Grand écran: dans "Rose", l'héroïne se déguise en homme pour survivre. Avec la magnétique Sandra Hüller (01/09/2026)
Au lendemain de la guerre de Trente Ans, dans l'Allemagne du XVIIe siècle, Rose (Sandra Hüller), une ancienne soldate au visage balafré, décide d'usurper l'identité d'un camarade tombé au combat. Elle s'installe dans un village protestant isolé et revendique l'héritage d'un manoir et d’une ferme abandonnés. Elle se déguise en homme, car ce patrimoine précis était réservé à un successeur mâle.
À force de travail et de services rendus aux habitants, elle gagne leur confiance. Pour mieux s’intégrer, elle épouse Susanna (Caro Braun), la fille d'un gros fermier. Mais alors qu'elle pense son secret bien gardé, des villageois commencent à avoir des doutes sur sa véritable identité, menaçant de détruire tout ce qu'elle a bâti dans un monde aux règles et aux jugements stricts.
De cette situation singulière, inspirée d’une chronique judiciaire réelle de 1721, le réalisateur autrichien Markus Schleinzer tire un drame dense et oppressant, où il explore l’appartenance, la duperie, les questions d'identité, les contraintes sociales historiques et la condition féminine, à travers une relecture du passé.
Tourné dans un noir et blanc rigoureux, ce drame à la mise en scène minimaliste au service d’un récit à la fois précis, froid et bouleversant, est magistralement porté par la magnétique Sandra Hüller. Avec une subtilité, une sobriété et une intensité saisissantes, elle incarne ce personnage ambivalent de soldat au passé mystérieux, forcé de maintenir une identité constamment menacée. Un jeu maîtrisé retenu, qui lui a logiquement valu l’Ours d’argent de la meilleure actrice au dernier Festival de Berlin.
Côté interprétation, on mentionnera également la belle performance de Caro Braun, très convaincante dans le rôle de Susanna. D'abord naïve et soumise, échangée entre les hommes, elle finit par s'affranchir des règles morales, en revendiquant sa liberté. Et, Rose lui ayant appris à lire et à écrire, montre sa solidarité avec cette femme dont elle a découvert le secret.
Un style intemporel
La réalisation, l'esthétique, l’atmosphère visuelle, le sous-texte féministe, confèrent à Rose un style intemporel. Markus Schleinzer privilégie l’implicite, la suggestion, voire l’interprétation, aux dialogues trop explicatifs et à une narration trop simple. Il fait ainsi finement, habilement, inexorablement monter la tension jusqu’à un final dramatique d’une force que l’on ressent presque physiquement
Sous couvert de récit historique basé sur des faits anciens, Rose résonne par ailleurs avec notre époque. Comme le prouvent son constat sur le poids des normes sociales, les problématiques queer, l’évolution de la relation entre Rose et Susanna. Quant à l’issue tragique, elle fait directement écho aux débats d’aujourd’hui sur la police des genres et l'exclusion.
«Rose», 94 minutes, à l’affiche dans les salles de Suisse romande mercredi 2 août
15:29 | Lien permanent | Commentaires (0)