Grand écran. "L'Odyssée", péplum noir monumental, spectaculaire, en forme de tragédie psychologique et métaphorique (19/07/2026)

Visage, flotte, guerre, homme, idée, ruse… C’est par ces mots-clés percutants, martelés par le barde de la cour Travis Scott et résumant de façon théâtrale les grands thèmes de l‘histoire, que commence L'Odyssée, le poème épique d’Homère réinventé par Christopher Nolan. Blockbuster le plus attendu de de l'année, ce péplum noir, monumental, se distingue nettement du divertissement de base hollywoodien.

Dans cette œuvre spectaculaire, à la hauteur de son extraordinaire ambition, le réalisateur traite l’épopée d'Homère comme une tragédie psychologique, métaphorique, narrativement structurée en une succession de flashbacks. On y suit Matt Damon dans le rôle d'Ulysse, sur qui repose tout l’opus. Chargé par le chef suprême Agamemnon de mener le siège de Troie, le roi a été contraint de quitter sa reine Pénélope (Anne Hathaway) et son fils Télémaque (Tom Holland)

Descente aux enfers

De nombreuses années ont passé depuis le départ d’Ulysse. En son absence, les prétendants ont envahi le palais d’Ithaque, pressant Pénélope de se marier avec l’un d’eux. Plus particulièrement Antinoos (Robert Pattinson), qui se voit bien monter sur le trône. Pendant que Pénélope tisse sans fin le linceul funéraire de son beau-père pour gagner du temps et rester fidèle à son époux, et que Télémaque recherche un père qu’il n’a jamais connu, Ulysse et ses hommes entament leur dangereux périple pour rentrer chez eux. Une véritable descente aux enfers où ils doivent lutter contre les éléments, les créatures mythiques et affronter le courroux des dieux eux-mêmes, comme Poséidon et Hélios.

Un récit imprégné de magie et de mythes

Dans le premier film de l’histoire du cinéma entièrement tourné en IMAX, qu’il s’agisse de scènes d’action au gigantisme échevelé ou de petits moments intimes, Christopher Nolan, fidèle à ses thèmes fétiches, quête d'identité, vengeance distorsion du temps, propose un film exigeant, radical, crépusculaire, dans de somptueux décors naturels grecs, islandais, sahariens.  

Le récit est par ailleurs imprégné de magie et de mythes. Cela nous vaut des épisodes horrifiques, violents, organiques, symboliques. A l’instar de la scène du cyclope, qui dévore les soldats d’Ulysse. Ou celles des sirènes dont le chant attire les hommes vers leur perte, de la magicienne Circé qui les transforme en porcs, du piège de Charybde, monstre marin aspirant les navires et Scylla une redoutable créature à six têtes arrachant les marins du pont du bateau. Sans oublier, dans un registre infiniment moins brutal, la nymphe Calypso retenant Ulysse par amour pendant sept ans sur son île.

Des comédiens au top

Matt Damon se révèle excellent en Ulysse, anti-héros brisé, patient, tenace, endurant, doté d'une grande intelligence, mais impuissant face aux éléments. Anne Hathaway campe formidablement une reine rusée, habile, consciente de sa position dangereuse, à la fois vulnérable et farouchement déterminée à ne pas céder aux prétendants et à protéger son fils. Incarné par un Tom Holland, qui livre lui aussi une prestation habitée, entre colère et frustration. Pas autant cependant que Robert Pattinson, prétendant belliqueux, intrigant et arriviste, qui fait parfois de l’ombre à Matt Damon.  

Quelques bémols

Tout en admirant la virtuosité de Christopher Nolan, on regrette le côté cérébral, analytique, philosophique de son film, au détriment de l’émotion. Evitant l’approche sensorielle, énigmatique, le réalisateur nous tient à distance. Tout comme il privilégie, à son habitude, un scénario verbeux et des dialogues trop explicatifs, didactiques. On n’est pas non plus fanatique de la bande son constante, immersive, épuisante. Le  compositeur Ludwig Göransson a choisi d'illustrer le voyage d'Ulysse en mêlant de façon enragée, plombante, agressive, choeurs et instruments grecs anciens.

Controverse douteuse

On notera enfin la petite polémique sur l'utilisation de dialogues en anglais contemporain et celle, beaucoup plus douteuse, sur le choix de l’actrice mexico-kenyane Lupita Nyong'o pour incarner Hélène de Troie. Cette option a provoqué de vifs débats sur les réseaux sociaux, mêlant infidélité mythologique et réactions racistes. Mais il suffit de savoir qu’ils ont notamment été initiés et attisés par des personnalités comme Elon Musk pour les balayer.  

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 15 juillet.

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