Grand écran: "Yellow Letters", thriller politique captivant doublé d'un douloureux drame intime (31/03/2026)
Après La salle des profs huis clos en forme de cauchemar pour une enseignante dans un collège allemand perturbé par une série de vols, le réalisateur İlker Çatak explore, dans Yellow Letters (Lettres jaunes), les effets délétères de la dictature sur un couple d'artistes turcs exclus socialement, car trop engagés politiquement aux yeux du pouvoir.
Pour son nouveau long métrage, Ours d'or de la 76e Berlinale, l’auteur s’est inspiré des purges décrétées par le président Recep Tayyip Erdogan, après la tentative de coup d’État de l’été 2016. Des milliers d’artistes et d’universitaires avaient alors été suspendus et traduits en justice, après avoir signé une pétition pour la paix. Les purges se sont ensuite intensifiées jusqu’en 2019.
L’action se déroule en Turquie, et met en scène des acteurs turcs, mais le film a été tourné en Allemagne, Berlin figurant Ankara, et Hambourg Istanbul. Un choix assumé, révélé au spectateur. Dramaturge et professeur à l'université de la capitale, Aziz (Tansu Biçer) reçoit, à l’image de nombreux collègues, une lettre jaune synonyme de révocation, pour avoir interrompu son cours et incité ses élèves à aller manifester. Quelques jours plus tard, sa femme Derya (Özgü Namal), comédienne vedette du théâtre national où elle joue les pièces d’Aziz, trouve également dans son courrier la lettre fatidique.
Union et engagement mis à l'épreuve
Leur vie bascule brutalement. Désormais interdits de penser, de s’exprimer et surtout sans ressources, tous deux doivent quitter Ankara pour s'installer avec leur fille adolescente chez la mère d'Aziz à Istanbul. Leur union et la force de leur engagement politique sont mis à l’épreuve. Le film dissèque ainsi la manière dont chacun se conforme, s’intègre, résiste ou s’incline, face à une précarité accrue et aux injonctions d’un pouvoir dictatorial toxique. Tandis qu'Aziz fait le taxi, Derya va se laisser convaincre de jouer dans une série produite pas une chaîne de télévision soutenant activement le gouvernement qui l’a pourtant privée, ainsi que son mari, de faire son métier.
Thriller politique intense et captivant doublé d’un douloureux drame intime, Yellow Letters séduit par sa mise en scène sobre et efficace, volontairement théâtrale, par les performances des comédiens, plus particulièrement celles d’Özgü Namal et Tansu Biçer. D’une dimension universelle en raison de son regard sur les régimes autoritaires ou tentés par le despotisme, l’œuvre met au centre la liberté d'expression, tout en interrogeant la valeur et la fragilité de nos démocraties.
A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er avril.
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