Grand écran: "Garance", portrait d'une jeune comédienne alcoolique dans tous ses états. Avec Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau. Interview (22/09/2026)
Ecrit et réalisé par Jeanne Herry, Garance retrace le parcours sur huit ans d’une jeune comédienne de théâtre peu à peu minée par une consommation excessive d'alcool. La progression insidieuse de la dépendance. devient un obstacle dans ses relations, intimes, amicales et professionnelle.
Talentueuse, énergique, pleine d’humour, Garance (Adèle Exarchopoulos, photo) tente de gérer au mieux ses galères diverses, trouvant dans l’alcool un carburant et un réconfort. Mais elle commence à multiplier les lendemains de cuite, les retards au travail. Reléguée aux spectacles scolaires, puis virée de la compagnie de théâtre, elle tend à s’enfoncer dans une spirale d’autodestruction, alors qu’elle vient de tomber amoureuse de Pauline, décoratrice de la troupe incarnée par Sara Giraudeau.
L'harmonie des contraires
Le film est ainsi porté par une Adèle Exarchopoulos, extravertie, exubérante, en pleine dérive festive, à la fois exaspérante et attachante. Et une Sara Giraudeau plus effacée, solitaire, réfléchie, libre. L’harmonie des contraires selon la réalisatrice, dont le scénario s'attache au déni, à la manière dont Garance croit encore pouvoir tout contrôler, en banalisant le danger. .
Observant les mécanismes de l'addiction, Jeanne Herry restitue la complexité psychologique et sociale d'une femme dépendante avec un filmage très juste de l’alcoolisme ordinaire. Garance boit de plus en plus, se perd dans des dénégations et des excuses répétitives. Elle a des absences, des trous de mémoire, égare des objets. Et surtout, elle risque sa vie.. Avant d'entamer un processus de sevrage.
Il y a également une justesse dans la façon de traiter le couple lesbien comme une évidence. ll n’est pas question de coming out. L'orientation sexuelle des personnages n'est pas un ressort dramatique. Très attachée, Pauline va toutefois s'installer assez vite dans le rôle de l'aidante. Empathique, elle subit avec une patience d’ange la déchéance de sa compagne, désamorçant la dynamique de séduction. Le passage du désir au soin prendra du coup le pas sur l’érotisme.
Par ailleurs, à mesure que le récit avance, le parcours de reconstruction, de rédemption du personnage devient un peu trop démonstratif, explicatif, balisé. Le public n’a pas moins réservé à Garance l’une des plus longues standing ovations à Cannes en mai dernier, où il figurait en compétition. Un enthousiasme débordant resté sans effet sur le jury…
Une approche très documentée
De passage à Genève. Jeanne Herry nous en dit plus sur la raison qui l’a poussée à aborder l’alcoolisme au féminin. « Il ne s‘agit pas d’un film à sujet, à thèse mais le portrait d’une jeune actrice dans tous ses états, dans tous les recoins de sa vie. A travers elle, je voulais parler des addictions car le mécanisme m’intéresse. Celle de l’alcool est la plus répandue, dans la mesure où c’est le produit le plus facile à trouver, non considéré socialement comme une drogue, mais qui abîme terriblement.
Vous avez une approche très documentée pour nourrir votre récit, ce qui suppose de longues recherches, comme pour « Pupille » ou J »e verrai toujours vos visages », vos précédents longs métrages.
Pas tant que ça. Je n’ai pas rencontré d’associations ou de spécialistes en la matière. Mais j’ai croisé la route d’une jeune alcoolique qui m’a beaucoup inspirée en me racontant en détail son rapport l’alcool, son parcours, ce qui l’a conduite à arrêter. J’ai également pioché dans son milieu familial.
Vous êtes précise dans votre manière de montrer la progression de la dépendance
-J’ai travaillé sur les mécanismes addictifs. On n’est pas dans la représentation d’une femme qui se cache. Garance est une alcoolique fonctionnelle, qui reste active, courageuse, professionnelle. En raison de son métier, elle boit beaucoup le soir. L’idée c’était de faire comprendre, par de petites astuces scénaristiques, le basculement de sa consommation, de plus en plus forte et de plus en plus tôt dans la journée, puis pratiquement toutes les heures.
Avez-vous expressément écrit les rôles pour Adèle Excharchopoulos et Sara Giraudeau ?
En ce qui concerne Adèle, pas vraiment. Je l’avais dans la tête. Puis elle s’est naturellement imposée. Il y a plein de situations à jouer, d’émotions à incarner, ce qui colle parfaitement à son registre de comédienne. En revanche, c’est oui pour Sara Giraudeau. Je la voyais comme ça, solitaire, autonome, patiente, plus solide qu’on l’imagine. C’était passionnant de les faire se rencontrer. Et cela a fonctionné tout de suite. ,
Vous faites de ces deux femmes un couple lesbien naviguant entre l'amour romantique et le soutien psychologique. Le rôle de Pauline tourne plus autour de la bienveillance et de l'accompagnement que de la passion, face à l'alcoolisme destructeur de Garance.
-Le film va dans cette direction, mais pas au début de la relation. Pauline est très amoureuse. Bien sûr elle doit composer avec l’alcool, mais elle accepte Garance d’une façon inconditionnelle. Elle n’est pas dans le jugement, ni dans le contrôle. Elle est patiente, respectueuse, ne cherche pas à la changer. Il n’y a pas de « tu devrais ».Elle fait ce qu’elle peut. C’est un récit sur une autre façon d’aimer. Mais qui pourrait ne pas durer.
«Garance», 115 minutes, à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 septembre.
15:28 | Lien permanent | Commentaires (0)