Arte Mare, le festival du film méditerranéen, couronne "Alma Viva", oeuvre au réalisme magique sur fond de sorcellerie (09/10/2022)

Plus ancien festival de Corse, Arte Mare, qui n’a cessé de tisser des liens entre la culture de l’île et celle de ses voisins méditerranéens, fêtait ses 40 ans cette année à Bastia.  Pilier de ce rendez-vous particulièrement convivial mêlant musique, littérature, exposition, le cinéma, avec la présentation d’une soixantaine de films, tous genres confondus.  

Au cœur de ce programme aussi riche qu’éclectique, la compétition, où se mesuraient cette année huit œuvres, la plupart d’excellente tenue. Le jury, qui avait donc l’embarras du choix, a décidé de couronner Alma Viva, premier long métrage de la Franco-Portugaise Cristèle Alves Meira, issu de La Semaine de la critique cannoise. 

Une actrice est née, Lua Michel

Dans cet opus original, personnel sinon autobiographique, la réalisatrice, opérant dans une forme de réalisme magique, raconte l’histoire d’une petite-fille entre émancipation, transgression, transmission. Comme chaque été, Salomé qui réside en France retrouve, pour les vacance, le village familial dans les montagnes portugaises. Une région où se racontent des légendes pimentées de sorcellerie. 

La grande amie de Salomé, c’est sa grand-mère Avo. Mais celle-ci meurt brusquement. Alors qu’une voisine est soupçonnée de l’avoir empoisonnée, et que les adultes se déchirent au sujet des obsèques, la gamine est hantée par l’esprit d’Avo, qui finira par prendre carrément possession de son corps. Alma Viva doit tout à sa jeune interprète Lua Michel (la fille de Cristèle), absolument bluffante dans le rôle de Salomé. Actrice née, elle porte de bout en bout ce film pourtant en deça des intentions de l’auteure, qui manque de rythme.

On lui a préféré La conspiration du Caire (Boy From Heaven) de Tarik Saleh. Il avait décroché le prix de la mise en scène à Cannes, mais là, il est reparti les mains vides. On vous le résume quand même en quelques phrases. Fils de pêcheur, Adam obtient une bourse pour intégrer la prestigieuse université cairote Al-Azhar, épicentre du pouvoir de l’Islam sunnite. Le jour de la rentrée, le Grand Iman à la tête de l’institution meurt brutalement. Il s’agit de lui trouver un successeur. Adam se retrouve dès lors au cœur d’une lutte implacable entre les élites religieuse et politique. Un thriller haletant, puissant, courageux et violemment critique. 

Le bleu du caftan bouleverse

Notre choix se serait également davantage porté sur Le bleu du caftan  (retenu, lui, dans la section Un Certain Regard sur la Croisette) de Maryam Touzani. Il a logiquement remporté le Prix du public. La cinéaste marocain, livre un film sur l’amour et la liberté d’aimer qui on veut. Halim est marié depuis longtemps avec Mina, tous deux tenant un magasin dans la médina de Salé où ils perpétuent la tradition ancestrale du maalem (artisanat). Mina s’occupe de la boutique, tandis qu’Halim exécute avec talent le délicat travail de tissage.

Bien qu’ils se complètent, ils demeurent depuis toujours dans le secret, Halim cachant une homosexualité illégale, passible de prison au Maroc, et qu’il est obligé de vivre lors de rencontres interdites au Hamam. La maladie de Mina et l’arrivée d’un jeune apprenti vont cependant bouleverser ce fragile équilibre. Dorénavant chacun aidera l’autre à affronter ses peurs. 

Surfant avec pudeur sur un tabou, Le bleu du caftan est une œuvre à la fois intimiste, tendre, bouleversante, magnifiquement interprétée. On vous en dira plus lors de sa sortie en Suisse avec l’interview de Maryam Touzani. On l’a rencontrée à Bastia, où se croisaient également des comédiens et comédiennes comme Roschdy Zem,  Sami Bouajila, ou Noémie Lvovsky.

Burning Days, populisme sur fond de corruption et d'intolérance

Un mot encore sur un autre lauréat également venu d’Un Certain Regard. Il s’agit de Burning Days, du Turc Emin Alper. Un jeune procureur gay est nommé dans une ville reculée d’Anatolie, en butte à des pénuries d’eau. A peine débarqué, il doit faire face aux notables locaux, déterminés à défendre leurs privilèges par tous les moyens. Emin Alper propose un thriller politique où il brosse le portrait critique d’un pays populiste, sur fond de corruption, de  machisme, d'intolérance  et de violence. 

Il y avait évidemment beaucoup d’autres films à découvrir dans les différents volets d’Arte Mare. Dont celui, 40 ans obligent, de l’anniversaire, Avec notamment le chef d’œuvre de Billy Wilder dans le registre comique Certains l’aiment chaud, dont on ne se lasse pas. Sans oublier les soirées, les concerts, les animations, la gastronomie. Vivement l’année prochaine! 

19:00 | Lien permanent | Commentaires (0)