Grand écran:"The Narrative" raconte la version du trader Kweku Adoboli, désigné comme seul coupable lors du scandale UBS de 2011 (22/04/2026)

Tant que Kweku Adoboli, un trader londonien d'origine ghanéenne rapporte des millions à UBS, son avenir s'annonce radieux.  Mais en 2011, lorsque le jeune homme envoie un mail, où il se déclare seul responsable d’une perte de 2,3 milliards de dollars, tout bascule. Son nom fait les gros titres et il devient le symbole du scandale. Accusé d’avoir causé seul cette perte colossale lors d'opérations spéculatives, il est condamné pour fraude à sept ans de prison. Après avoir purgé la moitié de sa peine, il est expulsé au Ghana en 2018

Avec The Narrative, Bernard Weber et Martin Schilt remettent en question le récit habituel des événements, en racontant la version de Kweku Adoboli, son parcours de bouc émissaire. En reconstituant le procès au Ghana basé sur les procès-verbaux originaux, les deux réalisateurs explorent les zones d’ombre, les responsabilités systémiques et le rôle des médias. Leur documentaire décrypte ainsi les mécanismes de la communication de pouvoir.

Présentant sa version des événements, le documentaire se penche également sur les années de tentative de reconstruction de cet homme, revenu dans son Ghana natal, après avoir été confronté à un système financier impitoyable, et à une narration qui l'a dépeint comme le seul coupable.

Dr passage à Genève, Bernard Weber nous raconte la genèse de ce documentaire passionnant. Il a pris corps lorsqu’il y a eu l’énormissime perte à UBS et qu’un jeune trader en a pris la responsabilité. Une démarche folle, totalement inhabituelle. "Avec Martin Schilt, il a alors voulu savoir qui était cet homme et ses motivations profondes..

Comment avez-vous rencontré Kweku Adoboli ?

Nous avons commencé à faire des recherches en 2012. Puis on a eu l’occasion de lui à travers ses avocats lorsqu’il était en prison. Dès qu’il est sorti, en 2015, on l’a rencontré à Londres. Où on a passé beaucoup de temps. On a fait des interviews avec lui, des bouts de tournage, pour voir ses réactions face caméra. On a tout de suite constaté que c’était un type charmant, intelligent, brillant. Il ne faisait pas d’esbroufe mais essayait de trouver des réponses. C’était le protagoniste idéal. Le film lui doit énormément.

Quelle a été sa réaction? A-t-il accepté de suite?

Pas vraiment. Au début tout le monde lui courait après pour faire des sujets. Mais c’était toujours le même narratif et il restait traumatisé par toute cette campagne de dénonciation   On a discuté de ce qu’on pouvait proposer. Et on a constaté que ça fonctionnait entre nous. II a décidé de nous rejoindre quand il s’est rendu compte que nous allions prendre notre temps.

Pourquoi reconstituer le procès au Ghana en suivant les procès-verbaux originaux ?

D’abord Kweku ne peux pas voyager. Il est interdit de séjour dans tout l’espace Shengen et aux Etats-Unis  Ensuite, au début, on voulait faire de l’animation, mais ça ne marchait pas. Donc on s’est décidé pour une reconstitution sur place, où on a convié ses proches, pour une sorte de lecture d’une pièce de théâtre. J’ai essayé de mettre les personnes en condition, de créer une ambiance

Comment casser l'image d’Adoboli comme unique coupable, souvent dépeint de manière sensationnaliste par les médias?

Il fallait montrer ce qui avait eu lieu. Que le procès était coaché par la banque, qu’on s’est arrangé pour que les haut-gradés ne viennent pas. En gros personne ne se souvenait de rien et Kweku était seul coupable à la fin. Certes on ne peut pas dire qu’il est innocent. A un moment donné, il était un trader important, avec un vrai statut. Et il perdu le contrôle Mais la banque est aussi responsable. Elle l’a encouragé. Kweku n’a jamais eu de chance. Il faut dire qu’il cherchait toujours à éviter les conflits et que pour lui, s’adapter était primordial en ne se retrouvant qu’avec des Blancs. Cette capacité d’adaptation est un peu la cause de sa faillite. Il voyait la banque comme une grande famille. Il n’a pas compris qu’il était dans une sorte de jungle.

Vous mettez en cause la justice d’Etat, soulignant les inégalités et les zones d'ombre du procès initial. 

En effet on questionne l’équité de la justice britannique. Son système c’est la bagarre. En Suisse par exemple, le juge cherche à trouver la vérité. Là-bas c’est le combat entre l’Etat qui accuse et le défendeur. La castagne entre les avocats. Et on a intérêt à pouvoir s’en payer de bons. Il n’y a pas de justice comme on l’entend ici.

Vous évoquez aussi la tentative de reconstruction personnelle de Kweku.

On espère qu’il pourra faire la paix avec ce qui lui est arrivé. Mais aujourd’hui, il ne va pas bien. Il est dans une situation super précaire, n’a presque pas de revenus. Il vend des smoothies. On lui a proposé un travail dans la finance, mais trop désillusionné, il a refusé.  

Au départ, aviez-vous cherché à contacter UBS?

Non. Nous avons pris le parti de raconter la version  de Kweku et comment lui et ses amis ont vécu cette période. Il nous paru inutile d’offrir une plateforme à la banque pour entendre des platitudes.

«The Narrative», à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 22 avril.

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