Festival de Locarno: tour d'horizon entre Piazza Grande, compétition et rétrospective (10/08/2026)

A mi-parcours du Festival, arrêtons-nous d’abord sous les étoiles. Paper Tiger de l’Américain James Gray, transfuge de Cannes où il figurait en compétition, tient la corde pour l’heure, grâce à un retour au polar new-yorkais façon années 1980. Porté par Adam Driver (photo) et  Miles Teller, le neuvième film de l’auteur explore à la fois la relation complexe entre deux frères et l'emprise de la mafia russe. S’il n’est pas spécialement inventif et novateur, ce mélodrame nous emporte pour sa mise en scène, ses excellents acteurs et la reconstitution très précise du New York des eighties.

Frank & Louis vaut également le détour. Premier long-métrage en anglais de la cinéaste suisse-italienne Petra Volpe, il se déroule dans un pénitencier américain. L'histoire suit Frank, un détenu condamné à la perpétuité. Pour optimiser ses chances d'obtenir une libération conditionnelle, il accepte de s'occuper de prisonniers âgés et atteints de démence. Un calcul froid qui se transforme petit à petit en une émouvante relation humaine avec Louis l'un de ses codétenus.  

On aime à la fois l’interprétation, la réalisation et la façon sensible dont l’auteure du palpitant En première ligne traite des thèmes importants comme la culpabilité et la rédemption, la vieillesse et la maladie en milieu carcéral. Ainsi que l’effet bénéfique du dévouement des prisonniers aidants, sur l'état de santé physique ou mental de leurs « patients ».

A signaler aussi Ich ist ein Anderer (Je est un autre selon la formule de Rimbaud), réalisé par l'Allemand Felix Randau. Drame historique psychologique.il se déroule en 1952, à bord d'un train de nuit. Une journaliste (Hedda) et son mari  veulent piéger Felix Kersten, l'ancien masseur personnel du chef de la SS Heinrich Himmler.  Kersten prétend avoir profité de sa position pour négocier la libération de milliers de prisonniers des camps de concentration. Ce dont doute fortement  Hedda. La performance convaincante de ses deux protagonistes l'Autrichienne Valerie Pachner et le Danois Claes Bang contribue à la réussite de ce film, inspiré de faits et de personnages réels.  

On n’en dira as autant de L’invite, signé Olivia Wilde, remake américain du film espagnol Sentimental. Mariés depuis longtemps  Joe (Seth Rogen) et Angela (Olivia Wilde) sont tombés dans une routine marquée par la rancœur, une communication et une vie sexuelle inexistantes. Pour briser ce train-train déprimant, Angela décide d'inviter à dîner leurs nouveaux voisins du dessus, Hawk (Edward Norton) et Pina (Penélope Cruz).

Sans tabou, adeptes du polyamour et de l’‘échangisme, ces derniers ne vont pas tarder à inviter  leurs hôtes à  partager leurs ébats  Se voulant décomplexé, audacieux, libertin, voire indécent, le film se révèle surtout convenu, sans surprise avec son thème éculé. Cela n’a pas empêché le public conquis de manifester joyeusement son plaisir, lors de la projection sur une Piazza Grande pleine à craquer.

Suicide assisté, quête existentielle et randonnée mortelle

Côté compétition, l’enthousiasme n’est pas trop au rendez-vous. Rassemblant des films du monde entier, 17 en l’occurrence, cette importante section est censée proposer quelques pépites. Mais ce cru 2026 demeure pour l’instant et comme d’habitude le parent pauvre du festival.

On retiendra toutefois  Violence du corps de l’autre du réalisateur québécois Denis Côté, un habitué de Locarno notamment lauréat d’un Léopard d’or en 2005. Le cinéaste s’intéresse au parcours de Mira (Larissa Corriveau), une jeune femme solitaire sillonnant les routes à la rencontre de gens désespérés ou condamnés, avec qui elle a noué d’étranges pactes de mort. Elle les assiste pour une mort digne, en leur laissant un poison létal à diluer dans un verre d'eau. Sans attache, elle s’arrête en forêt chez Madeleine et Ludo, gourou un peu louche. Troublée par la rencontre d’un jeune homme exalté, elle profite de cette pause dans ses missions, pour réévaluer ses sombres contrats. Dans ce film abordant frontalement le suicide assisté, on trouve encore l’acteur français Philippe Rebbot et la comédienne Gabrielle Lazure.

Avec Brave New Love la réalisatrice danoise Maria Bäck livre une sorte de radiographie moderne du mariage, de la maternité et des frontières de la fidélité. On y découvre Kate dans une quête existentielle du désir et de l’amour. Hypnothérapeute, épouse et mère, elle mène une double vie qui bascule lorsque son amant part pour la Grèce. Le film vaut pour La performance des acteurs et une mise en scène réaliste, teintée de mythologie, d’onirisme et d’humour.

Intéressant également Manhunt, du Canadien Wayne Wapeemukwa. Inspiré de faits réels survenus au Canada en 2019, il suit le road trip vers le nord du pays de deux jeunes incels (contraction anglaise pour célibataires involontaires). Obsédés par les jeux vidéo de tir, ils sont sujets à des élans de dérive fasciste. Cette plongée psychologique et violente plaît pour son esthétisme, mais génère un malaise constant en raison de son ambiguïté morale

Un mot enfin sur la rétrospective qui ne cesse, elle, de nous emballer en présentant des chefs d’œuvre. Ils ont coûté cher à leurs auteurs, suspectés de communisme. Poursuivis par la Commission des activités antiaméricaines, inscrits sur la tristement célèbre liste noire de Hollywood, ils ont été bannis des studios ou ont dû s’exiler pour pouvoir continuer à travailler. Voir ,pour plus d’infos, nos critiques dans la rubrique cinéma du site tdg.ch.

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