par hasard Said, un vieil ami d’enfance dont la voiture vient d'être volée. En voulant l'aider, Veska glisse peu à peu au coeur d'une société criminelle qui règne sur la ville. Choisissant de s’immiscer chez les trafiquants et de se confronter, à leur virilisme et leur bêtise, elle affronte un monde à la fois trouble et dangereux.
Une aventure naturaliste
Valeska Grisebach suit Veska de rencontre en rencontre avec des travailleuses polonaises, un paysan menacé par la mafia ou une jeune femme fascinée par les petites racailles. Autant de personnes qu’elle défend dans une aventure naturaliste, romantique, presque documentaire, où elle refuse calmement la violence des hommes, résistant à la place que le patriarcat veut assigner aux femmes. L’auteure brosse ainsi le portrait d’une héroïne forte, magnifiquement incarnée par Yana Radeva (photo), ancienne géologue, puis croupière de casino et finalement vendeuse en cosmétiques.
Contrairement aux films de mafia classiques rythmés par les fusillades et la castagne, Valeska Grisebach, privilégiant l’authenticité des décors, la beauté de l'image et une certaine poésie, mise sur une tension sous-jacente, une violence sourde et une mise en scène épurée. On regrette toutefois un rythme qui prend trop son temps, dans une oeuvre trop étirée, nuisant au suspense que son auteure veut créer et faire monter, face au danger que court Veska..
«L’aventure rêvée», 162 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 octobre.
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