Grand écran: "Le mystérieux regard du flamant rose", un western trans dans le désert chilien (17/02/2026)

Début des années 80, dans un désert caillouteux au nord du Chili. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille queer exubérante, qui a trouvé refuge dans une sorte de saloon aux abords d’un village isolé de mineurs de cuivre. C’est la cantina de Mama Boa qui sert de cabaret et d’abri à un groupe de femmes trans et de travestis. Elles portent toutes des noms d’animaux, Boa, Piraña, Leona, tandis que la «mère» de Lidia, un des personnages principaux, emprunte celui de Flamenco (Flamant rose).

Quand une mystérieuse maladie fatale, appelée à l’époque le «cancer gay », commence à se répandre, une rumeur affirme qu’elle se transmet par un simple regard entre deux hommes. C’est le coup de foudre et ils tombent malades. Avec son lot de morts, la communauté devient rapidement la cible des peurs, de l’ignorance et des fantasmes collectifs. Discriminée, rejetée, menacée mais résiliente, elle fait front. Pétillante, flamboyante, refusant l’inéluctable, elle organise dans la cabane des spectacles burlesques, humoristiques, et des concours de Miss à grand renfort de paillettes.

Une quête vengeresse 

Pour son premier film plein de tendresse et d’humour, qui rappelle les ravages du sida en l’absence de traitements médicaux, le réalisateur chilien de 31 ans, Diego Céspedes, emprunte les codes du western. Les «maricas» de la cantina ne craignent pas la bagarre pour protéger la petite Lidia. Elle-même n’a pas froid aux yeux, se lançant pistolet au poing dans une quête vengeresse face à la haine de l’altérité, lorsque Flamenco meurt prématurément, victime de la violence masculine. Un long métrage original et inventif où les interprètes, dont certains sont de véritables travestis, revendiquent leur identité dans la provocation assumée d’une féminité parfois outrancière. .

 Diégo Céspedes, marqué dans son enfance par la mort de nombreux homosexuels, mais dont le coming out a influencé la vision artistique, a notamment déclaré sur Arte vouloir se réapproprier les légendes de son pays, sans en omettre la dimension politique. «J’aborde ainsi la question de l’homophobie et de la transphobie au Chili, à travers une satire de la gestion de la pandémie du VIH dans les années 80. Raconté du point de vue d’une fillette, mon film explore les relations amoureuses homosexuelles à travers un mythe, inventé par toute une population aveuglée par la peur et la méconnaissance de ce virus. Une démarche qui, l’espère-t-il, «doit rendre leur humanité aux victimes, noyées dans l’anonymat que la société de l’époque leur a imposé».

Ovationné lors du Festival de Cannes en mai dernier, ce drame belgo-franco-germano-hispano-chilien a remporté le Prix de la section Un certain regard.   

 A l’affiche le mercredi 18 février, notamment aux Cinémas du Grütli à Genève et au Cinématographe à Lausanne.

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