Grand écran: "Minotaure" transforme un drame conjugal en un crime d'Etat. Noir, intense et virtuose (13/10/2026)

Adapté librement de La Femme infidèle de Claude Chabrol, Minotaure d'Andreï Zviaguintsev marque le retour du cinéaste en exil après neuf ans d'absence. Ce thriller psychologique qui plonge le spectateur dans une ambiance très sombre, a remporté le Grand Prix au dernier Festival de Cannes et représente la France aux Oscars  

L'action se déroule en Russie en 2022, juste après le déclenchement de la guerre en Ukraine Le scénario mêle une crise conjugale et la décomposition morale d'une société.. L'intrigue suit Gleb, prospère chef d’une entreprise de transport routier. Sa vie bien ordonnée vire brutalement lorsqu’il découvre la liaison secrète de sa magnifique femme Galina (Iris Lebedeva) avec un photographe plus jeune et commence à l'espionner. Fou de jalousie, il bascule dans la violence domestique et tue l’amant.

Puissante allégorie

Dans le même temps, la mairie exige qu’il fournisse un quota obligatoire de 14 employés pour être envoyés au front. Ce nombre fait directement écho au tribut de 14 jeunes Athéniens imposé par le roi Minos dans la mythologie grecque pour nourrir le Minotaure. Dans le film, la créature insatiable représente l'appareil d'État totalitaire et la guerre, alimentés par le sacrifice des citoyens ordinaires Et Gleb devient l'incarnation d'un monstre bureaucratique cynique qui, pour sauver sa fortune, son statut social et ses privilèges, accepte de pactiser avec le pouvoir et d'envoyer ses propres ouvriers à la mort. Echappant du coup à la justice pour son propre meurtre.

Cette transposition politique met en évidence le parallélisme avec le régime de Vladimir Poutine. Andrei Zviaguintsev transforme le drame conjugal de Chabrol en un crime d'Etat. Une allégorie puissante, le labyrinthe mythologique prenant la forme d'une société russe contemporaine viciée et corrompue, plus particulièrement ses élites.

Avec Minotaure, le cinéaste signe un réquisitoire implacable. En dépit (petit bémol) d'un message politique un peu trop appuyé, il propose un grand film noir, qui séduit par son intensité dramatique, sa mise en scène virtuose, le travail sur l'image et la musique, la justesse des acteurs. L'ensemble contribuant à installer une atmosphère à la fois glaciale et étouffante.

"Minotaure", 140 minutes, à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 octobre.. 

 

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